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Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs

ou plutôt Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs

par Alex Dépraz

Le Monde et Paxatagore signalent une pétition demandant la suppression de l’emploi du terme “Mademoiselle” dans la vie courante française. L’influence germanophone a peut être parfois du bon en Suisse romande (comme le Québec sous l’influence anglophone), car l’emploi du terme “Mademoiselle” y a pratiquement disparu, du moins dans l’administration. Tant mieux. Pas seulement à  cause de l’état civil : ce n’est que dans un passé relativement récent que “Mademoiselle” a acquis cette signifiation. Mais surtout parce qu’à  l’origine, l’emploi de “Mademoiselle” reflétait une distinction de classe sociale (“- Mademoiselle, pourriez-vous servir le dîner?” “- Bien, Madame”). Cet emploi vieilli existe hélas encore: il arrrive d’entendre dans les cafés un “l’addition s’il vous plaît Mademoiselle”.

Pour ce qui est de l’état civil, et comme le signale Paxatagore, l’emploi du nom de famille est encore déterminant. Je n’ai jamais très bien compris le droit français sur le sujet (ou plutôt j’avais compris que le mariage n’entraînait aucun changement de nom pour la femme). En Suisse, c’est compliqué. Il y a la régle générale (cf. art. 160 CC notamment). Si Monsieur Gémal et Madame Alataite se marient, le plus courant et qu’ils deviennent Monsieur Gémal et Madame Gémal après le mariage. Dans la pratique, l’épouse peut faire suivre son nom de famille (Gémal) du nom qu’elle portait avant le mariage avec un trait d’union (Gémal-Alataite). Au moment du mariage, l’épouse peut toutefois choisir de garder son nom d’avant les noces, mais elle doit le faire suivre du nom de famille (celui du mari) cette fois, sans trait d’union (ce qui donne Monsieur Gémal et Madame Alataite Gémal). Dans tous ces cas, les enfants s’appellent Gémal.

Cette réglementation civile étant inégalitaire (les deux époux n’ont pas les mêmes possibilités), la Suisse s’est fait condamner à  Strasbourg par la Cour. L’époux a donc désormais la possibilité de choisir le nom de l’épouse comme nom de famille, ce qui donne Monsieur Alataite et Madame Alataite. Dans ce cas, l’époux peut choisir de conserver son nom : Monsieur Gémal Alataite (sans trait d’union) et Madame Alataite (ce n’est pas dans le Code civil mais dans une ordonnance d’application). Mais, peu de monde en fait usage (heureusemement pour nos têtes). A quand une réglementation plus simple ? Une révision du Code civil qui prévoyait que chaque époux garde son nom, un nom étant choisi ensuite pour les enfants a lamentablement échoué au Parlement en 2001.

7 commentaires

  1. 21 avril 2006

    Sur “L’influence germanophone”, je me demandais : l’appellation Fräulein a effectivement définitivement disparu de la langue allemande ?

  2. 21 avril 2006

    L’utilisation de “mademoiselle” est très complexe, et vous faites bien de souligner également cette utilisation sociale (qui n’est pas, à  mon avis, la seule utilisation : ce n’est pas qu’une affaire de classe). Je crois que les joueuses de tennis ont également droit au “mademoiselle” par principe. S’agissant du droit français, il est parfaitement limpide : le mariage n’a aucune incidence sur le nom patronymique. Il est simplement coutumièrement admis que les femmes peuvent porter, à  titre d’usage, le nom patronymique de leur époux (et de fait, c’est la pratique quasi unanime). La loi en tire une conséquence : en cas de divorce, le mari – ou à  défaut, le juge – peut autoriser l’épouse a continuer à  porter le nom de son mari si cela est utile pour ses enfants ou pour elle (par exemple, le cas d’une femme connue habituellement par ses relations sous son nom d’épouse). A titre personnel, je suis contre l’abandon du “mademoiselle”. J’estime simplement que les administrations et les banques n’ont pas besoin de marquer l’état de femme mariée de cette façon là  et que chacune a le droit de se faire appeler comme elle l’entend.

  3. Alex
    21 avril 2006

    @aymeric: en Suisse alémanique où l’allemand est essentiellement une langue écrite, je crois pouvoir dire que oui. Mais il est plausible qu’il en aille différemment dans les dialectes oraux….

    @Paxatagore: merci! Ne serait-ce pas là  aussi une explication de l’usage (qui n’a jamais été courant en Suisse romande, sauf dans les avis de décès) d’appeler l’épouse par le prénom et le nom du mari (puisque le prénom de l’épouse associé au nom du mari serait juridiquement faux)? Il est “moins faux” du point de vue du droit français de parler de Madame Lionel Jospin que de Madame Sylviane Jospin (mais plus juste de dire Madame Sylviane Agazinski, l’épouse de Lionel Jospin) alors que Madame Lionel Jospin serait correct du point de vue de l’état civil suisse. C’est du moins comme ça que j’explique cette formule vieillote qui me choque moins que l’emploi du “Mademoiselle” (je viens d’entendre sur une terrasse un client héler l’employée du restau de cette manière, ça doit être pour ça). Le non emploi de “Mademoiselle” n’enlève pas nécessairement les mauvaises habitudes de l’administration : une amie se plaint régulièrement de recevoir certes des avis, formulaires, déclarations adressés à  son nom de Madame Unetelle mais adressés dans une enveloppe à  l’adresse commune au nom de son concubin Monsieur Untel….

  4. 21 avril 2006

    Cette mauvaise habitude des administrations (bancaires notamment) les fait parfois sombrer dans l’illégalité. La mère de mes enfants (ouh que l’expression sonne pompeusement) a eu la surprise de recevoir sa dernière carte bleue au nom de Madame Moi alors que nous ne sommes pas mariés.

  5. 21 avril 2006

    Pour être tout à  fait honnête, il m’arrive aussi fréquemment de me faire appeler Monsieur Elle (par des compagnies de téléphonie, des opérateurs de câble, des établissements de crédits, etc.)

  6. S’agissant du nom, on en parlait déjà  quand j’ai fait ma licence, au milieu des années 70… Avec un ami nous avions échaffaudé la proposition parfaitement égalitaire suivante: les futurs conjoints ont l’obligation de choisir un nom commun (qui sera également celui de leurs enfants) distinct tant du nom de Monsieur que de celui de Madame. 🙂

  7. 26 avril 2006

    – S’agissant du Fräulein, je confirme qu’il est totalement tombé en désuétude, même pour s’adresser à  une serveuse. Du moins pour tous ceux de ma génération… 😉

    – S’agissant du mademoiselle, je ne suis pas pour son abandon, mais pour une réaffectation de son usage : pour les femmes mineures, d’une part, et dans la conversation badine, d’autre part. à€ cet égard, je trouverais d’ailleurs très plaisant de remettre mondamoiseau au goût du jour. Au demeurant, je confesse l’avoir utilisé sur plusieurs cartes postales adressées à  certains de mes amis fringants 😉

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