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News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Tous athées

Hier, la Tribune de Genève consacrait un article (réservés aux abonnés) aux athées américains qui “osent faire leur coming-out”: “Etre athée aux Etats-Unis, c’est comme être homosexuel il y a une vingtaine d’années”, dit leur présidente. De son côté, Le Temps rapportait le combat des écrivains britanniques qui demandent qu’on les laisse critiquer la religion (article que je ne retrouve pas sur le sommaire en ligne).

Certains athées se font taxer de chrétiens qui s’ignorent par des âmes bien intentionnées. Récupération? Pas forcément – parfois il y a en commun le rejet de l’aliénation religieuse et un sentiment d’étonnement et de reconnaissance devant le monde, la conscience d’être précédé.

En effet, les prophètes, puis Jésus, puis Paul, puis les réformateurs (soyons réducteur) ont toujours dénoncé les prétentions religieuses de leurs contemporains (surtout les puissants). Dans cette perspective, les athées, ce sont ceux qui se mettent à  la place de Dieu. Le jeune Karl Barth a envisagé toute religion en soi, y compris le christianisme, comme de l’idolâtrie, c’est-à -dire comme une production de l’esprit humain qui cherche à  se rassurer devant sa finitude. Ce faisant, il rompait avec le protestantisme libéral optimiste et confiant, en phase avec la foi au progrès, à  qui la 1ère guerre mondiale avait asséné un terrible choc (dont il s’est remis).

A propos de méfiance envers le progrès, un article de spiked parle d’un unholy marriage entre les réacs catholiques et les laïcs misérabilistes qui ont uni leur force pour jouer les rabat-joie.

Pour en revenir à  Barth, il est vrai que trop de ses disciples ont donné dans le péché pas si mignon de la Schadenfreude – un peu comme si des écologistes se réjouissaient en voyant des bouchons depuis le train. Mais cela n’enlève rien à  son analyse impitoyable du fait religieux en tant qu’il est aliénant, dans la ligne de Paul et de Luther. Religieux et athées sont mis dans le même sac (les premiers pouvant être pires, dans la mesure où ils “savent” et se font les juges de tous les autres). Terminons avec Paul, pour qui cette aliénation conduit à  l’arrogance qui consiste à  faire de Dieu un portier, à  qui on présente des accréditations: Tenez, voici mes oeuvres selon ta Loi ou voici ma foi: ouvrez-moi la porte du Ciel, mon brave!

4 commentaires

  1. Etienne
    30 décembre 2005

    Oh mais les athées “savent” eux aussi. C’est très drôle de les voir adopter jusqu’à  l’intonation même la suffisance des religieux. Est-ce là  une illustration de l’union des opposés? Dans ce que vous dites de Barth, il me semble reconnaître en filigrane l’analyse, très pénétrante au demeurant, de Feuerbach. A-t-il joué un rôle dans la formation du théologien suisse? En fait, je pense que le grand défi qui se pose en Occident face au christianisme n’est pas l’athéisme (en cela, j’entends une vision plus ou moins organisée du monde excluant l’idée de divinité, à  ne pas confondre avec l’indifférence religieuse), ni le risque, toujours permanent, d’idolâtrie mais la situation des “demi-croyants” (pour reprendre un terme cher à  Vattimo). Je veux dire que le christianisme est de plus en plus vu comme un simple élément culturel de notre société, un patrimoine qu’il faut préserver. Il n’y a même plus d’idolâtrie; on n’adore pas une chose qui reste dans son coin, prenant la poussière et qu’on ressort pour les grandes occasions (mariages ou enterrements). Je songe en particulier à  ces “néo-réacs”, André Comte-Sponville, Luc Ferry ou Regis Debray qui se proclament athées tout en “se signant”… J’ai parfois l’impression qu’ils veulent en faire une religion civile à  l’instar des Anciens dans la cité.

  2. 30 décembre 2005

    Je ne sais pas si Feuerbach a joué un rôle sur Barth mais cet article mentionne en passant un commentaire de Barth sur Feuerbach. Pour ce qui est de l’aliénation, j’aurais pu nommer Paul Tillich, le libéral dont l’analyse de la condition humaine est aussi éclairante que complémentaire. Etant donné l’élément d’autodénonciation du religieux impliqué dans le christianisme, celui-ci connaîtra toujours des malentendus, en l’absence de rejets francs.

    André Comte-Sponville prend dans le christianisme ce qui lui convient, mais c’est de bonne guerre, sans tricher. J’ai été très impressionné par ses écrits en éthique, où il posait la question de la possibilité d’une éthique matérialiste et d’une mystique athée. Sa réponse était très nourrissante. Pareil pour Luc Ferry, avec des nuances.

    Quant à  Régis Debray, il est dans le malentendu, il est à  côté de la question, et il en parle avec d’autant plus de complaisance; il ne sait pas de quoi il parle, c’est pourquoi il l’inteprète avec d’autant plus de suffisance.

    Il n’y a pas les athées.

  3. Etienne
    30 décembre 2005

    ni les religieux 😉
    Ah Comte-Sponville et Ferry. Les philosophes que j’ai rencontré n’avaient pas vraiment l’air de les estimer. Je crois qu’ils leur reprochent plus ou moins d’être en fait des théologiens athées. Ne connaissant pas très bien leurs travaux, je me garde bien de donner un avis 🙂

  4. 30 décembre 2005

    La prise de conscience du fait qu’on ne peut enfermer Dieu dans ce qu’on veut qu’il fasse,est fondatrice du peuple juif. Pour résumer, les religions dominantes au Moyen Orient vers 1200 avant J.C. pratiquaient des cultes de fécondité qui consistaient par la prostitution sacrée, à  rappeler au Dieu pluie qu’il devait venir féconder la terre mère. Le pouvoir temporel et le pouvoir religieux étaient confondus, le seigneur ayant aussi capacité à  atteindre les dieux, à  s’en protéger ou à  les contraindre de faire ce qu’il voulait. S’étant révoltés, certains ont eu la surprise d’emporter la victoire contre les armées du seigneur beaucoup plus lourdement équipées grâce à  un orage qui a donné l’avantage aux plus légers, donc à  la manifestation divine par excellence(la foudre). Ils en ont déduit que leur Dieu pouvait faire alliance avec eux, à  condition qu’ils renoncent à  vouloir faire pression sur lui par l’équivalent de vos accréditations. Le peuple juif est né de deux groupes ayant fait une expérience identique, l’un au sud de la palestine (le passage de la mer rouge) l’autre venu du nord. Toute son histoire a ensuite consisté à  se rendre compte que ce n’était pas simple et qu’on retombait vite dans la volonté d’aliénation!

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