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La religion et ses ennemis

Demain, le New Labour devrait proposer au Parlement britannique une loi contre l’incitation à  la haine religieuse. Est-ce une manoeuvre électorale, comme le suggère (entre autres) Nick Cohen dans un commentaire pour le Guardian? Un point qui semble être oublié (et que relève Nick Cohen), c’est que les textes sacrés contiennent des paroles peu amènes à  l’égard des ennemis, des représentants d’autres croyances et autres hérétiques. Si ce genre de loi passe, ce sera intéressant de voir si cet aspect-là  sera “exploité”…

Dans le même Guardian, le Rev Prof Christopher Rowland a écrit un article tout aussi sensé sur cette nécessité pour une religion d’avoir des ennemis. Il montre aussi que des approches modérées (sur le papier, ou plutôt sur ce qui en tenait lieu) ont aussi eu cours au deuxième siècle, que ce soit avec Clément d’Alexandrie ou même St Augustin. Par exemple, en adoptant une doctrine de la prédestination disant que seul Dieu connaît ses élus, on s’interdit (du moins en principe) de juger les autres communautés chrétiennes.

La cène vue par Marithé François GirbaudEnfin, dans la série des atteintes supposées à  la religion, en France il y a l’affaire de l’affiche Marithé/Girbaud (en grand) qui détourne la Cène de Vinci (pour mémoire) en inversant le sexe des protagonistes, dont l’association Croyances et Libertés (une appellation que Libération qualifie hâtivement d'”oxymoron”, ce qui est une pure pétition de principe, mais passons) a obtenu qu’elle soit interdite d’affichage. Cette association est une émanation de la Conférence des Evêques de France, en fait elle a été fondée par l’archevêque Lustiger. L’avis de Christophe Bigot (c’est l’occasion ou jamais de porter un tel patronyme), avocat et spécialiste du droit de la presse, cité dans Libération, est éclairant: Pour ce dernier, le jugement sur la publicité Marithé et François Girbaud représente un dévoiement et un détournement de la loi qui réprime les atteintes aux personnes.

Les textes sur le racisme sont faits pour protéger des personnes, non des croyances ni des symboles. Cette publicité ne peut pas être considérée comme une injure envers un groupe de personnes. On est là  dans le délit d’opinion, le blasphème, puisqu’il s’agit d’une opinion religieuse. (…) à  terme, avec une extension de la jurisprudence, on pourra aller devant le juge si l’on estime que quelqu’un attente à  ses convictions.

Quant à  voir avec l’avocat des évêques “des poses lascives et des plus suggestives (…), des comportements érotiques et blasphématoires à  l’égard de ce qui constitue l’essentiel pour des chrétiens, alors qu’on est en plein carême” – on aurait envie de dire (mais on ne le dira pas) qu’il faut être drôlement obsédé par le sexe pour décoder la photo de cette manière. On n’ira pas jusqu’à  parler de la fascination-répulsion d’un certain clergé à  l’égard des femmes.

Cette affaire est regrettable, parce que l’anticatholicisme primaire de l’establishment culturel et médiatique est tout aussi regrettable.

COMPLEMENTS DES 14-15.03: Outre les billets de Paxatagore, Me Eolas et François Briatte (mentionnés dans les trackbacks), signalons ceux de Versac et de Ceteris Paribus à  propos de l’affiche française.

3 commentaires

  1. 13 mars 2005

    Publicité interdite (?)

    Cette publicité constituerait, du fait de son caractère “mercantile”, “une blessure à  l’égard d’un élément fondateur pour les catholiques”, à  savoir le dernier repas du Christ avant sa mort, dit l’association Croyance & Liberté. A l’audience, le…

  2. Cachez moi cette Cène que je ne saurais voir

    Le tribunal de grande instance de Paris, en la présence réelle de son président, a décidé de jeter l’anathème sur la publicité des créateurs de mode Marithé et François Girbaud, qui reprenait l’iconographie de Léonard De Vinci…

  3. Le blasphème revient en grâce, pas le journalisme : Libération, un journal d’abrutis

    J’ai déjà  eu l’occasion de dire tout le mal que je pense de Libération en commentant leur petit moralisme à  la con sur l’affaire Gaymard. Actuellement, épiphénomène autour d’une publicité censurée qui recycle la Cène : je remets le couvert.

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