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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Famille, justice et délinquance

Deux choses m’interpellent dans l’affaire de la collégienne de 14 ans poursuivie en justice, à  Thionville (Moselle), pour avoir volé le chéquier de sa mère et dépensé 2500 € en quelques jours de fugue avec une amie, racontée par Le Monde d’une manière passablement formelle et juridique qui rencontre l’approbation d’Eolas; le quotidien y consacre un éditorial pour s’en prendre… à  la victime[1], plus précisément aux autorités qui ont estimé que la loi permettait de donner suite à  sa plainte, et au législateur qui a introduit une modification récente (sans forcément en mesurer toutes les conséquences, il faut lire Jules de Diner’s room) rompant avec “une tradition juridique française qui remonte au droit romain: l’immunité familiale”:

  • La conception paternaliste, et non individualiste, de la famille ici défendue, à  partir de laquelle il n’y a qu’une différence de degré (et non de nature) dans l’acceptation ou le refus de la mutilation génitale (excision) des filles ou les mariages arrangés. Les arguments plaidant contre l’intervention de la justice entre membres de la famille étaient précisément ceux invoqués par les adversaires de la punissabilité du viol entre époux.
  • La défiance de principe même à  l’égard de la justice des mineurs (puisque c’est devant un juge des enfants que l’adolescente devait être présentée), alors qu’on sait qu’elle correspond davantage, par sa procédure, ses traditions et la palette des moyens à  sa disposition, que la justice ordinaire à  leur idéal commun. On ne peut pas à  la fois s’indigner de l’abaissement de l’âge d’entrée dans la justice des adultes et refuser que les mesures spécifiquement prévues pour les mineurs soient appliquées (ou, plus précisément, c’est ce genre d’attitude qui empêche le traitement précoce de la délinquance de mineurs qui viendront ultérieurement encombrer la justice et le système pénitentiaire, et nourrit le populisme répressif).

Je trouve pour ma part hautement souhaitable l’appui ainsi donné à  cette famille — à  cette mère à  bon droit désemparée, à  cette jeune fille sur une voie manifestement dangereuse. Et heureux le fait qu’il ne s’exprime pas (seulement) par des propositions d’écoute à  n’en plus finir de la part d’éducateurs et travailleurs sociaux bien intentionnés.

COMPLEMENT DE 14H30: Après les nécrologies, c’est sur les faits divers (qu’il savait aborder en détail et dans une approche socio-psychologique aux antipodes de la presse people ou populiste) que Libé n’est plus lui-même: une dépêche AFP! Mais je commence à  croire que c’est l’avocate de la fille qui a choisi la voie de la médiatisation, quand même curieuse pour une histoire comme celle-ci. Et j’espère que les prénoms indiqués sont fictifs, mais ce n’est pas précisé. Le droit britannique est bien moins angélique à  l’égard des mineurs, mais au moins il fait respecter avec une rigueur impitoyable leur anonymat (voire celui des majeurs pour protéger leurs enfants).

Notes

[1] Ce n’est que par une citation d’un vice-procureur que le journal nous apprend que c’est une femme de ménage élevant seule ses enfants, pour laquelle ce montant représente “bien plus qu’un mois de salaire”.