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Un amour d’enfer, foi de Benoît XVI

Benoît XVI l’a proclamé le 25 mars: l’enfer existe pour ceux qui ferment leur coeur à  Dieu. La logique semble imparable: Si Dieu est amour, l’enfer doit pouvoir exister ne serait-ce qu’à  titre de possibilité. En effet, l’amour par définition se s’impose pas, tandis que l’enfer se définit comme absence d’amour ou absence d’espoir en cet amour-là : la grâce.

On notera que le Pape n’a pas parlé d’actions, de péchés qui mènent en enfer. Seulement d’une fermeture à  l’amour, c’est-à -dire du refus de la logique de la gratuité qui le définit. C’est un progrès par rapport à  ce chantage infantilisant, à  ce terrorisme qui dit: Si tu fais ceci ou cela, tu iras en enfer.

Dans les années 90, à  Vienne, il y avait Hermes Phettberg, un personnage totalement hors norme qui animait une émission de télévision et écrivait des billet sur lui-même et sur sa théologie surréaliste et décalée dans le journal viennois Falter. Il avait développé une définition de l’enfer qui continue de me bluffer: pour lui, l’enfer était un effet de l’amour de Dieu. Dieu aimait tellement ses créatures qu’il s’était demandé ce qu’il fallait faire pour les créatures allergiques au divin, qui ne supportaient pas sa présence, pour qui être en contact avec l’amour, la lumière serait une torture, de même que le Bien, le Beau, le Vrai. Dans sa bienveillance infinie, Dieu a aménagé un endroit où ces âmes-là  seraient assurées de ne pas le rencontrer et de ne pas avoir à  souffrir (au sens fort) sa Présence. Il les protège contre lui-même[1]. Si c’est pas de l’amour, ça lui ressemble: CQFD.

J’y reviendrai, car il y a tant d’autres manières d’envisager la question. Et l’époque de Pâques s’y prête bien.

Notes

[1] Un peu comme dans le conte de la Belle et la Bête.

7 commentaires

  1. 30 mars 2007

    L’amour n’est-ce pas ce dont on se défend pour vivre ? Enfin… on le recherche car on ne peut pas vivre sans, et l’on s’en défend, on le fuit, tout simplement pour exister. Dieu est amour, mais aussi : “On ne peut voir Dieu sans mourir”. N’est-ce pas quelque part dans l’Exode ?

  2. 30 mars 2007

    As-tu lu “l’Enfer, une question” de Balthasar?

  3. 30 mars 2007

    @ Sugus: Effectivement, on apprend qu’on ne peut voir Dieu sans mourir à  propos de Moïse, qui est le seul à  avoir vu Dieu sans mourir.

    Dans ce cas, il ne s’agit pas d’amour. Le Dieu biblique, par définition, représente une perfection d’être (la sainteté, qui n’est pas une notion morale dans ce contexte) qui exclut le contact avec ce qui n’est pas parfait. L’imperfection de la créature abolirait la perfection divine et, dans l’autre sens, la perfection divine, en contact avec l’imperfection humaine, annulerait l’humain.

    Cet ordre des choses tout ce qu’il y a de plus “logique” et “géométrique” sera bouleversé par l’incarnation du Fils. Paul parlera de la folie de Dieu supérieure à  la sagesse humaine. Et, justement, les propos de ce pape ont souvent pour eux une très grande logique… humaine.

    @ Bashô: Oui, et d’autres choses, mais trop brièvement. Juste le temps de me dire que Hans Urs est absolument remarquable.

  4. 30 mars 2007

    C’est un progrès par rapport à  ce chantage infantilisant, à  ce terrorisme qui dit: Si tu fais ceci ou cela, tu iras en enfer.

    C’est votre méconnaissance du catholicisme qui vous faisait croire cela, il n’a jamais été question de chantage infantilisant dans mes cours de catéchisme.

    En outre, la vision couramment admise, selon St Thomas d’Aquin, de l’enfer , est que celui-ci est un effet de la miséricorde de Dieu, dans le sens où la plus grande peine qui soit étant l’absence de Dieu, il faut détourner l’esprit des damnés de cette perte, en les mettant dans un lieu où ils éviteront de ressasser leur erreur. ça parait hallucinant, dit comme ça, mais il faut comprendre que, pour les catholiques, la seule chose qui vaille, pour laquelle l’humain est fait, est la contemplation divine…

  5. 31 mars 2007

    Concernant Phettberg : Sa version de l’enfer a le mérite de casser les modèles trop faciles, trop logiques qui nous enferment. à‰tait-il sérieux? ou juste provocant? Et pourquoi la perverse création de créatures allergiques au divin?

    Concernant la sainteté de Dieu et “voir Dieu et mourir” : En effet il ne peut s’agir ici de morale. La morale (éthique) ayant juste pour mission d’aider les hommes à  vivre entre eux, ce qui est déjà  beaucoup!

    J’aime bien ton expression “perfection d’être”. Cela me fait penser au “Je suis celui qui suis” du buisson ardent. Pour moi perfection d’être et d’amour sont synonymes. Dieu EST, l’homme ex-iste, exister impliquant distance, séparation… et nostalgie du paradis perdu. Pourtant l’àŠtre est toujours là  mais en creux. J’écoute il se fait évidence, j’essaie de le comprendre, de le saisir, il se dérobe. Se dissoudre dans cette perfection d’être serait cesser d’ex-ister. Mais le manque se fait terreau fertilisant nos amours humaines, reflet jusque dans leur incarnation de l’amour de Dieu, perfection d’àŠtre. “Lieu” où je suis après quelques décennies de perplexité biblique. Biblique et protestante 😉

    Quant à  l’enfer, sorry je ne sais pas. Mais j’attends la suite 🙂

  6. 31 mars 2007

    @ Sugus: Phettberg est un personnage tellement spécial que la distinction sérieux-provoquant n’est pas opérante. C’est quelqu’un qui a réussi à  mettre en scène ses névroses et son très lourd (au propre et au figuré) handicap à  communiquer et à  en vivre. Dans ses talk shows, il se présente comme un naïf, un ingénu, plein de douceur envers son invité. Il est obsédé par le catholicisme, dont il relève les contradictions sans polémique, et auxquelles il apporte ses tentatives de réponses surréalistes et décalées. Du moins c’était comme ça dans les années 1995, quand j’étais un peu plus souvent à  Vienne.

    @ Polydamas: A propos de la carotte et du bâton, je ne visais pas particulièrement le catéchisme catholique. C’est une dérive d’abord humaine, qu’on trouve aussi chez les protestants. Même s’il est vrai que ce sont des Luther qui, relisant Paul, en ont démonté le mécanisme.

  7. Bashô
    1 avril 2007

    Polydamas> Si j’étais vous, je lirais sans tarder Balthasar qui était le seul grand théologien catholique du XXe siècle à  s’être penché sur la question.

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