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La reine et les entubeurs

Avec le lamento à  la Devedjian qu’il n’y a plus de vie privée où l’on peut décompresser entre copains et traiter[1] une concurrente de “salope”[2], le risque d’un montage manipulé est la principale crainte de ceux qui dénoncent les sites communautaires de partage de vidéos, style YouTube ou DailyMotion.

La réalité: c’est la BBC qui “sex up” la bande annonce d’une série d’émissions sérieuses sur le travail de la reine (en vue de laquelle elle a obtenu de pouvoir la suivre et la filmer dans ses activités pendant toute une année) en présentant[3] des séquences interverties pour donner un narratif plus excitant[4]. La reine aurait manifesté sa mauvaise humeur en quittant abruptement une séance de pose avec la photographe Annie Leibovitz: et toute la presse de le répéter avec un entrain moutonnier, avant que la BBC ne soit contrainte à  de plates excuses. Rien de tel ne s’est produit.

La reine n’a pas exprimé un ras-le-bol rageur devant les singeries qu’on lui demande d’accomplir, après avoir planté là  une Leibovitz médusée. Elle est arrivée à  la séance de pose en “full regalia” comme convenu, avec le professionnalisme qu’on lui connaît, tout en exprimant mezzo voce une lassitude résignée à  sa dame de compagnie[5]. Et si elle a refusé une suggestion d’enlever la tiare, elle n’a pas pour autant interrompu la séance (voir la photo).

En l’occurrence ce sont donc les professionnels du service public[6] qui ont trahi la confiance à  la fois du public[7] et de la reine, dont l’expérience n’incitera pas de sitôt d’autres personnalités tels que politiciens ou patrons à  ouvrir ainsi leur vie quotidienne à  la curiosité qu’on ne supposerait pas nécessairement illégitime des médias.

Lorsque des internautes mettent en ligne des “montages” et non des séquences brutes, ils sont eux clairement de l’ordre de la parodie, ou alors du clip politique, et aisément identifiés comme tels par le spectateur, pas des manipulations avec intention de tromper sur les faits. Et leur effet dévastateur n’est pas près d’atteindre celui d’un opérateur national[8] qui jouit d’une communication à  sens unique[9] là  où la toile s’auto-corrige: un montage manipulateur serait aussitôt dénoncé comme tel par le même canal sans avoir jamais passé le seuil de la crédibilité publique[10].

COMPLEMENT DU 05.10 à  23H45: Le directeur des programmes de BBC1 (voir note 4) vient enfin de démissionner. L’un des éléments décisifs à  son encontre est le fait que le jour même à  19h il avait pu prendre conscience de sa bévue mais n’en a pas informé les médias qu’il avait régalé de son petit effet, ce qui a valu les manchettes du lendemain — au lieu d’une story avortée pour la promotion de la série (au mieux) ou d’une info, de toute façon bien plus modeste et sans effet durable, sur le quiproquo (au pire).

Notes

[1] Affectueusement, au fond.

[2] Critique d’autant plus déplacée en l’occurrence que la séquence en question était dûment filmée par un professionnel de la télévision.

[3] A l’insu de son plein gré, apparemment.

[4] Et avec quelle délicatesse le directeur de la chaîne l’a-t-il présenté: “a very memorable little sequence”, “Definitely the memorable bit is Leibovitz getting it wrong and the Queen losing it a bit and walking out in a huff.”

[5] Et si l’on disait “assistante”, comme pour n’importe qui d’autre, ça n’aurait même pas l’air kitsch. Ce qui me fait penser à  cet “officier de sécurité” dont on a appris qu’ils suit comme son ombre Villepin (même retraité) ou Cécilia Sarkozy car il doit tenir le portefeuille!

[6] Qui ne sauraient invoquer comme circonstance atténuante, comme ils le font sans pudeur, le fait qu’ils avaient externalisé l’émission.

[7] Y compris leurs confrères des médias, qui aujourd’hui ne sont pas tendres…

[8] Ou, dans un autre d’idée, d’un cinéaste, à  la Michael Moore.

[9] Avant qu’elle lui revienne occasionnellement comme un boomerang.

[10] Exemple: les révisionnistes du 11 septembre 2001.

2 commentaires

  1. 15 juillet 2007

    Mauvaise semaine en effet pour cette chère tante (je dis chère, car l’équivalent de 200 euros par an, c’est pas rien) – car elle s’est aussi fait mettre une amende pour avoir truqué un concours télévisé. La seule consolation, c’est précisément l’émoi que ces affaires ont provoqué. Quand la BBC trafique une obscure bande annonce ou une émission pour ado, elle est à  juste raison clouée au pilori par une nation outrée.

    En France, quand une vedette de journal télévisé trafique une interview avec un chef d’à‰tat étranger, on lui confie le débat présidentiel de l’entre-deux-tours.

  2. 15 juillet 2007

    Ton rappel de l’échange PPDA / Castro tiré d’une conférence de presse mais montré comme une interview est en effet approprié (pour mettre les points sur les i). Et certes l’affaire de la bande annonce n’aurait pas eu une telle répercussion si elle était restée obscure… Mais toute la presse britannique en a fait sa Une!

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