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Elections britanniques: J – 19

Reçu aujourd’hui un tract du candidat travailliste de la circonscription: le malheureux en est réduit à  mettre en avant son intervention pour obtenir une réduction de loyer pour des locataires d’un ensemble subventionné en compensation du temps qu’il a fallu pour réparer le code de sécurité défectueux de l’entrée! Sa mission est impossible, dans cette partie de Londres: si, non content de conserver ses 80 sièges de majorité, le Labour en gagnait de nouveaux, celui-ci est classé au 50e rang des cibles potentielles. Le député conservateur n’a certes atteint qu’une majorité relative, mais dans le contexte actuel on ne voit pas quelle vague de fond pourrait conduire au “vote tactique” dans lequel les électeurs des autres partis se concentrent sur le concurrent aux chances les plus grandes pour battre le sortant (un jeu qui se joue en revanche couramment là  où la majorité — relative — est susceptible de basculer).

C’est que le scrutin uninominal à  un tour induit une approche véritablement scientifique du point de vue de l’arithmétique électorale, qui se combine, plus subtilement, avec une frustration considérable pour l’électeur. Plus encore que pour l’élection présidentielle américaine (où l’on a vu la campagne se concentrer sur les quelques Etats clés), l’action se concentre sur les circonscriptions susceptibles de changer de main: celles à  défendre pour les travaillistes, celles susceptibles d’être gagnées par les libéraux et, surtout, les conservateurs: ils doivent en conquérir 159 de plus pour obtenir une majorité absolue (entre -80 pour les travaillistes et +159 pour les conservateurs, on sera en présence d’un parlement sans majorité stable).

Mais la différence avec l’élection présidentielle américaine, c’est que l’élection du député de la circonscription est l’unique occasion de peser sur la vie politique donnée à  l’électeur britannique (ou tout au moins anglais, puisque les autres composantes du Royaume Uni disposent d’institutions régionales dotées de compétences propres qui, pour l’Angleterre, sont exercées par le parlement et le gouvernement de l’ensemble): la plupart peuvent donc légitimement se dire que leur vote ne sert à  rien, ou plus précisément qu’il est déjà  passé au passif ou à  l’actif par les partis principaux, ceux qui visent l’exercice du pouvoir. Outre le fait qu’il y a les compensations de l’élection présidentielle, voire des élections régionales voire départementales, cette frustration ne se retrouve pas au même degré avec le scrutin français à  deux tours, et bien sûr pas du tout dans le régime de la représentation proportionnelle tel qu’on le connaît dans la plupart des pays du continent: là  réellement, “chaque voix compte”.

Le système britannique a d’autres avantages (l’efficacité gouvernementale dans l’alternance, une force centripète qui écarte impitoyablement les extrémistes du pouvoir), mais l’inconvénient me paraît tout de même extrêmement lourd en terme de légitimité populaire. Pour qu’il change, il faudrait cependant que le parti qui a été porté au pouvoir par lui en voie l’utilité, et ce n’est pas demain la veille (de la même manière que ceux qui, en Suisse, rêvent de supprimer ou au moins réduire la démocratie directe pour passer à  un système d’alternance — certes plus satisfaisant pour la classe politique — devront convaincre le peuple d’y renoncer)…

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8 commentaires

  1. 17 avril 2005

    Elections britanniques

    Intéressant billet de François Brutsch (un Swissroll) sur les élections britanniques. François Brutsch rappelle le fonctionnement des élections législatives en Grande Bretagne et leur impact sur la vie politique. Pour lui, le mode de scrutin,…

  2. 17 avril 2005

    Les systèmes bi-partis (ou d’alternance) sont effectivement difficiles a remplacer une fois etablis, connais-tu un cas ou ca c’est deja produit ?

    Laurent

  3. Laurent: non, et pour le cas inverse (remplacement d’une proportionnelle entraînant une coalition permanente finalement peu changeante par un régime d’alternance) je ne connais guère que l’expérience récente de l’Italie…

    L’intéressant c’est que la question est très complexe et dépasse la simple opposition majoritaire / proportionnelle, alternance / coalition:

    • il y a des proportionnelles d’alternance (l’Allemagne) — en principe mon système favori pour des régimes sans démocratie directe;
    • même dans les régime majoritaire d’alternance, si le personnel change les politiques ne changent finalement pas du tout au tout (les deux camps doivent rester proches du centre), ce qui créé un malaise chez les esprits anxieux ou simplificateurs (France).

    Du fait des institutions de la démocratie directe introduite à  la fin du 19e siècle, la Suisse, qui avait depuis 1848 un régime représentatif majoritaire, a évolué vers la proportionnelle absolue (1918) et le gouvernement de coalition la plus large possible (1959), car les élus et le gouvernement sont finalement réduits à  tenter de deviner ce que veut le peuple ou jusqu’où il est prêt à  les laisser aller… Le système est très critiqué (en particulier par les élites pro-européennes), mais je ne vois pas les citoyens accepter de le remplacer par un régime représentatif!

  4. 17 avril 2005

    Intéressant l’évolution de la Suisse vers la proportionnelle et la démocratie directe.

    Dans le genre original il y a la constitution du Vénézuela avec la possibilité d’un référendum révocatoire d’initiative populaire de tout élu à  partir de la mi mandat (article 72), ça me paraît être un bon moyen de contrôler le comportement des élus sans pour autant être de la démocratie directe au sens helvétique.

    Laurent

  5. Oui, c’est le recall mis en oeuvre récemment en Californie au profit d’Arnold Swchwarzenegger…

  6. 19 avril 2005

    Le recall californien a un gros defaut, la personne en place ne peut se representer, meme si elle obtient 49% de support sur la partie recall, un candidat secondaire avec 5% des voix peut gagner au final les elections s’il a plus que les autres candidats de remplacement. Ce n’est pas le cas je crois au Venezuela.

  7. Oui, si je peux citerce que j’en disais à  l’époque…

  8. Le troisième mandat historique de Tony Blair vu d’à‰cosse

    Dans cette note, j’ai compilé les liens que j’ai consultés tout au long de la campagne. Je n’ai pas beaucoup de valeur ajoutée à  contribuer, si ce n’est quelques commentaires et photos sur la campagne électorale telle que je l’ai perçue depuis

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