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News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Najah Larbi, anthropologue critique du monde arabo-musulman

On me permettra de faire de la pub pour une conférence de

Madame Najah Larbi
Anthropologue spécialiste du monde arabo-musulman

Thèmes: Point de vue scientifique sur l’Islam, position de l’Islam et du Coran sur l’homosexualité, réalités sociologiques du monde arabo-musulman, le voile linguistiquement décodé, etc.

Les recherches, les analyses et les interprétations de Najah Larbi sont à  la fois inédites du point de vue islamique, par la critique radicale qui est faite du traditionalisme, et classiques du point de vue de l’approche scientifique. C’est particulièrement le cas de son regard sur l’homosexualité dans les sociétés musulmanes d’une part, et dans le Coran d’autre part. Par ailleurs, l’analyse linguistique qu’applique Najah Larbi à  la question du voile dans le texte coranique apporte un éclairage assez nouveau. Enfin, à  travers une observation rigoureuse, elle montrera que la lecture fondamentaliste du Coran est en contradiction avec le texte lui-même.

Mardi 17 octobre à  20h
dans les locaux de Dialogai (11-13 rue de la Navigation) à  Genève

La soirée est organisée par le Groupe C+H / Chrétien-ne-s et Homosexuel-le-s de l’association Dialogai, mais tout le monde peut venir.

J’ai déjà  pu m’entretenir avec elle. Elle est vraiment intéressante et surprenante. J’y reviendrai après coup.

COMPLEMENT DU 18.10.06. Voici quelques éléments que j’ai gardés de la conférence de Nadjah Larbi.

La conférencière a d’abord évoqué brièvement la Tunisie, où elle a grandi et fait une partie de ses études. Ce pays se distingue, avec la Turquie, en étant le seul pays musulman laïc. Par exemple, le voile y est interdit depuis Bourguiba. Actuellement, l’un des combats féministes en cours est d’avoir droit à  la même part d’héritage qu’un homme (le Coran prévoit qu’une femme à  droit à  la moitié de la part d’un homme). Pour illustrer la dérive islamiste survenue dans de nombreux pays, elle a raconté une “anedote” personnelle qui lui est arrivée en Egypte, où règne une surveillance et une dénonciation des moeurs dues à  l’influence progressive des Frères musulmans depuis les années 70. Un homme et une femme ne doivent pas se se trouver seuls dans un domicile privé. Elle-même a été dénoncée par un voisin pour avoir invité à  souper un camarade d’université. Arrivée de la police, contrôle d’identité. Comme à  l’époque elle avait déjà  un passeport occidental, elle n’a pas été trop inquiétée.

Ainsi, elle insiste sur les méfaits de la prise en otage des modérés par une poignée de radicaux. Elle pense que le texte du Coran a certes du mauvais mais surtout du bon, et que c’est l’interprétation (l’usage) qu’on en fait qui est déterminante. Dans les bonnes choses, il y a une vision positive et décomplexée de la sexualité, une valorisation du plaisir (sauf que ce doit être hétéro et que les célibataires sont des frères du diable, leur semence étant perdue). Dans le bon, il y a une net progrès de la condition féminine par rapport à  ce qui précède ou aux sociétés alentour. A la différence de ce qui se passera dans le christianisme, le divorce est autorisé, et la procédure est simple. (Ce faisant, elle est assez proche de Caroline Fourest – et comme elle est se veut à  gauche et féministe.)

Quant à  l’homosexualité masculine, elle doit être punie de mort, le partenaire actif (qui a gaspillé sa semence) comme le partenaire passif (qui a transgressé l’ordre naturel et créationnel en occupant la place de la femme). C’est dans le Coran lui-même, avec référence au peuple de Lud (= Lot). Mais il faut quatre témoins des faits. Les interdits prouvent que ce qui est interdit existe. La tolérance par rapport à  cette “déviance” varie selon les époques. Logiquement, en période de faiblesse démographique, ou quand on a besoin de soldats etc., on réprimera plus ou moins totalement. Au IXème siècle, sous un califat prospère et puissant, l’homosexualité fut ouvertement et textuellement célébrée par le poète Abu Nawas (entre autres). C’est donc de la mauvaise foi que de prétendre que c’est une pratique occidentale, comme le font certains apologètes, y compris certain qui ne sont pas radicaux.

Tout compte fait, ce discours progressiste n’est pas forcément révolutionnaire. Dans les pays musulmans, il y a la peur que les dirigeants non démocrates ont des islamistes. Chez nous, les médias, invitent plus volontiers les Ramadan. Mais cela n’exonère pas non plus de toute responsabilité les musulmans de la base vivant ici.

9 commentaires

  1. 15 octobre 2006

    Merci pour l’info!

    “…la lecture fondamentaliste du Coran est en contradiction avec avec le texte lui-même.” On pourrait dire exactement la même chose de la Bible!

  2. 15 octobre 2006

    Dans les Facultés de théologie occidentales, tant protestantes (non-évangéliques) que catholiques, l’approche historico-critique de la Bible, née au XIXème siècle (voire avant), est intouchable. On ne peut pas lire un texte sans chercher à  y distinguer des couches des strates, qui l’ont successivement constitué. Au point que les lectures qui envisagent le texte dans son état rédactionnel final (on parle d’immanence textuelle) ont presque constitué une révolution. Les enfants du structuralisme athée comme les sémioticiens ou les narratologues se sont amusés à  laisser parler le texte tel qu’il se présentait, à  dégager un jeu de significations indépendant de l’axe historique et des connaissances extérieures au(x) producteur(s) du texte qu’il présuppose. L’establishment historico-critique a réagi par la méfiance ou l’ignorance.

    L’approche de Najah Larbi (et de ses collègues), si j’ai bien compris, est différente. En prenant en considération le seul texte du Coran, qu’elle prend au sérieux, elle démontre que, selon les critères mêmes du Coran, certains passages ne peuvent pas être considérés comme une révélation divine au même titre que d’autres.

  3. sebastien
    16 octobre 2006

    Et bien voila les paroles d’un chretien convaincu… blabla complexe, utilisation de terme technique et du terme “scientifique” alors que la religion est irrationelle… elle ne se base que sur le rassemblement d’illumines croyant qu’une force superieure controle ce qui nous entourre. Cette analyse du Coran nous est decrite comme une espece de masturbation de cerveau afin de savoir quelle religion est la plus debile… evidemment ce sont toujours les chretien qui gagnent! Je crois que ce qui m’impressionne le plus dans ce billet, c’est C+H… chretien et homo, on croit rever. Je trouve ceci presque choquant quand on sait ce que la communaute gay a subi comme repression et autre forme de denigrement de la part des eglises. Pourquoi ce groupe ne s’appelle pas croyant et homo tout simplement? Ahh! peut-etre est-il interdit aux juifs et aux musulmans et, de ce fait, se conforme aux ideaux antisemites chretiens. Merci pour l’info!

  4. 16 octobre 2006

    @ Sebastien: 1. C’est l’approche, c’est l’étude, c’est la méthode d’observation, c’est l’analyse qui sont ou qui peuvent être scientifiques. Cela ne rend pas pour autant rationnel ou scientifique l’objet envisagé. Un discours irrationnel doit pouvoir être analysé par une méthode rationnelle, sinon comment saurait-on qu’il est irrationnel?

    2. Les éléments constituant la structure logique, donc rationnelle, des contes de fées européens, ont été systématiquement mis en évidence depuis un siècle: Manque initial Epreuve de qualification pour acquérir les compétence Attribution de l’objet donnant les compétences Epreuve finale Récupération de l’objet manquant Sanction/récompense. On peut appliquer le même traitement aux texte religieux. Que les fées ou que Dieu existent ou non, ces textes ont une rationalité intrinsèque, on ne peut pas les qualifier d’irrationnels. Par contre, on peut dire que les objets auxquels ces textes se réfèrent n’entrent pas dans un cadre scientifique, c’est-à -dire ne peuvent pas être observés, appréhendés, traités, classés par une expérience scientifique qui, par définition, ne s’applique qu’à  des événements saisissables dans l’espace et dans le temps.

    3. Le groupe a été constitué par des gens qui se trouvaient être homosexuel-le-s ET chrétien-ne-s, sans vouloir présumer de ce qui se passait pour les autres (et leur imposer quoi que ce soit). Mais dans ses statuts et dans les faits, il est ouvert à  toutes les autres confessions. Donc il y a des juifs et des musulmans qui viennent au groupe, comme participants ou comme intervenants.

    4. Entre-temps se sont créés des groupes de réflexion de gais musulmans puis de judéhomos, qui se sont fondus en judéomusulmans gais, avec qui le Groupe C+H entretient les meilleurs rapports.

    5. Un fait à  prendre en compte, c’est que le Groupe C+H a aussi vocation de dialoguer avec les autres Eglises, par exemple sur l’accueil et l’intégration des homos dans les Eglises, la question des pasteurs (ou des prêtres) homos, la question de la bénédiction des couples de même sexe. Nous sommes invités à  nous exprimer/à  témoigner par des Eglises d’autres cantons romands (Vaud, Neuchâtel, Jura, Valais) sur ces questions. Ce dialogue avec les Eglises serait moins fréquent et intense si on était un groupe de “croyants multireligieux”.

    6. Le groupe C+H a produit une brochure de présentation en 1993 et un papier sur la bénédiction des couples de même sexe en 2004. On les trouve ici, après le programme 2005-2006. (Malheureusement, le serveur étant bloqué, le programme 2006-2007 ne peut être mis en ligne, mais on l’obtient sur demande à  ch_homo @ hotmail.com .)

  5. sebastien
    16 octobre 2006

    Merci pour toutes ces informations et cette reponse des plus interessantes. Je ne suis pour autant pas convaincu que le dialogue passe par la religion et votre demonstration de l’etude “scientifique” de l’irrationel, bien qu’etant elegante et a l’image de votre style (que j’apprecie), ne me convainc pas. J’aime ce blog, mais nous ne pouvons pas etre d’accord sur tout. Bonne journee.

  6. Bear
    16 octobre 2006

    L’idée de rebaptiser le groupe en C+H Croyant et Homo est intéressante et mérite d’être prise en compte.

    Cela n’exclu pas de choisir de cas en cas les membres ayant le profil le plus adéquat pour dialoguer utilement avec des représentants des institutions ecclésiastiques ou religieuses.

    Les difficultés des croyants homos (toutes tendances confondues) sont en effet plus semblables qu’on ne pourrait le penser, dans la mesure ou les religions ont toutes tendances à  vouloir figer un cadre social reflétant davantage les visions majoritaires que la tolérance envers les minorités, malgré des textes fondateurs qui étaient souvent en rupture par rapport à  l’ordre établi.

  7. Guillaume Barry
    16 octobre 2006

    @ Sébastien: Très souvent, une religion est caractérisée, constituée, par la fermeture (pour aller dans le sens de Bear). Mais, aussi étonnant que cela paraisse, il arrive que des êtres humains croyants dialoguent entre eux à  l’intérieur de leur religion ou confession. Ce à  quoi les autres ne sont nullement forcés de s’intéresser. Les échecs ne manquent pas. De là  à  décréter que “LE dialogue ne passe certainement pas par LA religion”… D’où sort cet article définini absusif?

  8. NN
    16 octobre 2006

    Il ne faut pas tout confondre. On ne gagne rien en disant que toutes les religions, toutes les croyances sont pareilles. C’est une question d’honnêteté intellectuelle que de reconnaître les différences. De même, par exemple, tous les modèles scientifiques de description des mouvements des planètes et des astres ne sont pas pareils. Il y a un modèle qui explique – pour le moment – au mieux toutes les observations et les mouvements. De même, il se pourrait qu’il y ait une religion qui donne les meilleures réponses aux questions de la vie et de la mort — indépendamment des habitudes culturelles. On l’appellerait la vraie. Peut-être qu’elle existe.

    Pour moi, il ne suffit pas de dire: je suis croyant. Croyant à  quoi ? en qui ? Les réponses de Moise, du Christ ou de Mohammed sont différentes. A quoi servirait un groupe de croyants multi-religieux? A brouiller les pistes pour ceux qui cherchent …

    Concernant la critique historique des religions: Qui a réprimé et dénigré qui pendant les siècles d’histoire ? N’est-ce pas plutôt des personnes qui avaient bien peu compris leurs religions respectives ? C’est l’ignorance qui est dangereuse…. et aussi l’ignorance de la connaissance des différences des religions, le manque d’acceptation de la diversité, mais aussi le manque d’envie de chercher la splendeur de la vérité … bien sûr au prix de toujours devoir être prêt à  mettre en doute sa propre croyance, ses propres certitudes.

  9. sebastien
    17 octobre 2006

    @Guillaume: je me suis permis d’ecrire que le dialogue ne passe pas par la religion pour la raison suivante (et evidente a mes yeux): nous sommes en periode de guerreS, et a l’heure actuelle la plus part de ces conflits sont dus a des desaccords religieux. Ceci nous amene a un paradoxe: pour moi ce qui tue le dialogue, c’est la morale. Et c’est la que je ne vous comprends plus, l’homosexualite est reconnue comme un crime par presque toutes le religions, neanmoins vous voulez dialoguer avec eux. Je respecte un croyant, je respecte aussi un groupe homosexuel et croyant (meme si je trouve bizarre d’associer ses croyances a sa sexualite), mais j’avoue avoir de la peine a respecter les institutions qui prechent la morale, car justement avec ces dernieres il n’y a pas de dialogue: la morale a deja fixe les limites de leur pense.

    (Voila c’est sans doute confus (et j’en suis desole), je suis scientifique, mais pas philosophe, j’espere neanmoins que l’on me comprendra).

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