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Liberté académique et autocritique vont de pair

2’600 sur 30’000: c’est le nombre de signes au thème de la foi imposée par la violence dans le Coran dans le fameux discours – dont on trouve une traduction intégrale en français ici – du Pape. Et on sait qu’il s’agit du commentaire d’une citation du XIVème siècle.

Ce discours est très intéressant, du moins si on a du goût pour la dispute sur les rapports entre la théologie et la réflexion philosophique (plus précisément, la métaphysique), la foi et la raison. Et Benoît XVI a bien le droit de faire les citations qu’il veut. Qui plus est, on se trouve sur un terrain académique et non pas diplomatique. Au passage, on verra confirmé une fois de plus que Kant est au protestantisme ce que Thomas d’Aquin est au catholicisme.[1] Mais son discours appelle les remarques suivantes:

  1. Ce serait tellement bien que la même liberté de recherche et d’expression académique soit accordée à  tous les théologiens catholiques.
  2. On gagnerait en crédibilité si on évoquait les passages de la Bible[2] et des théologiens chrétiens[3] qui justifient la violence pour imposer la juste foi.

Notes

[1] Ce qui fait que notre théologien pontife allemand est parfaitement légitimé à  épingler aussi la pensée et la philosophie protestante. Cela fait partie d’un débat séculaire et fructueux. Bien loin de nous sentir blessés, nous devrons nous sentir flattés d’être présents dans le discours du chef politico-religieux le plus médiatisé du monde.

[2] En tout cas de l’Ancien Testament: conquête du pays de Canaan, châtiment de ceux qui transgressent le sabbat, massacre des prophètes de Baal par Elie,

[3] Cf le “Contrains-les d’entrer” d’Augustin revu par Bayle (du ramonage/fisking avant la lettre)

5 commentaires

  1. 17 septembre 2006

    D’accord avec ce billet. Sur le fond, il n’y a pas grand chose à  reprocher à  ce discours. Pour illustrer son propos, à  des fins diplomatiques, il aurait pu prendre l’exemple des crimes de l’inquisition.

  2. 17 septembre 2006

    J’ai cru comprendre que cet entretien entre l’empereur byzantin et l’érudit persan était un classique de ce type de débats. Peut-être aurait-il pu ajouter une référence à  l’inquisition – cela dit, il parle tout de même d’une époque où les cathos se sont un peu éloignés de la démarche originellement décrite par l’empereur (“ne pas agir selon la raison , “sun logô”, est contraire à  la nature de Dieu”).

    Sur le fond, comme je l’ai écrit ailleurs, cette polémique est pour moi un mix d’ignorance, d’incompétence, d’obscurantisme et de “mauvaises intentions”…

  3. 17 septembre 2006

    Benoit XVI fait là  profession de foi thomiste. J’avais pourtant cru entendre et comprendre qu’il était plutôt augustinien. Je suis un peu déçu que les vieilles impasses thomistes soient remises au goût du jour. Dieu ne peut être connu de nous que par ce qu’il nous donne à  connaitre de lui. En aucun cas nos seuls instruments (dont la raison) ne peuvent suffire à  nous faire accéder aux mystères divins. Mais bon, c’est le vieux débat sans fin, aussi vieux et éternel que le christianisme.

  4. 18 septembre 2006

    Le calviniste en moi ne peut qu’acquiescer à  l’augustinisme. Toutefois, il y a ce paradoxe: la raison n’est-elle pas capable, toute seule, de raisonner sur ses limites? C’est en tout cas ce que Kant pense avoir fait.

  5. Porfi
    18 septembre 2006

    Je trouve l’enthousiasme exégétique de koz par trop excessif (ici et dans son blog). Bien sûr, le niveau, voire le caniveau, de certaines attaques est sans rapport avec celui du discours, surtout dans une forme si choisie. Mais comment avaler une telle couleuvre lorsqu’il s’agit d’invalider discrètement le matérialisme scientifique sous couvert d’une critique interne de la raison?

    En outre, s’il fallait trouver dans ce discours une condamnation de la conversion par la violence, il faut peut-être s’interroger sur les arguments fournis, en particulier au regard de l’histoire: imagine t’on Saint Bernard comme un exemple de référence au logos? Il est un peu facile a posteriori de se parer des actualisations de certains penseurs du rapport entre foi et rationalité en faisant comme si l’essence hellenistique du christianisme venait juste de dévoiler son universalité. Je trouve à  la réflexion que le raccourci du journaliste de Golias, qui dit que le Pape a montré son incapacité à  dialoguer avec les savants de son temps, n’est pas si injustifié que cela. Proposer un philosophe athée en remplacement n’est pas acceptable, voire peu respectueux . Car faire du matérialisme scientifique un sous-ensemble de l’athéisme suppose, quand on y réfléchit une minute, d’admettre des catégories de pensées assez particulières et tout un ensemble de présupposés. On est donc assez loin d’une démonstration. Je pense qu’on peut objecter fermement contre cette idée qui se situe dans le droit fil d’un certains nombres de tentatives d’OPA sur les Lumières et, pourquoi s’arrêter en si bon chemin, sur la Renaissance. Tout cela est effectivement de très haute volée mais plutôt dans le domaine de l’illusionnisme.

    Il y a aussi une phrase assez piquante qui me ferait assez pencher pour l’idée d’un discours involontairement révélateur. Comme si le Saint-Père, tout au plaisir de retrouver les joies qu’il éprouva comme enseignant, après s’être laissé aller dans son prologue au ton de la causerie familière, laissait filer quelques évidences. Un peu comme on énonce ces lieux communs, ces raccourcis si utiles dans une conversation que l’on se garde de les questionner.

    Ce rapprochement intérieur mutuel qui s’est opéré entre la foi biblique et le questionnement philosophique de la pensée grecque, est un fait d’une importance décisive non seulement du point de vue de l’histoire des religions, mais aussi de celui de l’histoire universelle — un fait qui nous crée encore aujourd’hui des obligations. Quand on constate cette rencontre, on ne peut guère s’étonner que le christianisme, en dépit de son origine et de son important développement en Orient, ait fini par trouver en Europe le lieu de son empreinte historique décisive.

    En d’autres termes, les schismatiques alexandrins, coptes et chaldéens (sans parler des malabars) n’ont pas laissé l’empreinte historique décisive du catholicisme romain. Encore un autre propos à  interpréter avec délicatesse et dans son contexte. Etant donné que ce sont les églises d’Orient qui sont aux premières loges face aux fureurs de la rue musulmane, une condamnation ouverte du djihad eût sans doute été finalement plus habile que celle du matérialisme. Les musulmans modérés auraient au moins pu y faire face.
    Mais puisque l’islam n’a rien à  voir avec la pensée grecque on vous dit. La pensée grecque c’est nous. D’ailleurs, la preuve, écoutez où ils nous envoient nous faire voir, ces idolâtres potentiels…

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