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Débat sur l’intervention en Syrie à la Chambre des Communes

L’honneur des travaillistes sauvé par une minorité de leurs parlementaires

L'intervention de Hilary Benn

La Chambre basse du Parlement britannique est l’archétype du parlementarisme: elle en a à nouveau fait la démonstration avec le débat sur l’extension à la Syrie des frappes aériennes britanniques qui ont déjà cours sur le versant irakien contre les tenants d’un Etat islamiste à cheval sur les deux pays.

Sa caractéristique est la combinaison d’une procédure minutieusement chorégraphiée et, aux antipodes du Parlement européen ou du Conseil national suisse1, de l’oralité authentique du débat.

Les règles sont simples: un débat ouvert à 11h30 jusqu’à épuisement des demandes de prise de parole ou, au plus tard, 22h, avant de faire place au vote. Il porte sur une motion proposée par le gouvernement et dont les tenants et aboutissants ont déjà été présentés la semaine dernière. Le premier ministre intervient le premier, suivi par le leader de l’opposition. Symétriquement, avant le vote, le Speaker donne la parole pour conclure au ministre des affaires étrangères du cabinet fantôme, puis en dernier à celui du gouvernement, qui a l’œil rivé sur l’horloge pour terminer à 22h tapantes.

Entre ces deux moments, 104 interventions de parlementaires expliquant leur vote, donnant leurs arguments, avec des degrés divers d’art oratoire, de démonstration ou de passion, lues, apprises par cœur ou spontanées. L’usage veut par ailleurs que l’orateur accepte d’être interrompu dans son exposé pour laisser place à la question ou l’objection de l’une ou l’autre collègue, à laquelle il répond avant de retrouver le fil… J’avais du boulot et n’ai donc pas regardé l’intégralité du débat en direct (seulement la dernière demie-heure), mais Twitter est excellent pour se tenir au courant du déroulement de la journée et en capter les points saillants.

Le débat du 2 décembre 2015 restera par ailleurs dans les annales comme celui ou les travaillistes ont exposé en toute transparence la division qui, comme tous les partis socialistes, les a toujours traversés, mais qui cette fois pourrait être mortelle. Après avoir échoué lundi à faire prévaloir sa position personnelle de refus de la proposition du gouvernement, inspiré par une pseudo-aversion à la guerre et crainte pour les victimes civiles collatérales2, Jeremy Corbyn a dû concéder la liberté de vote pour tous les députés travaillistes.

Cela a donné lieu à ce spectacle surréaliste du leader de l’opposition ouvrant le débat en faveur du non, et son ministre des affaires étrangères Hilary Benn le concluant par un grand moment3 d’éloquence parlementaire efficace4 en faveur du oui (lire le texte, voir le clip intégral).

L’intervention de 2003 en Irak avait vu une solide majorité des travaillistes soutenir leur premier ministre Tony Blair, comme d’ailleurs une majorité de l’opposition conservatrice. Ici, alors que le vote était libre et qu’aucune des deux positions n’est donc une “rébellion”, une “dissidence”, une majorité des travaillistes a voté avec le leader (qui leur a été imposé par le vote des membres et des sympathisants5), beaucoup par conviction bien sûr, mais pour certains aussi afin d’éviter le harcèlement indigne organisé par la garde prétorienne de Corbyn, Momentum.

L’honneur est néanmoins sauf et a permis l’adoption de la motion, que Cameron aurait renoncé à soumettre au vote sans l’attitude résolue du cabinet fantôme pour faire prévaloir la liberté de vote.

  1. Mais aussi, me semble-t-il, de l’Assemblée nationale française, qui n’a pas l’excuse du plurilinguisme. []
  2. Qui en réalité ne vaut que pour les interventions occidentales et ne se soucie pas des victimes civiles visées par Assad ou les islamistes. []
  3. Lien ajouté le 4.12. []
  4. Benn s’est offert le luxe de débuter par une réprimande à Cameron pour une pique polémique, défendant Corbyn, avant de réfuter implacablement les arguments de ce dernier. Plus encore, par un discours de gauche sans concession, il lui a dénié toute légitimité idéologique. []
  5. A la suite, on ne le répétera jamais assez, d’une violation matérielle de la règle voulant que les candidats au leadership doivent avoir le soutien d’au moins 15% des parlementaires, ce qui n’était pas le cas de Corbyn; il lui a fallu une vingtaine de naïfs, opportunistes et autres idiots utiles qui lui ont donné leur signature sans le soutenir. []