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Rapport Baker: pas une affaire américaine

Pour qui s’intéresse à  la question, il vaut la peine de remonter au site de l‘Iraq Study Group qui présente notamment les moyens considérables (trois instituts, 44 experts) sur lesquels se sont appuyés les 10 “sages” (5 républicains, 5 démocrates, eux totalement bénévoles!), et au rapport complet, qui tient en 84 pages[1].

Contrairement à  ce que l’on peut entendre ici ou là , le rapport ne met nullement en question le bien-fondé de l’intervention internationale en Irak. Ou pour dire les choses autrement: la question n’est pas de savoir comment effacer ce qui s’est passé, mais comment corriger le tir face à  la dégradation de la situation — et faire en sorte que, oui, il en sorte quelque chose de positif. Cela ne satisfera évidemment pas ceux pour qui la seule issue satisfaisante est une défaite humiliante des Américans, fût-ce au prix du dernier Irakien. Sur le plan intérieur, ce rapport apporte de l’eau au moulin de Hillary Clinton, pas de la frange irresponsable du parti démocrate.

C’est l’éternel paradoxe de l’hyperpuissance qu’il faille un rapport exclusivement américain pour rappeler qu’il y a au moins deux autres types de partenaires à  considérer: les Irakiens eux-mêmes, libérés de la dictature, qui se sont dotés d’institutions démocratiques et qui connaissent désormais une vraie société civile, appelés à  une “réconciliation nationale” qui dépend d’abord d’eux-mêmes et à  prendre pleinement leurs responsabilités; et la communauté internationale, avec en particulier la proposition d’un groupe d’appui comprenant les pays voisins et les membres permanents du Conseil de sécurité, auxquels s’ajouteraient l’Allemagne et la Corée du sud (?).

Mais sont-ils prêts à  jouer leur rôle? Pour la communauté internationale, on peut en douter si l’on se réfère l’attitude des membres de l’OTAN qui ne tiennent déjà  pas leurs promesses par rapport à  l’Afghanistan. Je ne vois pas la France et l’Allemagne réaliser mieux qu’hier que leur intérêt est aussi engagé de manière décisive, et rejoindre enfin Blair dans la participation à  une stratégie et une mise en oeuvre commune.

Notes

[1] Le Monde présente comme document à  télécharger sur son site seulement les 9 pages du Executive Summary!.

4 commentaires

  1. Harry
    8 décembre 2006

    “Sont-ils prêts à  jouer leur rôle ?” Non. Et l’Iran et la Syrie encore moins : comment les persuader qu’il est de “their interest in avoiding chaos in Iraq”, alors que ces deux pays sortent renforcés des difficultés américaines en Iraq, comme en témoignent leurs audaces récentes (impasse des négociations sur le nucléaire iranien ; guerre du Hezbollah contre Israël cet été, assassinats et déstabilisation du gouvernement indépendantiste de Siniora,…), et qu’un retrait précipité serait inévitablement perçu dans le monde arabe comme une grande victoire islamiste (cf. les précédents américains au Liban et en Somalie, ou plus récemment les retraits israéliens du sud-Liban et de Gaza, récupérés dans la propagande du Hezbollah et du Hamas sans que la sécurité d’Israël n’en sorte renforcée) ?

    “Diplomatics efforts .. should seek to persuade Iran that it should take specific steps to improve the situation in Iraq”

    C’est-à -dire, concrètement ? Par “new diplomatic offensive” et “incentives”, James Baker suggère-t-il à  Bush fils d’offrir le Liban à  Assad fils (ça ne vous rappelle rien ?) et de se montrer cool vis-à -vis des assassinats, de laisser l’Iran se doter tranquillement d’armes nucléaires (après tout, la guerre froide avec l’Urss s’est finalement bien terminée, nous répète-t-on ad nauseam), d’obliger Israël à  céder des territoires aux terroristes du Hamas et le Golan aux Syriens ? Super, la diplomatie, non ?

  2. Emmanuel Alcantara
    8 décembre 2006

    C’est vrai qu’envahir l’Irak pour y neutraliser des WMD inexistants, prétendre y casser les liens entre Saddam Hussein et Ossama Ben Laden me paraissent relever aussi d’une politique très responsable. Bon je résume : 1) Le plan de se servir de l’Irak pour en faire un porte-avion démocratico-libéral au Moyen-Orient (et au passage se rembourser sur la bête) a apparement foiré lamentablement. 2) 4 ans plus tard, le pays est en ruine, les islamistes jamais aussi forts, l’idée de la démocratie occidentale aux chiottes, l’Occident perçu comme un puissance coloniale sur le retour 3) On remet en piste l’Iran et la Syriei après en avoir fustigé les gouvernements. Nos amis vont faire payer très cher leurs bons officice en Mésopotamie, En gros, les USA viennent de sauver ces deux régimes. Merci GW, merci Tony. 4) Tous les islamistes savent maintenant que l’hyper-puissance comme vous dites est un tigre de papier et donc pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?¨ 5) petit parallèle historique. 1972, les USA entament la vietnamisation. 1973 départ des soldats américains, on continue de soutenir le gouvernement vietnamien fantôche et corrompu. 1975, Le Nord arrive à  Saigon. Fin de l’épisode.

    Rien à  voir avec le fait de se réjouir ou pas de la défaîte humiliante des USA. Ils sont nuls et nous allons tous payer la facture et pendant logtemps.

  3. Harry
    8 décembre 2006

    “C’est vrai qu’envahir l’Irak pour y neutraliser des WMD inexistants, prétendre y casser les liens entre Saddam Hussein et Ossama Ben Laden me paraissent relever aussi d’une politique très responsable”

    L’alternative (un régime national-socialiste agressif et armé, pensait-on, d’ADM) n’était guère attreyante non plus. Surtout après le 11 septembre, lorsqu’il est devenu évident que la présence de dictateurs sans légitimité populaire favorisait l’émergence d’une opposition religieuse radicale vomissant l’Occident.

    “Le plan de se servir de l’Irak pour en faire un porte-avion démocratico-libéral au Moyen-Orient (et au passage se rembourser sur la bête) a apparement foiré lamentablement.”

    Hum. Le régime de Saddam a été neutralisé parce qu’il menaçait la région (violation des résolutions du CS) et qu’il avait perdu la confiance de la communauté internationale. La résolution 1441 a été votée à  l’unanimité. Mais convenons-en : les néoconservateurs ont perdu, les réalistes sont de retour. Cela dit, vous dressez un tableau bien sombre, qui doit être nuancé (le droit international a été rétabli en Iraq, les criminels baasistes vont être jugés – http://www.defendamerica.mil/iraq/iraqi55/ -, ce pays ne menace plus ses voisins, il y a une société civile en Iraq, une Constitution démocratique et fédérale, des autorités légitimes et pluralistes, les Kurdes et les Chiites ne sont plus persécutés par le pouvoir, des médias libres, une économie prospère etc.), mais ceci ne pèse pas lourd face à  une violence spectaculaire (quoique moindre qu’au Darfour, en Tchétchénie, au Brésil ou en Algérie). L’entreprise exigeait notre patience et notre résolution, de l’ordre d’une ou deux générations (personne n’a jamais pensé que des pays n’ayant connu que la dictature, le jihad et la guerre deviendraient en 2 temps 3 mouvements la Suisse ou la Finlande), mais les terroristes ont finalement remporté la bataille de l’opinion publique.

    Ce qui toutefois me gène un peu dans les discours tels que le vôtre, c’est (1) la confusion entre les victimes et les auteurs des violences (les terroristes tuent des Iraquiens, les USA ont reçu un mandat pour aider les Iraquiens à  combattre les terroristes), (2) la rancune que l’on y décèle façon “on vous avait bien dit que…” (le meilleur moyen de ne jamais se tromper, c’est ne rien faire et laisser les autres s’en charger : http://www.atlantis.org/publications/articles/le-moralisme-europeen/), (3) l’absence d’un acteur, le peuple iraquien (qui a massivement voté pour le parti al-Dawa), et (4) qu’en outre, je pensais que les circonstances de 2002-2003 étaient derrière nous, qu’il y avait désormais un large consensus dans la communauté internationale sur l’objet et l’utilité de la mission en Iraq (matérialisé par le vote de résolutions au Conseil de Sécurité mandatant les Etats-Unis, et le réchauffement diplomatique du sommet USA-OTAN/UE de Bruxelles l’an dernier). Maintenant, puisqu’un constat d’échec a été posé, les USA assument et tentent de recalibrer leur action, dans un sens apparemment jugé favorable par la majorité des observateurs, prenons en acte (le rapport n’appelle pas non plus au retrait immédiat des troupes ni à  un isolationnisme pacifiste à  l’européenne – heureusement, car souvenez-vous des années qui ont suivi le Vietnam, avec l’Urss profitant de la faiblesse des USA étendre son influence, ou de l’inaction de Clinton en Afrique et au Rwanda après la Somalie).

    “Ils sont nuls et nous allons tous payer la facture et pendant logtemps.”

    Nous ? Vous voulez sans doute dire les Libanais, les Israéliens et les Iraniens, destinés à  être sacrifiés au nom de l’apaisement (http://en.wikipedia.org/wiki/Appeasement) de l’axe Damas-Téhéran. Les populations iraquiennes et afghanes, qui luttent pour la démocratie contre des ennemis qui sont aussi les nôtres, et dont le sort indiffère, seront les premières victimes du réalisme. Le réalisme qui, en 91, commanda à  James Baker de conseiller à  Bush père, sur recommandation des dictateurs arabes, de laisser Saddam Hussein au pouvoir et de ne pas réagir à  la répression sanglante de son peuple. Le réalisme qui depuis un demi-siècle ferme les yeux sur les violations des droits fondamentaux en Arabie, en Egypte,… au nom de la real-politik et de la fourniture d’énergie. etc

  4. Emmanuel Alcantara
    10 décembre 2006

    Ce qui me gêne dans votre discours, c’est votre aveuglement. Penser que l’invasion de l’Irak n’était pas de la realpolitik relève de l’hallucination. Les dictateurs n’ont jamais beaucoup gêné les USA. Non ce qui les dérange ce sont les dictateurs qui s’opposent à  eux. Je ne parle pas de Pinochet ou de Videla et autres leader tropicaux, l’affaire Khadafi en est le meilleur exemple. Comme disait Lénine, les faits sont têtus. Si vous croyez que les USA ont la capacité de recalibrer leur action ce ne sera certainement pas avec cette équipe là . Pacifisme à  l’européenne ou sagesse de ne pas monter dans un bateau qui est en train de couler ?

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