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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Chansons libérales

Dans son dernier billet, Sardanapale aborde un sujet qui ne doit pas avoir été souvent traité : à  savoir « le libéralisme en chansons », ce qui m’a inspiré le commentaire suivant:

J’ai vraiment de la peine à  en trouver, la première qui me vient à  l’esprit, a contrario, c’est la chanson qui a touché le jack pot en adoptant une posture anti-fricquiste, c’est-à -dire en épinglant Mammon superficiellement, et en des termes ultraconvenus:

— Money, de Pink Floyd (1973)

(Bon, ses qualités musicales font que ce n’était pas totalement immérité.)

Pour délirer un peu, citons

— Money Money Money, du groupe Abba (1976/77). — Voyage Voyage, de Desireless (1987)

Alors que la deuxième chanson est un hymne à  la libre circulation (de tout ce qu’on voudra), l’intention idéologique exprimée par la première est ambiguë. En effet, rêver de devenir riche en épousant un homme riche ou en gagnant à  Monaco peut aussi bien être interprété comme un acquiescement au système capitaliste qu’un sentiment de résignation face à  un ordre des choses implacable. Un peu plus sérieusement:

— L’Amérique, de Joe Dassin — I Love America, de Patrick Juvet

que j’ai aimés en toute innocence, sans me douter qu’elles revêtaient/revêtiraient un sens méchamment provocateur

Encore plus sérieusement, il y a:

— Il est libre Max, d’Hervé Cristiani (1981)

A cause du titre et du contenu, qui est une défense et illustration de la liberté intérieure. Liberté de donner un sens à  sa vie, liberté qui précède toute autre liberté, comme celle d’échanger des biens matériels

Certes, on peut la taxer naïveté de pacotille ( = kitsch ). Certes, la chanson égratigne au passage les excès (dérives) du culte de la réussite et du travail. « Il travaille un p’tit peu quand son corps est d’accord Pour lui faut pas s’en faire, il sait doser son effort Dans l’panier de crabes, il n’joue pas les homards Il n’cherche pas à  tout prix à  faire des bulles dans la mare » Cependant, un vrai libéral ne peut que souscrire à  une philosophie si joliment mise en musique et chantée. Aujourd’hui, elle apparaît comme un désaveu prophéque de toute bien-pensance conformiste, donc de la pensée unique de gauche, en narguant les fantasmes des grands régulateurs et ordonnateurs de la création des richesses matérielles et intellectuelles: « Il met de la magie, mine de rien, dans tout ce qu’il fait Il a le sourire facile, même pour les imbéciles Il s’amuse bien, il n’tombe jamais dans les pièges Il n’se laisse pas étourdir par les néons des manèges Il vit sa vie sans s’occuper des grimaces Que font autour de lui les poissons dans la nasse (…) Et bien sûr toutes les filles lui font les yeux de velours Lui, pour leur faire plaisir, il raconte des histoires Il les emmène par-delà  les labours Chevaucher des licornes à  la tombée du soir »

Enfin, saura-t-on jamais, si le groupe Chic qui, avec

— Le Freak (c’est chic) (1978)

a créé un tube planétaire dans les années 70 était conscient de l’existence du terme homophone en français ? Eux racontent que le titre originel était F**k off, né de la fureur de ne pas avoir été admis au 54, le club le plus branché de l’époque. Ils étaient pourtant déjà  connus, mais pas suffisamment pour y être admis. C’est grâce à  ce morceau sublime qu’ils se sont rattrapés.

3 commentaires

  1. 31 août 2009

    Merci Guillaume. Cela fait toujours plaisir de constater la qualité de mon lectorat – cela me console des stats.

    Oui, les chansons que nous citons tous deux sont plus plus “libérales” qu’ouvertement capitalistes (bien que j’estime ces deux qualités indissociablement liées).

    Ta lecture de Christiani est éclairante. Le début des années 80 est d’ailleurs la grande période du libéralisme musical, ce qui me fait penser que Mitterrand n’a pas compris grand chose à  l’esprit du temps (la question des radios libres est une heureuse exception.)

    Une autre chanson, anglaise cette fois mais elle aussi datée de 1981, me vient à  l’esprit: “Owner of a Lonely Heart”, de Yes.

    à€ mon sens il s’agit de beaucoup plus que de savoir prendre des risques en amour:

    “Move yourself

    You always live your life never thinking of the future

    Prove yourself

    You are the move you make, take your chances win or lose her…

    Shake shake yourself

    You’re every move you make, so the story goes

    Owner of a lonely heart, etc…

    Watch it now

    the eagle in the sky

    How he dancin’ one and only (?)

    You lose yourself – no not for pity’s sake

    There’s no real reason to be lonely

    Be yourself

    Give your free will a chance

    You’ve got to want to succeed…”

    
    

    Pink Floyd: j’aurais dû y penser à  cet contre-exemple! On ne fait pas mieux dans l’anticapitalisme flamboyant (qui est celui de Roger Waters: depuis la scission du groupe la politique a disparu).

    Je ne connais pas de paroles plus réactionnnaire que: “We don’t need no education” (Un monde sans enseignement est un monde de privilèges transmis). Bien entendu cela ne m’empêche pas de tenir Pink Floyd pour un géant musical.

  2. Sans Pseudo Fixe
    1 septembre 2009

    Euh, le gangsta rap et ses thématiques luxe-pouvoir-pognon-machisme, vous considérez ça comme des chansons capitalistes ou juste un effet collatéral ?

    Je n’écoute plus vraiment la “bande FM” ou MTV, mais je crois qu’en cherchant un peu, on peut trouver pas mal de “chansons” contemporaines faisant l’apologie du “moi” et du “libre choix” (souvent réduit à  larguer un(e) copain/ine peu fidèle, il est vrai).

  3. 4 septembre 2009

    Effectivement, le rap est souvent ultra libéral :

    Booba : “C’est KO2P qui joue, pourquoi tu demandes “c’est qui qui mène ?” Niger est-ce moi qui aime l’oseille ou lui qui m’aime ? Il m’en a fallu, il m’en faut, il m’en faudra, Pour ne pas rouler en Skoda, ne pas décevoir maître yoda”

    Rohff : “J’rappe rien qu’pour l’oseille, donc passe moi l’micro, maintenant qu’j’ai reçu ma paye, j’peux commencer le show !”

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