mai 2012 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mardi 29 mai 2012

Combattre BDS au Shakespeare Globe Theatre

«Le Marchand de Venise» joué à Londres par le Théâtre National d'Israël

Au théâtre hier soir... mais pas seulement! Dans le cadre d’un marathon de pièces de Shakespeare jouées dans toutes les langues qui accompagne les JO, Le Théâtre National d’Israël, Habima, jouait, en hébreu, Le Marchand de Venise, cette tragi-comédie dont le personnage principal est le prêteur juif Shylock mais qui contient aussi son lot de scènes vaudevillesques réjouissantes.

Et nous étions là au moins autant pour manifester notre opposition au boycott prôné (ici sans succès, et le directeur artistique n’a pas mâché ses mots pour le dénoncer en prologue) par le mouvement BDS: sous couvert de soutien aux Palestiniens il cherche surtout à délégitimer Israël et contribue à retarder tout espoir de paix fondé sur l’existence de deux Etats. Il est déplorable que des artistes se trouvent ainsi instrumentalisés entre anti et pro Israël. En même temps la tension dans l’air, le rappel que la culture doit être défendue pour triompher de l’obscurantisme, ajoutaient à l’intensité du spectacle. Nous avions déjà ressenti cela lors d’un concert du Jerusalem Quartet au Wigmore Hall qui faisait lui aussi l’objet de menaces.

Et cette fois, contrairement à un concert donné l’été dernier au Albert Hall dans le cadre des Proms et retransmis en direct, que des perturbateurs étaient parvenus à interrompre, la pièce a pu être jouée sans encombre, le service d’ordre évacuant de manière rapide et efficace les quelques fauteurs de trouble glissés dans le public (qui a appliqué la consigne de les ignorer et de se concentrer sur l’action sur scène).

samedi 5 mai 2012

Résultats à Londres: l’échec d’Ed Miliband

Ken échoue à renverser Boris, mais les travaillistes deviennent le premier parti de Londres avec 12 sièges sur 25 au GLA

Il y a eu 2,2 millions de votants (38%, une participation très suisse!).

Ce qui est intéressant, c’est de comparer la force des partis dans l’élection proportionnelle au Conseil du Grand Londres (le GLA) et dans l’élection directe du maire de l’agglomération.

Au premier tour, pour l’élection du maire, le résultat est le suivant (j’arrondis les chiffres):

Boris Johnson, conservateur: 972’000 voix
Ken Livingstone, travailliste: 890’000 voix

Jenny Jones, Verte: 99’000 voix
Brian Paddick, Lib-Dem: 92’000 voix

Siobhan Benita, indépendante: 84’000 voix (j'aurai appris que Siobhan, prénom féminin d’origine irlandaise, se prononce "Shavourne"!)
Lawrence James Webb, UKIP (souverainiste): 43’000 voix
Carlos Cortiglia, BNP (extrême droite): 29’000 voix

Pour le second tour, on ajoute aux voix recueillies par les deux premiers les suffrages complémentaires (second preferences) qui se sont portés sur eux parmi les électeurs des cinq candidats éliminés. A ce stade je n’ai que le total publié, pas le détail (les Verts ont appelé leurs électeurs à donner leur seconde voix à Ken, il serait intéressant de voir combien ont suivi, ainsi que la répartition des secondes préférences des Lib-Dems, en coalition dialectique avec les conservateurs au gouvernement, des souverainistes et de l’extrême droite):

Boris: + 83’000 voix, soit au total 1’055’000
Ken: + 102’000 voix, soit au total 992’000

(On le voit, les suffrages complémentaires effectifs sont loin de faire le plein de leur potentiel théorique de quelque 325'000 voix.)

Comme il se doit dans une soirée d’élection dont de surcroît les résultats tardent à venir en raison d’incidents divers, le suspense donnait occasionnellement place à la panique (respectivement au fantasme): et si Ken rattrapait son retard? Les pesanteurs sociologiques sont plus fortes: il a, comme attendu, recueilli davantage de secondes préférences que Boris, mais de loin pas assez pour l’emporter. (On verra demain, mais c’est probablement la principale différence avec une dissociation des deux tours, à la française, qui permet aux électeurs de changer d’avis et aux abstentionnistes de se réveiller).

Voici maintenant la force des partis telle qu’elle ressort du bulletin destiné à l’élection proportionnelle des 25 membres du GLA (les listes recueillant moins de 5% n’entrent pas en considération dans la répartition des sièges):

Travaillistes: 911’000 voix (12 sièges, +4)
Conservateurs: 709’000 voix (9 sièges, -2)
Verts: 189’000 voix (2 sièges, sans changement)
Lib-Dems: 150’000 voix (2 sièges, -1) -
UKIP: 100’000 voix (0 sièges, le quorum était à 110’000) - 47’000 voix en 2008
BNP: 47’000 voix (-1 siège) - il avait recueilli 131’000 voix soit 5,31% en 2008

Sept autres listes ont recueilli entre 5’000 et 39’000 voix, pour un total de 107’000 voix

Avec 14 sièges, travaillistes et Verts représentent théoriquement une majorité (portée à 16 avec les Lib-Dems dont il est peu vraisemblable qu’ils se sentent solidaires de la coalition établie sur le plan national), mais selon l’expérience suisse, sur le plan national comme dans les cantons ou communes, les choses sont rarement aussi mécaniques. Pour le reste on remarquera évidemment la promotion des Verts au rang de troisième parti (les Lib-Dems, qui sont normalement le parti attrape-tout des gens qui pontifient sans prendre de responsabilité, souffrent de leur participation au gouvernement) et l'absence de représentation à la droite des conservateurs en raison de la division des voix entre UKIP et BNP.

Ce qui est fascinant à observer, c’est l’effet de rémanence sur la proportionnelle de la tradition bipolaire issue du scrutin majoritaire, traditionnel en Grande-Bretagne (sous sa forme uninominale à un tour), et applicable (sous sa forme modifiée) à l’élection très médiatisée du maire. Je fais le pari qu’avec le temps on devrait voir un amoindrissement de la prédominance des deux grands partis au GLA, et une sorte d’égalisation entre cinq partis représentant tout le spectre de la gauche à la droite, ce qui ne pose pas de problème dans un système "présidentiel" (indépendance entre les pouvoirs; au demeurant, comme il sied à une administration locale, le rapport entre le maire et le GLA tient davantage du PDG au Conseil d'administration que du gouvernement au parlement).

Mais il n’en demeure pas moins que la victoire personnelle Boris Johnson est remarquable: au premier tour il fait d’emblée 263’000 voix de plus que son parti (+346’000 au total). Ou plutôt il faut souligner le désastre de la candidature de Ken Livingstone: 21’000 voix de moins que le parti au premier tour (seulement 89’000 de plus au total)...

Et c’est là qu’Ed Miliband porte une lourde responsabilité. Contrairement à ce qu’il veut faire croire, le bon résultat national ou au GLA du parti travailliste n’est guère redevable à son leadership et doit tout au contexte (accentué, pour tout arranger, ces trois dernières semaines par une série noire de maladresses, erreurs et démonstrations d’incompétence du gouvernement sur des dossiers particuliers): c’est le mouvement traditionnel des scrutins intermédiaires sanctionnant le gouvernement que l’on observe en Grande-Bretagne (tant Thatcher que Blair l’ont connu, pour gagner haut la main l’élection générale deux ans plus tard). Mais c’est lui qui a fait le choix de tolérer, et même de soutenir la candidature très contestée et contestable de Ken là où tout autre candidat aurait été à même de faire mieux et, qui sait, de l’emporter: Boris n'a gagné que de 63'000 voix sur 2,2 millions...

jeudi 3 mai 2012

Election(s)

Deuxième tour sur quatre en France, tout en un à Londres

Et si l’on avait fait pareil en France pour la présidentielle? L’élection du maire de Londres qui se déroule aujourd’hui a bel et bien lieu au système majoritaire à deux tours - mais les deux simultanément.

A côté du nom des candidats (à Londres c’est sept, pour l’Elysée c’était dix) il y a deux cases à cocher. Une seule croix est obligatoire pour que le bulletin de vote soit valable: une “première préférence” dans la première colonne.

L’expression d’une “seconde préférence” dans la seconde colonne est facultative: elle n’entre en ligne de compte que si le candidat de choix ne figure pas parmi les deux premiers une fois le résultat connu. Pratiquement elle est inutile si vous votiez Sarko, Hollande, Boris ou Ken, car on ne vous accorde évidemment pas un second suffrage. Mais les voix complémentaires recueillies par les deux finalistes auprès des partisans des candidats éliminés sont additionnées à leur résultat sur les premières préférences pour déterminer le vainqueur. Sarko ou Hollande, le président aurait ainsi été élu dès le 23 avril, sans rebrasser les cartes: pas de délectation morose à gloser sur les résultats de Marine, Méluche et Bayrou, pas d’orchestration de la tension avec le duel télévisé en point d’orgue, pas d’ultimes manoeuvres des deux candidats (et de leurs adversaires).

En France il y aura ensuite les deux tours de l’élection des députés à l’Assemblée nationale. A Londres l’élection de l’Assemblée du Grand Londres a lieu en même temps que celle du maire: un seul scrutin au lieu de quatre! Mais là le changement pour la France serait considérable: il reviendrait à passer à une VIe République dans laquelle l’exécutif et le législatif sont distincts et doivent collaborer, sans prédominance du président (s’il dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale) ou du chef de la majorité parlementaire (en cas de cohabitation). Car pour le GLA les Britanniques ont repris le mode d’élection du Bundestag allemand: la représentation proportionnelle entre tous les partis qui ont franchi un quorum de 5%, une petite moitié des élus représentant une circonscription dans laquelle ils sont élus au scrutin uninominal à un tour (les sièges acquis de cette manière sont imputés sur le contingent des sièges du parti déterminé par la proportionnelle).

Outre le bulletin pour l’élection du maire, l’électeur reçoit donc deux bulletins pour l’élection du GLA: un comportant les candidats au siège de la circonscription et un comportant les onze partis en compétition (qui sont en réalité treize, puisque s’y ajoutent encore deux indépendants, en somme candidats uniques de leur liste respective...) pour le calcul de la proportionnelle (l’Assemblée sortante est composée de cinq partis, aucun d’eux n’ayant la majorité absolue).

L’explication que je donne ici (élection proportionnelle intégrale, certains élus devant leur mandat à une élection uninominale et les autres à leur présence sur la liste du parti) est celle qui me semble la plus pédagogique sur le plan politique.

Elle se distingue cependant radicalement des modalités pratiques du dépouillement, qui lui part du nombre d’élus de chaque parti dans les circonscriptions pour attribuer, par répartitions successives, les sièges de listes aux différents partis: c’est ce qui explique qu’on ne connaîtra pas la composition définitive du GLA avant vendredi dans la journée! A signaler le remarquable site officiel de présentation de l'élection, dont les éléments essentiels sont disponibles en seize langues.

Sur le fond, je recommande la lecture de cette analyse approfondie, publiée en Australie, que signale John Rentoul. Comme ce dernier (et bien d'autres), je me rattache personnellement au courant informel Labour 4 Boris ou Keep Out Ken -- mais je n'ai pas le droit de vote à Londres...

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