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Congrès de l’UDC: hyperbolique sans vergogne

L’UDC – Union Démocratique du Centre [1] tenait un congrès extraordinaire à  Bâle aujourd’hui – comme le Matin en ligne en fait déjà  le reportage. Un discours radicalisé, si c’était encore possible, qui fera le bonheur de ses détracteurs symétriquement opposés, mais qui pourrait donner quelques soucis aux modérés. En effet, le style Nous appelons un chat un chat (ou un bouc un bouc), semble proche des préoccupations des gens et a des accents très persuasifs, même quand c’est énoncé par un non francophone[2]. Là  où les gens auront de la peine, c’est la revendication d’un manichéisme qu’on croyait confiné outre-Atlantique ou à  l’extrême-droite. Car les élections fédérales du 21 octobre placent la Suisse devant le choix entre l’enfer socialiste et le paradis UDC. Certes, les gens savent reconnaître une hyperbole, même si ce trope-là  n’est pas une idiosyncrasie helvétique. Certes, les Suisses pro-UDC sont moins primairement antiaméricains que d’autres et se retrouvent dans une expression sommaire des valeurs conservatrices articulées sur l’axe du bien et du mal. Mais jusqu’ici, on ne les avait pas vu à  ce point décomplexés. La droite (ou la gauche) raisonnable doit encore arriver à  falsifier l’équation non populiste = non décomplexé.

A relever quelques points de rencontres avec les socialistes. D’abord, ces derniers se réunissaient aussi à  Bâle aujourd’hui. Mais surtout, on a fait l’honneur de reprendre à  leurs cousins français l’idée, perfectionnée, d’un contrat avec le peuple. Perfectionné puisque le document signé par les délégué-e-s est est sous la forme d’un parchemin pour rappeler le Pacte fédéral de 1291.

Ce sera peut-être un caractéristique du début du XXIème siècle. Sur le plan des discours politiques, le froid de la guerre avait perduré dans le rationalisme froidement gestionnaire de la rhétorique politique qui a suivi. Pour se faire réchauffer maintenant par un grand retour des symboles, des valeurs, des mythes. Est-ce pour le meilleur – le paradis de la libre et riche expression – ou le pire: l’enfer populiste?

Notes

[1] Parti de la droite populiste-mais-démocrate

[2] Cf. les clips dont les liens sont dans l’article

5 commentaires

  1. 18 août 2007

    Dans le fond, on peut aussi appeler un fasciste, un fasciste… non ?

  2. Guillaume Barry
    19 août 2007

    On peut. Lors d’une autre affaire d’affiches que celle des moutons, qui ne concernait que Genève, et était le fait de deux UDCistes qui parlaient de couples pacsés aisés et inféconds, je n’ai pas hésité à  faire un parallèle avec les agissements nazis. Pourtant, je reste persuadé que l’amalgame entre, d’une part, un parti conservateur voire réactionnaire populiste-odieux-mais-démocrate et, d’autre part, le fascisme, peut relever d’un schématisme réducteur, voire totalitaire, en tout cas symétrique par son manichéisme – qui relève heureusement de l’incongru pour toi comme pour moi. En évoquant l’enfer, l’UDC crédite la gauche d’une puissance (maléfique, mais puissance quand même) qu’on ne lui connaissait plus en Suisse. En diabolisant l’UDC comme fasciste, la gauche flattée renverra l’ascenseur, et donnera un surcroît de consistance et d’existence, si besoin était, à  son meilleur ennemi.

  3. 19 août 2007

    Effectivement, le manichéisme n’est pas exactement ma tasse de thé.

    Pour le reste, et avec l’affiche des moutons, je me demande sérieusement si c’est diaboliser l’UDC que de les qualifier de fasciste ou simplement appeler un chat, un chat.

    Je me demande aussi s’il n’y a pas une drôle de censure à  l’envers de ne pas oser utiliser un terme tel que fasciste. C’est aussi un des effets de la rhétorique à  nature “terroriste” ou totalitaire de l’UDC.

    Peut-on, à  leurs propos, se limiter au qualificatif de partis conservateur, voire réactionnaire populiste? Je trouve que cela mérite réflexion depuis quelque temps et j’ai bien envie d’en débattre prochainement. Tes réflexions seront les bienvenues.

  4. Pour ma part, ce qui me gênerait c’est d’étendre à  tout le parti un qualificatif à  réserver à  des démarches ponctuelles, en l’état, alors que je ne l’appliquerais même pas pour décrire la totalité des individus qui sont derrière; et donc encore moins à  ceux, élus, membres ou électeurs, qui ne partagent que l’étiquette et dont certains sont d’ailleurs en désaccord avec ces démarches ou cette ligne dominante.

    La généralisation, abusive, ne me semble pas crédible pour d’autres que les convaincus, et manquer ce qui devrait être sa vraie cible: les radicaux et démocrates-chrétiens “centristes”, ou d’une droite indiscutablement “constitutionnelle”, qui seraient en revanche sensibles à  une critique serrée du blochérisme, et sont indispensables pour parvenir à  l’isoler.

  5. Guillaume Barry
    19 août 2007

    Sans consulter l’ami Wiki ou faire d’autres recherches, je dirai spontanément que pour moi, le fascisme est caractérisé par:

    • une organisation de l’Etat qui fait que personne ne peut lui échapper, dans aucun aspect de sa vie
    • le rejet de la démocratie, c’est-à -dire du droit de s’organiser en structures indépendantes du contrôle étatique
    • l’absence de droit de critiquer le régime, l’organisation politique en vigueur
    • un rôle maximal et central dévolu aux forces investies de la violence légitime, échappant à  tout contrôle démocratique, en l’absence de tout contre-pouvoir: armée, police, milices
    • une exaltation de la nation, de la patrie.

    Jusque là , à  part le dernier point, et encore, rien dans l’UDC qui aille dans ce sens. Justement, le conservatisme et le patriotisme de l’UDC consiste entre autres dans le culte des institutions démocratiques mythifiées. En ce qui concerne le fait de prendre les étrangers comme boucs émissaires, certaine propagande, certaines affiches rappellent effectivement des manières de dire et de d’agir plus nazies que fascistes, à  l’égard des juifs et des francs-maçons en particulier. Mais j’aurais plutôt envie de dire que, malheureusement, pour appeler de ses voeux des lois xénophobes ou autrement odieuses et les mettre en oeuvre, il n’y a pas besoin d’être fasciste, on peut le faire en étant un bon démocrate.

    La démocratie athénienne fut exemplaire. Elle avait la haine des régimes tyranniques voisins, elle se définissait par opposition à  ceux-ci. En cela elle était chauvine et xénophobe. Le régime de Sparte aurait pu être qualifié, par anachronisme, de fascistes. Mais Athènes excluait du pouvoir les femmes, les esclaves et les métèques. Athènes a aussi démocratiquement condamné à  mort un philosophe qui avait remis en question ses fondamentaux. Celui-ci, en bon démocrate, n’a d’ailleurs pas voulu se dérober à  l’exécution, par respect pour les lois, de qui dépendait toute vie, y compris la sienne.

    Dans l’autre sens, un régime militarisme, centralisateur voire totalitaire peut imposer par la force un régime démocratique (ou un surcroît de démocratie). Le régime napoléonien a exporté en Europe la révolution et la démocratie que la France avait réinventée (après l’Angleterre). En revanche, c’est grâce aux traits totalitaires et militaristes du missionnaire Bonaparte que les Suisses ont pu bénéficier de la bonne parole et du bon régime.

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