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Christ pour le mariage des prêtres (et autres problèmes avec César)

Désolé, pas pu m’en empêcher… Ce titre à  sensation reflète au demeurant fidèlement une info lue dans Le Monde de ce matin: Le député (UMP) Jean-Louis Christ pétitionne pour le mariage des prêtres. A l’origine de sa démarche une histoire qui pour être relativement commune n’en est pas moins triste: le suicide d’un curé mis en cause dans une affaire de consultation d’images émanant d’un réseau à  caractère pédophile. Mais ce n’est pas ce volet qui retiendra mon attention aujourd’hui.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’émerge, y compris collectivement (cf. la mouvance « Nous sommes l’Eglise »), une demande d’assouplissement ou de suppression de l’obligation de célibat pour les prêtres catholiques. Mais il me semble y avoir une double confusion: sur l’autorité compétente d’une part, sur la nature de la règle, d’autre part.

Tout d’abord, en entreprenant sa croisade en tant qu’élu, en sollicitant la signature d’autres parlementaires, surtout en proclamant que « (l)a question du mariage des prêtres doit être décléricalisée, laïcisée », le député-maire alsacien évoque irrésistiblement la menace d’une ingérence étatique sur le fonctionnement de l’Eglise catholique romaine, qu’il désigne pourtant comme destinataire de sa démarche; le risque est que ce soit comme destinataire d’une législation davantage que comme destinataire d’un simple voeu qu’elle a seule la capacité d’exaucer. Christ semble vouloir ne s’adresser qu’aux évêques français, alors qu’ils n’ont manifestement aucune compétence en la matière.

Car cette règle est d’une nature particulière: il s’agit d’un dogme religieux, pas d’une simple règle nationale de corporate governance (cf. a contrario l’admirable loi norvégienne imposant une quasi-parité entre hommes et femmes dans les conseils d’administration). Si la liberté religieuse est garantie, la société, et en tout cas l’Etat, accepte cette curiosité que différentes « fois », y compris l’athéisme, coexistent (quand bien même elles s’excluent mutuellement par définition), que chacun doit être libre de se reconnaître dans l’une d’elle ou de la quitter, mais que ceux qui y adhèrent abdiquent par là  même leur libre arbitre sur le contenu de cette foi et les modalités de fonctionnement que celle-ci impose; ce n’est pas parce que les Eglises issues de la Réforme, par exemple, appliquent les principes de la démocratie représentative ou directe pour déterminer leurs dogmes et s’organiser que l’Etat (ou même les fidèles eux-mêmes!) doivent pouvoir l’imposer à  une Eglise. Pour des catholiques romains, à  travers Léon IX, le pape alsacien décrié par Christ, c’est le dieu auquel ils croient qui est réputé avoir fixé cette règle, lui seul peut la changer — au travers de Bénédict Benoît XVI ou d’un Concile il me semble.

La nature spécifique de la liberté religieuse implique que les Eglises ne sauraient se voir appliquer les mêmes règles que les entreprises ou les associations; c’est pourquoi personnellement je n’ai pas de problème avec une Eglise refusant des gays parmi ses membres ou son personnel, ou pratiquant une discrimination éhontée entre hommes et femmes à  l’embauche ou à  la promotion. Bon, ce ne serait sans doute pas pour déplaire au bonapartisme donquichottesque de Villepin que d’imposer au Vatican un nouveau Concordat afin d’octroyer le mariage aux curés français dans les semaines ou mois qui lui restent… Une analogie peut-être moins flatteuse, c’est l’ordination des évêques catholiques par le pouvoir communiste à  Pékin.

La décision appartient à  l’Eglise concernée puis, avec leurs pieds (ou plus précisément leur âme), aux personnes touchées, qui sont libres d’aller voir ailleurs ou de fonder une autre Eglise si elles sont insatisfaites. Les cérémonies religieuses à  l’intention des couples de même sexe relèvent de la même problématique: ni un parlement, ni un tribunal ne doivent pouvoir les imposer aux Eglises qui n’en veulent pas (comme il est inacceptable qu’une Eglise aille au-delà  de l’expression de sa désapprobation s’il plaît au législateur, voire au juge constitutionnel, d’instaurer un partenariat enregistré, de dématrimonialiser le mariage civil voire de changer sa dénomination)[1]. L’Eglise catholique romaine peut refuser de telles cérémonies, sa dissidence (d’ailleurs historiquement encouragée, au moins en Suisse romande par une intrusion étatique inadmissible) l’Eglise catholique chrétienne l’accepter (en tout cas pour ce qui concerne la Suisse).

Pour info, les curés catholiques chrétiens (on dit aussi « vieux catholiques ») peuvent se marier, et il y a une branche alsacienne

Notes

[1] Comme toute liberté, la liberté religieuse a aussi ses limites: elle n’instaure pas une sorte d’extraterritorialité qui laisseraient impunies des atteintes à  l’intégrité physique, p. ex., commises au nom de la foi, même entre adeptes. Mais la liberté religieuse me paraît l’emporter sur le droit au mariage ou l’interdiction de la discrimination, comme elle l’emporte sur la protection des animaux (même si celle-ci était protégée constitutionnellement) pour empêcher le législateur d’interdire les rites d’abattage juif ou musulman.

3 commentaires

  1. 18 juin 2006

    « qui sont libres d’aller voir ailleurs ou de fonder une autre Eglise »

    Es-tu vraiment sur qu’on peut légalement créer une religion (reconnue donc comme différente des associations et entreprises suivant ton raisonnement) partout en Europe ?

    En France, je ne suis pas sur que cela soit possible.

  2. @Laurent: Je raisonnais de manière toute générale, mais sur le plan du droit positif, sans même regarder ce qu’il y a en droit national, la France respecte certainement l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme (et sinon la Cour européenne peut l’y contraindre):

    Article 9 – Liberté de pensée, de conscience et de religion

    1. Toute personne a droit à  la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.
    2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à  la sécurité publique, à  la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à  la protection des droits et libertés d’autrui.
  3. 19 juin 2006

    Ces articles ne définissent pas ce qu’est une religion, et laissent la liberté à  l’état d’interdire pas mal de choses, dans ce cas sous le pretexte de « santé et morale publique » ça pourrait passer.

    Par exemple il me semble que la scientologie n’est pas vraiment reconnue comme une religion partout :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Scientologie#Statut_juridique

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