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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Rigueur antiprotestante

Sollicité par Le Matin Dimanche (article) , Nicolas Bideau, qui est Monsieur Cinéma Suisse, explique la réussite de Bienvenue chez les Ch’tis et le flop de Max and Co. Le premier “raconte localement une histoire universelle”. Le second manque de “clichés partagés”, en l’occurrence de “suissitude”. N’ayant vu ni l’un ni l’autre, je veux bien faire confiance. Le rôle et l’importance des clichés dans une comédie destinée à  un large public est indéniable. Mais cet homme au jugement indépendant (il n’a pas peur se faire détester par une partie de la classe cinéaste helvétique), qui a certainement dû se construire par rapport à  son monstre sacré de père, aime aussi argumenter à  partir de clichés. En tout cas un. Dans plus d’une interview, il invoque la mère des clichés romands, à  savoir le protestantisme en tant que père de tous les défauts de la Suisse. Dans l’interview d’aujourd’hui, ce tropisme étiologique induit une alterhistoire religieuse de la Suisse:

En Suisse, les Alémaniques savent utiliser un humour de cabaret qui a du succès, y compris de ce côté de la Sarine. Les Romands ont plus de peine, même si certains humoristes arrivent à  faire rire toute la Suisse romande, comme le faisait François Silvant. Le problème, c’est que le cinéma romand est encore victime de sa tradition d’art et d’essai pur et dur. Et puis, il y a quelque chose de l’ordre du protestantisme: on a de la peine à  y aller, à  être ambitieux, pour toucher les gens. Heureusement, la nouvelle génération s’éloigne du poids des anciens.

Rien à  dire sur la pique contre la tradition d’art et d’essai, qu’il aurait même pu qualifier de puritanisme, voire de fondamentalisme, s’il voulait des connotations religieuses. Mais encore et toujours ce mal originel qu’est le protestantisme, cette fois comme clé d’explication de la différence entre Romands et Suisses allemands? C’est oublier que les cantons les plus urbains, paradis des cabarettistes ou patrie des faiseurs de Suisses : Zurich, Bâle et Berne sont aussi protestants que le sont Genève, Vaud et Neuchâtel.