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Irak, trois ans après: pas de paix sans liberté, le combat continue

Le parlement irakien démocratiquement élu va tenir sa séance inaugurale, une offensive de l’armée irakienne et des forces de la coalition contre les rebelles et terroristes est en cours, les Etats-Unis publient une version actualisée de leur conception stratégique, Tony Blair proclame que « si c’était à  refaire, il le referait », les milieux anti-américains, tiers-mondistes et pacifistes s’apprêtent à  tenir leurs manifestations rituelles: pas de doute, chacun met en place sa stratégie de communication pour l’anniversaire de l’intervention en Irak d’une coalition internationale qui a renversé le régime de Saddam Hussein, le 20 mars 2003.

En Suisse romande, c’est Genève qui accueille la manifestation ce samedi à  13h30 sous le mot d’ordre « dehors tout de suite » (Out Now). L’appel lancé à  cette occasion, signé non seulement par les groupuscules habituels mais aussi par le PS, les Verts et plusieurs syndicats, a donné lieu en prélude à  une polémique (fichier PDF) qui, pour être marginale, n’en est pas moins significative. Au nombre des situations scandaleuses allégrement amalgamées à  l’intervention en Irak figure en effet celle-ci:

De plus, l’Etat d’Israël va construire à  Jérusalem un tramway qui reliera les colonies au centre-ville en traversant des quartiers arabes, mais qui sera réservé uniquement aux citoyens Juifs.

L’ambassadeur d’Israël n’a pas perdu de temps pour faire savoir, en particulier au parti de la ministre des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, le caractère grotesque de cette accusation. Après mise au point (tract en format PDF), il est devenu:

De plus, l’Etat d’Israël va construire à  Jérusalem un tramway qui reliera les colonies au centre-ville renforçant ainsi les liens existant entre Jérusalem-Ouest et les colonies établies dans et autour de Jérusalem-Est. Ce projet s’inscrit pleinement dans la politique visant à  établir un « Grand Jérusalem » et prolonge sur le terrain les mesures illégales d’annexion et de colonisation, adoptées préalablement.

Une explication donnée au quotidien 24 Heures par les initiateurs de l’appel:

Comment expliquer ce dérapage? « Nous avons repris le texte de Out Now, l’association anti-guerre américaine, explique le Groupe pour une Suisse sans armée qui persiste et signe. (…) »

C’est donc vraiment toujours la faute des Américains (mais je n’ai rien trouvé de tel sur le site de Out Now)… En l’occurrence, un télescopage malencontreux de Rosa Parks manifestant contre la discrimination dans un bus et d’image d’apartheid sud-africain transposée en Israël? Mais il suffit de lire la phrase suivante pour comprendre que cette affaire à  au contraire une résonance hyper-locale:

Partenaire dans la construction de ce tramway, l’entreprise française Connex se rend complice d’opérations contraires au droit international. Connex est sous-traitante de lignes de bus pour les Transports Publics Genevois, dans la ville des Conventions de Genève, dont la Suisse est dépositaire!

Penser globalement – Agir localement, l’ennemi est partout et tout se tient, Bagdad – Palestine – Genève, même combat… Cela fait des semaines qu’un Collectif Urgence Palestine transfrontalier a fait le lien avec un cheval de bataille du syndicat des Transports Publics Genevois contre la sous-traitance de lignes marginales ou temporaires (au demeurant limitée par la loi à  un maximum de 10% de l’offre).

Pour une maladresse dénoncée et qui aura brièvement mis mal à  l’aise les organisateurs, il y a toutes les autres. Par exemple cette accusation extravagante qu’il ne s’est apparemment trouvé personne pour relever:

les troupes brésiliennes occupent Haïti au nom de l’Oncle Sam

Ce qui est aussi qualifié ailleurs de « présence de troupes étrangères en Haïti » mise sur le même pied que « l’occupation de l’Irak », « les menaces contre l’Iran », « la répression en Palestine » et « les bases US en Amérique latine » est en réalité un mandat fondé sur la résolution 1542 du Conseil de sécurité de l’ONU, sur proposition commune de la France et des Etats-Unis, à  l’oeuvre depuis l’été 2004, dans des conditions extrêmement difficiles. Voilà  qui illustre bien l’hypocrisie fondamentale du « mouvement anti-guerre » qui se prétend inspiré par les grands principes du droit international mais n’en a en réalité cure[1]. Il se garde bien, ainsi, de faire référence aux résolutions 1511 et 1546 du Conseil de sécurité qui constitue le cadre juridique de la situation actuelle en Irak, qui n’a donc rien à  voir avec une « occupation étrangère » contre laquelle le « droit à  la résistance » serait reconnu par « l’ONU ».

Pour ma part, je reste totalement convaincu du bien-fondé de l’intervention en Irak. Je l »inscris très logiquement, après l’Afghanistan, avant la conjuration de la menace nucléaire iranienne, à  côté des efforts dans le monde entier pour pourchasser les terroristes et promouvoir la démocratie et l’économie de marché afin de couper l’oxygène de l’absence d’espoir dont se nourrit l’islamofascisme, dans le cadre de la riposte tous azimuts à  l’agression contre les démocraties dont le 11 septembre 2001 a été le révélateur. C’est une guerre, oui, et une guerre de longue haleine qui durera encore des années voire des dizaines d’années et qui emprunte des formes complètement nouvelles, peut-être bien une « quatrième guerre mondiale » (qui se déroule également en France, aux Pays-Bas, au Danemark ou en Grande-Bretagne), aussi différente de la guerre froide, qui serait dans cette comptabilité la « troisième », que celle-ci le fut de la « deuxième ». Une caractéristique commune avec la guerre froide, me semble-t-il, c’est que l’objectif lui-même, le résultat qui marquera la fin de cette guerre par la victoire contre l’islamofascisme, n’est pas aisé à  définir.

Bien sûr il y a toutes sortes de choses dont j’aurais souhaité qu’elles se passent différemment:

  • Avant l’intervention, avec un mandat du Conseil de sécurité large (regime change) et non cette étroite focalisation sur la menace des armes de destruction massive, dont tout le monde était toutefois convaincu de la réalité, puis avec une présence active de la France au sein de la coalition: je reste persuadé que s’il y avait une faible chance d’éviter l’intervention militaire au profit d’un coup d’Etat interne suivi de l’envoi pacifique de forces de l’ONU pour accompagner la transition, c’était en ne donnant pas l’image d’un front des démocraties irrésolu et divisé.
  • Si l’intervention elle-même a été un magnifique succès, manifestement sa suite s’est révélée beaucoup moins assurée. Et Guantanamo n’est certainement pas satisfaisant.

On peut avoir bien des positions sur la situation irakienne, mais la revendication d’une évacuation immédiate de toutes les troupes de la coalition est bien la plus monstrueuse possible. Comme l’écrivait une amie, Mireille Vallette, à  la responsable du PS genevois qui, dès le 22 décembre, appelait à  la mobilisation pour cette manifestation:

C’est vrai à  la fin, que les occupants s’en aillent, c’est tellement plus joli une guerre civile! Les protagonistes, par exemple les terroristes islamistes, sauront la conduire avec des moyens tellement plus propres que les Yankees.

Et félicitation aux auteurs de ce texte qui réussissent à  ne jamais faire la moindre allusion à  ces terroristes les appelant les « combattants irakiens de la résistance », vous savez ceux qui réduisent en charpie des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants irakiens, qui égorgent des otages, massacrent, tuent, cherchent à  créer le chaos (et réussissent) afin que rien ne fonctionne. Et quelle horreur ce que les US font à  leurs femmes soeurs et épouses alors que leurs maris, frères et époux, conformément à  l’idéologie de leur maître révéré Ben Laden, demandent seulement à  les réduire en esclavage, ombres noires sans existence propre sur lesquelles ils ont droit de vie et de mort.

A côté de ça, quelle incongruité que les deux tiers des Irakiens et Irakiennes optent pour « la démocratie » (surtout ne jamais oublier les guillemets!). C’est tellement plus beau une théocratie sans guillemets… surtout pour nous, femmes. Mais les occupants ont probablement totalement annihilé l’intelligence des occupés par des sortes de gaz abêtissants que l’on va découvrir un de ces jours. Ces Américains n’en sont plus à  une horreur près!

Bref, je ne suis pas vraiment fière de voir que la PS relaie cette prose écoeurante. Et que le relais soit une femme me dépasse!

Notes

[1] Si le Congo manque à  la liste de ces pays à  « libérer de l’occupation étrangère », c’est sans doute par défaut d’angle anti-américain pour le revendiquer.

4 commentaires

  1. Marc
    18 mars 2006

    Je me souviens avoir eu froid dans le dos, il y a trois ans (déjà  !), au spectacle d’une manifestation anti-guerre et des slogans « Bush ! Sharon ! Assassins ! » qui s’y faisaient alors entendre. On peut penser ce que l’on veut d’un tel jugement formulé séparément contre chacun de ces deux personnages, des raisons qui conduisent à  le diriger contre eux plutôt que contre d’autres, et notamment contre ceux auxquels ils s’opposent. Le plus troublant, évidemment, est l’association de ces deux noms dans le cadre d’une manifestation consacrée uniquement à  la question du conflit irakien. La logique qui présidait alors à  cette association fut par la suite clairement explicitée par le premier ministre de Malaisie, Mahatir Mohamad: « Aujourd’hui, les juifs dirigent le monde par procuration. Ils obtiennent que les autres se battent et meurent pour eux ».

    à‰coeurant, en effet, de voir comment une certaine gauche se prête à  de tels amalgames. Pas si surprenant, malheureusement, lorsque l’on pense que l’antiaméricanisme est, aujourd’hui comme hier, le calque structurel et thématique de l’antisémitisme.

  2. jd
    19 mars 2006

    Bien sûr que le mot d’ordre des pacifistes est ridicule. Tout comme est pitoyable l’adhésion des socialistes, des verts et de syndicats à  ce mouvement dirigé par des groupuscules qui ne représentent que leurs maigres effectifs. Une fois de plus la gauche se laisse instrumentaliser pour une cause dont le sérieux n’a d’égal que le charabia du tract mentionné. Mais les Etats-Unis seraient plus convaincants dans leur défense de la démocratie et des libertés si leur comportement étaient en conformité avec leurs idéaux proclamés. Et là , on est très loin du compte!

  3. 20 mars 2006

    D’abord sur le tract : incroyable à  quel point, sous prétexte de s’opposer à  la guerre en Irak, tout est quasiment renvoyé au conflit-israélo-palestinien.

    Ensuite sur « l’errreur » des partis : le pire est encore qu’ils osent avouer, la bouche en coeur, qu’ils avaient pas bien lu, qu’ils n’avaient pas eu le temps. Finalement cela montre l’incompétence ou la naïveté de certains mouvements.

    Par contre de mon côté, j’estime encore et toujours que l’intervention n’était pas la bonne solution. Je l’estime d’autant plus qu’au moment où une intervention risque véritablement d’être nécessaire (en Iran), la notion de guerre préventive est dénigrée et une grande partie des forces américaines est engluée en Irak. Il ne faut d’ailleurs surtout pas, c’est vrai, qu’ils en sortent maintenant. Ensuite lorsqu’on voit ce que le conflit coûte par jour aux Etats-Unis, difficile de ne pas se poser la question si cela est bien nécessaire. Et surtout, à  qui cela profite-t-il véritablement ?

  4. Rama
    22 mars 2006

    Oui, ceux qui réclament un départ immédiat des troupes américaines d’Irak sont inconscients et fourvoyés. Oui, assimiler tout et n’importe quoi est un procédé intellectuellement malhonnête et trompeur (le premier à  être trompé étant probablemetn celui qui le profère).

    Mais je ne vois pas en quoi cela rend l’invasion de l’Irak plus tolérable. Maintenant que les USA y sont, il sont bien forcés d’y rester pour tente d’éviter le chaos total, mais rien ne dit qu’il y arriveront vraiment. Leur armée est essentiellement à  bout de souffle; l’opinion s’impatiente; les voeux pieux de Rumsfeld, reprenant ses propres généraux insuffisemment optimistes avant l’invasion, paraissent chaque jour plus ridicules.

    Tout ça parce que certains ont jugé opportun d’agresser ce qui était tout de même un pays souverain, au mépris de la Charte de l’ONU (on aura beau jeu de dire que c’est la faute de l’ONU qui a refusé de se transformer en chambre d’enregistrement des décisions prises à  la Maison-Blance, voire carrément au Pentagone). Il faut bien voir que l’invasion de l’Irak a été justifiée entièrement par des prétextes qui, déjà  cousus de fil blanc alors, ont depuis volé en éclat.

    Le seul qui reste et l’argument de l’affreux dictateur, mais est-ce que la vie quotidienne des gens étant vraiment pire sous Saddam Hussein ? Les attentats actuels font soixante morts par jour, parait-il, est-ce que la police politique du Baas faisait réellement mieux ? est-ce qu’elle mutilait complètement au hasard ?

    La vraie solution aurait été de ne pas jouer au cow-boy en premier lieu. L’invasion, décidée par des stratèges de salon (oublieux des raisons pour lesquelles le règne de Saddam Hussein avait été souhaité en premier lieu par les puissance occidentales), est une énorme gaffe. Grâce à  elle, la vie quotidienne des Irakien a encore empiré; la région est encore plus instable (il fallait le faire !); un monde convaincu de la toute-puissance militaire des USA voit une armée composée de gamins sans le sou pour payer leurs études peinant à  maintenir l’ordre, démoralisée, à  peine capable d’assurer la relève des troupes, et commettant les pires dérapages possibles; le gouvernement des USA lui-même, qui avait déjà  des tendances à  tester périodiquement les limites de la démocratie, glisse sur la même pente avec sa consécration de Guantanamo.

    Dans un contexte où les pires délires conspirationistes font recette pour expliquer ce fiasco, je me permets de penser qu’une bonne chose serait d’essayer de comprendre la sitatution sur le terrain, à  commencer par nos ennemis, plutôt que de s’enfoncer encore plus dans la logique du Bien et du Mal. Ceux qui écoutaient Blix, l’homme de terrain, avaient raison. Ceux qui écoutaient les idéologues dogmatiques qui falsifiaient les rapports, avaient tort. Alors pour l’amour du Ciel, laissons des termes comme « Islamofascisme » dans le néant d’où ils n’auraient jamais dû sortir.

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