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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Jean-François Kahn sur la crise des médias

Il y a du pire et du meilleur dans ce que raconte JFK (Le Monde). De l’absurde à  grimper aux rideaux (les gratuits comme concurrence déloyale, alors qu’il s’agit d’un autre modèle de rentabilité). Cette évocation de particularités françaises (l’étatisme), qui n’expliquent pas une crise sociétale. Cette foi paradoxale qu’il faudrait plus d’intervention publique pour “sauver” la presse (mais on ne peut quand même pas obliger les gens à  lire ce qu’ils ne veulent pas). Et en même temps il y a ces propos bien sentis sur les anachronismes de l’organisation cartellaire, sur l’aseptisation du débat ou sur la responsabilité des journalistes eux-mêmes (ce qui sonne particulièrement juste dans ce numéro qui évoque par ailleurs la énième crise du Monde).

Mais ce qui retient davantage mon intérêt, c’est son propos sur le style. Déprimant: je confesse une tendresse certaine pour la phrase qu’il appelle cicéronienne. Mais certainement juste. Et plus encore lorsqu’il parle de références ou d’expressions à  bannir: leur sens échappe à  trop de lecteurs. Rien ne sert de se lamenter, mieux vaut apprendre et changer. Je persiste pourtant à  trouver tout à  la fois une nervosité agitée et une moindre subtilité du sens dans les indépendantes juxtaposées par lesquelles je viens de tronçonner ce qui pouvait n’être qu’une seule phrase ample… Françoise Giroud écrivait limpide, mais sans appauvrissement.

Alors je copie,comme pense-bête:

Faut-il aussi repenser la façon de faire du journalisme?

Cela me fait mal de le dire, mais nous allons devoir changer notre mode d’écriture. Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d’une génération qui aime ces phrases cicéroniennes, c’est-à -dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il faut des phrases plus courtes. Mais surtout intégrer que tout accident grammatical rend la phrase moins accessible. S’il y a huit ou neuf mots après le sujet, eh bien il faut répéter le sujet. Les gens ne connaissent plus beaucoup des mots que nous employons[1].

Il faudrait donc appauvrir son vocabulaire et ses références?

Oui, car beaucoup de gens de moins de 40 ans n’ont plus les références d’avant. Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu’ils ne comprennent pas tout ce que j’écris. J’avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j’évoquais un pâtissier. J’ai écrit: “C’est une division du monde à  la Yalta.” Mais qui sait encore ce qu’est Yalta? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l’histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu’on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu’elle soit, il faut s’adapter à  elle.

Notes

[1] Il formule de manière réactionnaire une réalité que l’on pourrait décrire aussi bien de manière progressiste: l’élargissement et la diversification des publics, conquête démocratique, ne permet plus de prendre comme seule interlocutrice de référence une certaine élite à  laquelle il est flatteur d’appartenir ou de s’identifier.

Un commentaire

  1. Vince
    7 janvier 2008

    Les marxistes racontent peut-être le monde comme ils voudraient qu’il soit, mais eux ne font pas du storytelling pour endormir et abuser des citoyens…

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