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News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Fitna: l’amalgame est-il soluble dans la dérision?

Contre toute attente, on trouve facilement le film anti-islam (par exemple ici) du cinéaste et député d’extrême-droite néerlandais Geert Wilders. Première réaction: c’est rageant de savoir que c’est quelque chose d’un tel degré zéro (à  tous points de vue) qu’il va falloir défendre au nom de la liberté d’opinion et d’expression.

Imaginez qu’on prenne tous les passages hard de la Bible, qu’on filme des télévangélistes, qu’on mette en évidence ce qui a été dit autour de la mort de Matthew Sheppard ou, mieux, qu’on diffusait l’intégrale des vidéos de Fred Phelps, en ajoutant des images d’attentats contre les cliniques pratiquant l’IVG, etc. et qu’on disait: le judéo-christianisme ne passera pas.

Une organisation culturelle néerlandaise a invité ses visiteurs à  se filmer en train de dire “Sorry” pour Wilders et à  mettre la demande de pardon en ligne. C’est ici. Au début, je n’ai pas compris que c’était une pure farce et je me suis dit voilà  des Occidentaux qui demandent pardon aux terroristes en puissance pour éviter de se prendre des attentats. Bref on a honte de cette honte. D’un autre côté – et tant pis pour l’ambigà¼ité – je les ai excusés en me disant qu’il était peut-être pertinent, tout en proclamant un fier attachement à  la liberté d’expression du pays de Spinoza qui a aussi édité Descartes, de se désolidariser d’une pensée qui procède par amalgame et généralisation pour blesser et insulter un certain nombre de concitoyens (la proportion qu’ils représentent ou devraient représenter est un autre débat).

Si c’est un gag, c’est à  double tranchant. Certes on se moque délectablement de la propension occidentale à  demander pardon à  ses agresseurs, mais ça rajoute une couche pour la population stigmatisée par Wilders.

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 02.04 à  15h30: Je ne l’ai malheureusement pas vu, mais le film présenté comme le clou du Festival du film gay et lesbien de Londres (jusqu’au 10 avril) présente probablement un utile contrepoint à  Fitna. Pas une réfutation, mais un contrepoison en quelque sorte, un film qui amène à  voir que la question est plus complexe et la solution moins simple que les présente Wilders (ou, en Suisse, un Alain Jean-Mairet). A Jihad for Love, film de Parvez Sharma, présente des témoignages provenant de 12 pays sur trois continents de personnes désireuses de préserver deux facettes, musulmane et gay ou lesbienne, de leur identité (plutôt que de renoncer à  l’une ou l’autre). Voir la bande annonce ici.

8 commentaires

  1. Laurent Weppe
    30 mars 2008

    Heu, chtit détail: que je sache, l’auteur de ce bidule a bien exprimé le désir de faire interdire le Coran… D’où la question suivante: peut-on défendre au nom de la liberté d’expression la propagande d’un individu qui veut l’abolir?

    De plus, ce type de film postule qu’une population donnée serait “programmée” (là  par le Coran) pour être violente: on entre là  dans le type de justification utilisé jadis par les antisémites, et personnellement, je m’estime en droit de demander s’il faut vraiment défendre quelque chose qui peut être considéré comme un appel au génocide.

  2. 1 avril 2008

    @ Laurent Weppe: Je ne suis pas d’accord ni sur le point de la liberté d’expression ni sur la comparaison avec l’antisémitisme.

    a) Il n’est pas toujours illégitime de poser une limite à  la liberté d’expression en demandant l’interdiction d’un texte. On le fait bien pour demander l’interdiction de certains écrits antisémites. Si vous craignez l’antisémitisme (crainte qui n’est pas toujours infondée, malheureusement ) comme le laisse entendre le 2ème paragraphe, vous êtes ici en contradiction avec cette crainte.

    b) Ce n’est pas un peuple( une ethnie, une culture) qui est visé, mais – à  tort, je l’espère, par des raccourcis et des procédés d’amalgame détestables – un ensemble d’individus envisagés uniquement du point de vue de leur croyance. Si j’émettais des craintes sur l’accroissement démographique des évangéliques homophobes, programmés par leur lecture fondamentaliste de la Bible, qui voudraient donc peut-être restreindre certaines de mes libertés s’ils représentaient la majorité dans un Etat démocratique du point de vue démocratique, feriez-vous un parallèle entre cet anti-évangélisme que je revendiquerais et l’antisémitisme?

  3. Laurent Weppe
    1 avril 2008

    “Il n’est pas toujours illégitime de poser une limite à  la liberté d’expression en demandant l’interdiction d’un texte. On le fait bien pour demander l’interdiction de certains écrits antisémites.”

    En suivant cette logique il ne serait pas illégitime de demander l’interdiction d’un clip comme celui de Fitna…

    Sauf que je n’ai pas écrit que je voulais que ce mini film soit interdit (de toute manière, maintenant qu’il est parti sur le net, il est comme les photos de Manaudou: virtuellement (haha) indestructible): j’ai dit que je ne souhaitait défendre ni le produit fini, ni son „créateur“.

    Quant au „Ce n’est pas un peuple( une ethnie, une culture) qui est visé, mais – à  tort, je l’espère, par des raccourcis et des procédés d’amalgame détestables – un ensemble d’individus envisagés uniquement du point de vue de leur croyance“ je me vois forcé de vous contredire: tout le discours de Fitna est la reprise d’une réthorique sortie par l’extrême droite après le 11 septembre dans un seul but: justifier son racisme anti-arabe par un simulacre d’érudition. Je ne fait pas de lien entre ce clip et l’antisémitisme par hasard: les juifs sont une communauté religieuse, mais ils ne constituent pas une ethnie monolitique, pas plus qu’une culture monolitique, pourtant, on en est venu à  parler de „race juive“: que ce terme n’ai absolument aucun rapport avec la réalité n’y a rien changé, et il se trouve que les militants et sympathisants des mouvements dans lesquels nage Wilders parlent déjà  de „race musulmanne“ et prétendent qu’il existerait des préderminations génétiques à  la violence chez les musulmans: en d’autres termes, c’est le raisonnement antisémite que l’extrême droite applique aujourd’hui aux musulmans.

    Enfin, parler des „évangéliques homophobes, programmés par leur lecture fondamentaliste de la Bible„ est une mauvaise comparaison, précisément parce qu’il forment le pendant „chrétien“ des wahabistes: Wilder n’a pas pris pour cible la minorité violente, il a pris pour cible l’ensemble d’une communauté religieuse en postulant qu’ils étaient fait du même bois que les poseurs de bombes. Si vous commenciez à  me parler de l’ensemble des chrétiens, ou de l’ensemble des catholiques on prétendant qu’ils sont interchangeables avec les évangéliques homophobes, là  vous feriez du Wilder et là  je ferai une comparaison avec l’antisémitisme.

  4. spider
    2 avril 2008

    Bon billet.

    Pas assez de recul pour donner un avis pertinent. Une observation: la liberté d’expression n’a de sens (pour moi) que si elle ouvre la voie au débat contradictoire. Une question: ou est le film qui démonte point par point fitna?

  5. ami
    2 avril 2008

    J’ai cru comprendre que les auteurs de ce blogs ont une excellente connaissance du Droit, domaine auquel je ne comprends hélas strictement rien.

    Une question, probablement naïve, me tracasse depuis pas mal de temps et je souhaiterais la leur poser:

    Primo, dans l’article 261bis du code pénal, le passage
    “celui qui aura publiquement, par la parole, l’écriture, l’image, le geste, par des voies de fait ou de toute autre manière, abaissé ou discriminé d’une façon qui porte atteinte à  la dignité humaine une personne ou un groupe de personnes en raison de leur race, de leur appartenance ethnique ou de leur religion“,
    comment le mot “abaissé” peut-il être interprété objectivement?
    Plus précisément, le terme “abaissé” ne peut être entendu que de manière subjective et uniquement selon les critères de la personne ou du groupe s’estimant “abaissé”. “Abaissé” est donc compris comme une “diffamation”, non?
    Et selon cet article, le film “Fitna” serait donc une infraction sur le territoire helvétique et son auteur devrait logiquement être poursuivi, n’est-ce pas?

    Secundo, si le message d’une religion contient lui-même de très claires incitations à  la discrimination et/ou l’incitation au meurtre sur les adeptes d’autres cultes, les individus diffusant ce message ne se trouvent-t-ils pas de facto en infraction avec cet article de loi?

    Je serais vraiment très heureux si quelqu’un pourrait répondre à  ces interrogations probablement simplistes mais honnêtes.

    En vous remerciant d’avance!

  6. 3 avril 2008

    Dhimmitude, quand tu nous tiens…Quand cesserez-vous d’attaquer les messagers pour ouvrir les yeux sur le message de mort des islamistes? “There’s a key for every lock, just as there’s a perfectly fitting label for everyone who refuses to fit in. At the moment, the term “right-wing populist” is hot. Everyone and his brother is calling Dutch parliamentarian Geert Wilders by that name at the moment, but hardly any commentators or reporters have taken the time to explain what a “right-wing populist” actually is. And what distinguishes it from other political standpoints like, for instance, “left-wing populists.”Geert Wilders may be many things – he is self-confident to the point of vanity and stubborn to the point of sacrificing himself. But he’s not a right-wing populist.

    For one thing, he’s a radical liberal. For another, what he’s doing at the moment is extremely unpopular. Six years ago, Pim Fortuyn, who was murdered by an animal rights fanatic, was also called a “right-wing populist.” He was indeed very popular – not because he was “right-wing” but because he insisted on drawing attention to things that the traditional elites of Dutch society had steadfastly ignored.”

  7. 3 avril 2008

    Tout à  fait d’accord sur le fond – et Laurent s’étonne à  juste titre qu’un soi-disant champion de la liberté cherche à  faire interdire le Coran.

    Mais quand Guillaume enrage de défendre la liberté d’opinion au nom d’une nullité comme Wilders, j’ai envie de dire qu’il est montre d’AUTANT PLUS son attachement à  ce principe en l’occurrence.

    Il est très facile de défendre la liberté d’une expression qu’on approuve. Les vrais partisans de la libre parole sont ceux qui militent pour l’expression d’idées qu’ils désapprouvent. Ou comme disait Oliver Wendell Holmes: “Freedom of speech is freedom for the speech we loathe”.

  8. 4 avril 2008

    En réponse au “COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 02.04 à  15h30” je n’ai pas vu ce contrepoint d’un festival Gay et Lesbien, mais j’attend une photo dans le style de [lien] avec deux imams… Et là , on verra où se trouve la tolérance.

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