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Le combat de Jacob avec…

Hier soir, votre théologien laïc de service célébrait un culte dans sa paroisse préférée (comme cela arrive une ou deux fois par année). Le texte sur lequel portait la méditation étant le fameux combat de Jacob avec l’ange, qu’on peut probablement qualifier d’ange-soldat, qui sait si texte et prédication n’intéresseront pas certains de nos visiteurs, à  commencer par les militaires:

et Jacob resta seul. Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu’au lever de l’aurore.

Il vit qu’il ne pouvait l’emporter sur lui, il heurta Jacob à  la courbe du fémur qui se déboîta alors qu’il roulait avec lui dans la poussière.

— Il lui dit: “Laisse-moi partir, l’aurore s’est levée.”

— “Je ne te laisserai, répondit-il, que tu ne m’aies béni.”

— Il lui dit: “Quel est ton nom?”

— “Jacob”, répondit-il.

— Il reprit: “On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l’as emporté.”

— Jacob lui demanda:“De grâce, indique-moi ton nom.”

— “Et pourquoi, dit-il, me demandes-tu mon nom?

Là -même, il le bénit.

Jacob appela ce lieu Peniel c’est-à -dire — Face-de-Dieu — car “j’ai vu Dieu face à  face et ma vie a été sauve.”

Prédication

Le récit du combat de Jacob avec l’ange (ou avec Dieu, ou simplement avec un inconnu) appartient à  ces texte bibliques très forts, parce qu’il offre une certaine résistance, parce qu’il garde toujours une part de mystère, une part d’inexpliqué. On ne peut pas approcher sérieusement ce texte sans devoir lutter, à  un moment ou à  un autre – lutter pour y comprendre quelque chose. On peut aussi y puiser une certaine force, justement parce qu’on n’arrive pas à  en venir à  bout, à  en être le maître, parce que ce texte est plus fort que nous.

Ce texte soulève un tas de questions, il faudrait presque s’arrêter sur chaque terme, alors je vous préviens déjà , il y a une foule de thèmes que je n’aborderai pas.

Comme l’inconnu qui attaque Jacob en pleine nuit, c’est un texte qui, pour ainsi dire, nous saute dessus sans prévenir. Jusqu’à  présent, l’histoire de Jacob avait ses rebondissements, mais ils entraient encore dans l’ordre des choses.

Certes, dans un épisode précédent, Jacob a rêvé d’un grand escalier entre le ciel et la terre, avec les anges qui montaient et descendaient. Et avec Dieu qui lui promettait qu’il le bénirait et l’accompagnerait. Mais là , on est encore dans l’ordre des choses. Dieu est au ciel, mais il peut décider de venir visiter la terre. Dieu accompagne, promet sa bénédiction. Alors pourquoi cette attaque soudaine, ce combat avec son protégé qu’il accompagne et béni ?

Mais il y a plus déconcertant: l’attaquant de Jacob, dont on saura que c’était Dieu, voit qu’il n’a pas le dessus. Qu’est-ce que cela veut dire?

Et pourquoi est-ce que Jacob a besoin de lutter avec Dieu juste avant de rencontrer son frère Esaà¼, avec qui il veut se réconcilier?

Et que signifie cette déclaration de Jacob: j’ai vu Dieu et je n’en suis pas mort?

Résumé des épisodes précédents

Dans toute l’histoire qui précède, Jacob apparaît comme le contraire d’un lutteur. Il serait plutôt le chouchou à  sa maman – un chouchou de Dieu aussi – et un petit malin. Un homme qui compense par la ruse, la débrouillardise, la combine, le fait qu’il n’est pas l’aîné et qu’il n’est pas très costaud.

Par la ruse (avec la complicité de sa mère), il usurpe la place de son frère, l’aîné à  qui tous les biens paternels devaient revenir. Il usurpe aussi la bénédiction paternelle, qui englobe toutes les possessions. A la suite de quoi, il n se bat pas avec son frère, mais il le fuit.

Quand il est chez son beau-père Laban, il travaille dur pour se constituer un immense troupeau. Mais il va aussi procéder à  des arrangements avec une servante parce que sa femme est stérile. Et surtout, il va trouver une combine pour augmenter sensiblement ses troupeaux, en toute légalité, au point qu’il va devoir fuir la jalousie de son beau-père.

L’histoire de Jacob est étonnamment symétrique. C’est un aller et un retour. A l’aller, il ruse, s’enrichit et s’enfuit loin d’Esa༠chez Laban. C’est sa mère qui lui dit de s’enfuir. Il ruse, s’enrichit et s’enfuit loin de Laban à  la rencontre d’Esaà¼. C’est Dieu qui, en songe, lui dit de fuir.

Or Jacob a peur du face à  face avec Esaà¼. Il essaie de s’en tirer avec la méthodes habituelles: il veut susciter (acheter ?) sa bienveillance,son pardon en lui faisant envoyer d’immenses cadeaux.

Plan vertical

Ce n’est pas seulement un parcours horizontal, à  la surface de la terre. A l’aller comme au retour, il se passe aussi des choses sur le plan vertical, entre le ciel et la terre, entre Dieu et Jacob.

1) A l’aller, entre le moment où Jacob fuit son frère Esa༠et va trouver Laban, il passe par un endroit qu’il va appeler la Maison de Dieu, Beth-El. C’est un point de contact entre le ciel et la terre, sous la forme d’un escalier que montent et descendent des anges.

2) Au retour, on n’a pas une symétrie parfaite, car Jacob va passer par deux endroits qui s’avèrent être des points de contact avec Dieu. Jacob vient de quitter Laban quand soudain devant lui surgissent des anges de Dieu. Pour Jacob, pas d’hésitation: il se trouve dans un camp de Dieu, un camp au sens militaire du terme.

Cette représentation militaire n’est pas unique dans la Bible. On parle des anges comme de l’armée céleste. Par ailleurs, les anges se présentent le plus souvent aux humains sous une forme humaine. Par ailleurs, l’ensemble des anges est appelée armée céleste.

Jacob appelle ce lieu Mahanaïm, qui veut dire les Deux Camps.

Ensuite, Jacob envoie un cadeau d’apaisement à  Esaà¼. Puis il fait passer le gué du Yabboq à  tous ses troupeau et à  toute sa famille, et il reste seul pour passer la nuit.

Et c’est dans cet endroit que

quelqu’un lutta avec lui jusqu’à  la pointe de l’aurore.

Ce quelqu’un, c’est à  la fois 1) un homme: le combat est tout ce qu’il y a de plus physique

2) mais c’est homme est aussi un ange, c’est la manière dont il s’adresse à  Jacob qui le trahit. Cet homme parle comme un messager de Dieu. S’il est ange, messager de Dieu, il est aussi soldat de Dieu

3) cet homme-ange, c’est aussi Dieu lui même, puisque Jacob s’entend dire qu’il a combattu avec Dieu, qu’il reçoit un nouveau nom – de plus Jacob va dire qu’il a vu Dieu face à  face.

Jacob va appeler ce lieu Peniel, justement par ce qu’il a vu Dieu face à  face sans que cela le fasse mourir. (panim = faces; el=Dieu)

Nul ne peut voir Dieu et vivre: – Ce n’est pas lié à  un jugement moral, à  un châtiment; c’est l’idée que la sainteté de Dieu est telle que quelque chose qui ne serait pas saint ne pourrait la supporter. C’est comme un soleil devant leque tout ce qui n’est pas soleil fond.

Péniel, c’est le 3ème point de contact

Béthel, le 1er point de contact était très pacifique. Jacob a vu des anges qui montent et qui descendent sur un escalier entre le ciel et la terre. Dieu se tient près de lui et lui adresse des paroles de bénédiction et d’accompagnement.

Mahanaïm, le 2ème point de contact On parle d’anges, en termes militaires c’est un camp de Dieu. Cela a probablement une signification positive pour Jacob, vu qu’il donne ce nom. C’est dans la logique de l’ accompagnement et la protection protection – mais en fait on ne sait pas.

Avec Péniel,le 3ème lieu, on reste dans la logique militaire. Quelqu’un – c’était peut-être un des ange-soldats que Jacob avait vu à  Mahanaïm, attaque Jacob. Comme dans les rencontres précédentes, Jacob ne l’a pas cherché. C’est l’initiative de Dieu.

Mystère du corps à  corps

Ce corps à  corps entre Dieu et un homme est vraiment unique dans la Bible. Il ne correspond vraiment pas à  l’idée qu’on se fait de Dieu. Quand on parle d’un combat entre un humain et Dieu, on pense plutôt soit à  une révolte contre Dieu (comment Dieu peut-il permettre ceci ou cela) ou on pense à  un dur conflit de conscience: on voudrait faire une chose et on sent que Dieu ou la conscience s’y oppose.

Mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit avec Jacob

Chez les mystiques, on parle de Dieu comme d’un fiancé ou d’un amoureux. On souffre quand on ressent son absence. On se plaint de son absence. On peut se mettre en colère si on se sent abandonné.

Mais il n’y a pas la notion d’un combat corps à  corps.

Je pense aussi à  certains récits de conversion: la personne sent que Dieu voudrait enter dans sa vie et elle fait opposition jusqu’à  ce qu’elle lâche prise.

Là  encore, ce n’est pas ce qui se passe avec Jacob. Dans le combat entre Dieu et Jacob, c’est Dieu qui lâche prise.

Jacob, l’homme qui a eu peur de se battre

Dieu lâche prise, or Jacob est apparemment quelqu’un qui a peur de se battre physiquement.

Il a fui son frère après s’être arrangé pour avoir son héritage d’aîné. Il a fui son beau-père Laban. Et maintenant, par peur de se battre, il a envoyé de somptueux cadeaux à  son frère.

Jacob qui a peur de se battre se bat avec un ange de Dieu, et il a même le dessus, ce qui ne correspond à  rien de ce qu’on connaît dans la Bible.

C’est arrivé que Dieu se laisse fléchir: par ex. la prière d’Abraham pour Sodome et Gomorrhe. C’est arrivé que Dieu se dise blessé si son peuple, le délaisse, blessé comme un amoureux transi. Mais que Dieu n’ait pas le dessus dans un combat singulier?

En tant que chrétien, la seule référence qui nous vient à  l’esprit c’est l’événement de la Croix. Est-ce qu’on peut le transposer dans le combat avec Jacob? Mystère.

Il y a une clé d’interprétation, la seule, qui est donnée un peu plus loin:

Quand Jacob rencontre Esa༠et qu’ils se réconcilient, qu’ils se tombent dans les bras l’un de l’autre (de nouveau un corps à  corps, tout à  fait pacifique celui-là , alors que Jacob redoutait le contraire)

Jacob dit à  Esa༠(Gn 33,10)

…puisque j’ai vu ta face comme on voit la face de Dieu et que tu m’as agréé, reçois donc de moi le bienfait qui t’a été apporté…

Ce qui revient à  dire

”De même que l’on est sûr de mourir si on voit Dieu face à  face

(de même) j’étais sûr que je mourrais si je te rencontrais”

Or sa rencontre avec Dieu a montré à  Jacob qu’il pouvoir voir + même combattre Dieu sans mourir

donc qu’il pouvait, à  plus forte raison rencontrer son frère Esaà¼, un humain

Alors, un des sens de ce combat à  Peniel, ce serait

que pour Dieu, c’est un moyen extrême de rassurer Jacob qui avait une crainte telle que rien d’autre qu’un corps à  corps ne l’aurait convaincu: c’est le moyen pour Dieu de le rassurer et le fortitfier en lui disant; “tu croyais que tu avais peur de te battre tu as fui les combats physiques en réalité tu t’es battu, qui plus est tu t’es battu contre Dieu le plus fort n’est pas celui que tu crois”

Ce combat à  Peniel, ce serait encore un moyen renouvelé pour Dieu d’être avec Jacob, de l’accompagner.

Qui est ce Dieu?

C’est toujours le même Dieu, qui domine le terrain, qu’il est prêt à  investir;

et en même temps c’est un Dieu qui garde sa part de mystère;

un Dieu qui habite au du ciel mais qui vient sur la terre comme bon lui semble;

qui a choisi de s’attacher à  Jacob plutôt qu’à  Esa༠(comme il avait agréé le sacrifice d’Abel et avait rejeté celui de Caïn) – ça c’est aussi un mystère);

un Dieu qui roule avec son protégé dans la poussière;

le même Dieu qui d’un côté voit qu’il n’est pas le plus fort et de l’autre côté porte une atteinte irrémédiable à  la hanche de Jacob. Dans un premier temps, l’adversaire de Jacob se voit en posture d’infériorité puis il prend une initiative qui montre sa force.

Si ce Dieu-là  apparaît bien mystérieux, Jacob, lui, apparaît comme est un personnage absolument atypique: – il a lutté avec Dieu; – il l’a vu face à  face sans mourir; – mais, au départ, ce n’est pas un super-héros: au départ, il est l’homme peu courageux physiquement qui se débrouille, qui s’en sort par la ruse ou par la fuite. Et lui, c’est l’ancêtre peu glorieux du peuple d’Israël! Dieu lui donne une identité forte, en provoquant le combat avec lui et en le laissant avoir le dessus.

C’est inexplicable, ça ne correspond à  rien de ce qu’on aurait pu trouver par nous-mêmes, et c’est pourquoi ça nous parle et ça peut même nous rendre forts.

Conclusion

Chers amis,

Demain, c’est la fête nationale suisse. Une fête qui comporte des cultes ou des éléments de culte. Vous savez que la Constitution suisse commence par ces mots “Au nom du Dieu tout-puissant.”

Or le récit du combat avec Dieu nous montre qu’on ne peut pas enfermer Dieu dans des boîtes, dans des catégories, comme celle de la toute-puissance. On ne peut pas enfermer Dieu dans tel ou tel type de relation. Nous ne pouvons pas nous enfermer nous-mêmes dans tel ou tel type de relation.

Dieu peut être Dieu et ne pas avoir le dessus sur nous. La spécificité de la toute-puissance du Dieu de Jacob, donc du Dieu d’Israël et du Dieu de Jésus, c’est qu’il renonce à  cette toute-puissance, pour relever ses enfants et les rendre forts.

Dieu fait un cadeau à  Jacob, et à  toute sa descendance: il leur donne d’être celles et ceux qui auront lutté avec Dieu.

A chacune et chacun de nous, ses enfants, il donne une identité qui ne correspond pas au jugement des humains. Cette identité, ce n’est pas seulement un nom. Elle correspond à  quelque chose qui s’est passé, entre lui et chacune et chacun de nous.

Sur le moment, Jacob ne le sait pas. Il ne sait pas avec qui il lutte. Même s’il a déjà  eu certaines expériences privilégiées avec Dieu.

Mais, au moment où il pressent qu’il a affaire à  Dieu, il lui demande sa bénédiction. Il insiste. La dernière fois qu’il avait recherché une bénédiction, il avait recouru à  la ruse. Ici, il n’a que lui-même, la force de son désir. Il n’a aucun argument. Et ça marche.

Amen

3 commentaires

  1. zvezdo
    1 août 2005

    Merci, c’était passionnant ! Il faudra que vous remettiez ça !

  2. 2 août 2005

    très intéressant

  3. Benoit
    5 août 2005

    Ce Laban m’a toujours paru suspect. Fourguer ses filles, en commençant par celle que Jacob n’aime pas, pour lui concéder ensuite celle qu’il aime ; fourguer la servante pour assurer une descendance : tout cela me parait assez peu loyal, ni convenable !

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