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Cynisme, naïveté et peine de mort

Aux Etats-Unis, la campagne pour l’abolition de la peine de mort vient d’encaisser un sérieux revers (via Instapundit): l’analyse d’ADN qui devait prouver l’innocence d’un homme exécuté en 1992 a au contraire confirmé le verdict de culpabilité prononcé par le jury. Accusé du viol et du meurtre de sa belle-soeur en Virginie, Roger Coleman avait toujours protesté de son innocence, au point de convaincre une ONG, Centurion Ministries, et des médias de s’engager en sa faveur.

Yesterday, James C. McCloskey, Centurion’s executive director, said he felt betrayed by the man whose last words included the statement, “An innocent man is going to be murdered tonight.”

“How can somebody, with such equanimity, such dignity, such quiet confidence, make those his final words even though he is guilty?” McCloskey said.

Les partisans de la peine de mort se voient ainsi confortés dans leurs convictions. En réalité, cela ne devrait rien changer non plus pour les adversaires, aux yeux de qui Coleman n’aurait pas dû être exécuté condamné à  cette peine même s’il s’était glorifié de sa culpabilité. Mais le déroulement de cette affaire ne manquera de désensibiliser un peu plus le reste de l’opinion, qui y trouvera une nouvelle raison de se méfier de la naïveté des belles âmes pour qui il était plus mobilisateur de le croire innocent — ce mécanisme de rationalisation était déjà  à  l’oeuvre à  propos de “Tookie” Williams en Californie, à  qui Schwarzenegger a refusé la grâce. Un autre élément de cynisme qui me frappe est la quête fiévreuse de l’erreur judiciaire décisive à  laquelle se vouent les abolitionnistes…

La presse américaine donne évidemment les détails, mais la BBC se limite à  une présentation sobre et clinique, et à  l’heure où j’écris il n’y a toujours rien sur les sites du Monde ou de Libération. Imaginez ce qu’il en serait si le résultat de l’analyse avait été inverse…

7 commentaires

  1. 14 janvier 2006

    Je trouve vraiment terrible, que sur un sujet pareil,il faille pour convaincre une opinion publique s’arrêter sur des artifices comme les erreurs judiciaires. Que les associations se sentent contraintes à  de tels raccourcis montre à  mon avis à  quel point il reste du chemin à  faire pour abolir la peine de mort aux USA.

  2. 14 janvier 2006

    Le militant pragmatique en moi reprend le dessus sur le commentateur se voulant moraliste… Pour toi ou moi la démonstration logique peut suffire (voire le caractère irréparable de la peine en cas d’erreur judiciaire n’est qu’un argument parmi d’autres), mais il est quand même normal, en démocratie, que les associations ne renoncent pas à  l’illustrer par des cas auxquels chacun peut s’identifier (et Coleman était idéal: un crime courant, de quoi faire craindre à  n’importe qui de se trouver dans sa situation s’il avait été innocent, et de surcroît Blanc).

  3. 14 janvier 2006

    Dans la série “la peine de mort est dénoncée surtout quand il s’agit des Etats-Unis”, cet article du Washington Post online (par ailleurs plutôt non-abolitionniste mais ce n’est pas la question) fait remarquer que le Japon exécute dans les mêmes proportions que le Texas, et que la pression populaire dans ce sens est encore plus forte qu’aux USA. En 2003, un procureur aurait obtenu la peine de mort en remettant au juge une pétition signée par 76’000 personnes. Il est vrai que, du moment que ça se passe au pays du zen, du shinto et des sushis, une telle conception de l’indépendance et de la sérénité de la justice démocratique n’a pas à  être montée en épingle.

  4. 15 janvier 2006

    @François Bien sûr, utiliser les cas d’erreurs judiciaires comme exemples de l’incohérence du procédé est normal. Le problème n’est pas de le faire, mais de le faire de façon excessive, presque comme le seul moyen de parvenir à  ses fins, au détriment d’un vrai débat de fond sur la question.

    @Guillaume Il me semble que d’autres pays comme la Chine sont souvent évoqués sur cette question, mais il est vrai qu’on parle peu du Japon. Vous avez raison de le souligner.

  5. 15 janvier 2006

    Quant à  la Chine, n’en parlons même pas. Après tout, leur croissance est de 9%.

  6. Damien
    16 janvier 2006

    Aboutir à  l’affirmation selon laquelle “le Japon exécute dans les mêmes proportions que le Texas” n’est possible qu’après avoir considérablement manipulé les chiffres. Les données brutes sur le nombre d’exécutions de 1993 à  2003 sont respectivement de 7/2/6/6/4/6/5/3/2/2/1/2 = 46 exécutions au Japon (soit 3,8 par an en moyenne), pour une population de plus de 127 millions d’habitants, et de 27/14/19/3/37/20/35/40/17/33/24/23 = 292 exécutions au Texas (soit 24,3 par an en moyenne), pour une population de moins de 21 millions d’habitants. Autrement dit, si on rapporte à  la population, les exécutions sont environ 40 fois plus fréquentes au Texas qu’au Japon. De ce point de vue, le Texas est plus proche de la Chine, de l’Iran et du Vietnam que du Japon. D’autre part, je pense que c’est votre méconnaissance de la question qui vous fait dire que “la peine de mort est dénoncée surtout quand il s’agit des Etats-Unis”. Les ONG telle Amnesty, ou encore les commissions concernées de la CE militent pour l’abolition de la peine de mort au Japon comme elles le font aux US. Quant à  l’absence de manifestations ou d’articles contre la peine de mort lors des exécutions au Japon, la raison en est simple; contrairement aux US où les exécutions sont annoncées à  l’avance, ce qui autorise leur médiatisation, les exécutions au Japon sont menées dans le plus grand secret, la famille du condamné n’étant même pas avertie…

  7. 16 janvier 2006

    Quand je parlais de dénonciation, c’était sa médiatisation qui était visée. Je ne met absolument pas en cause la travail d’Amnesty et des autres ONG en l’occurrence.

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