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Adoption: un clash qui ne profite à  personne

Dessin de Garland dans le Daily TelegraphCela fait plusieurs jours que la polémique fait rage au gouvernement et dans les médias britanniques: les organisations caritatives catholiques actives dans le placement d’enfants dans des familles d’accueil ou pour adoption vont-elles fermer leurs portes, comme elles en agitent la menace[1]? Ou vont-elles obtenir une forme d’exemption d’une loi anti-discriminations plus générale encore que celle(s) qui existe(nt) déjà , dont l’entrée en vigueur est fixée en avril, et qui aurait pour effet, proclament-elles, de les contraindre à  considérer des couples de même sexe au même titre que des couples hétéros, ce qui est contraire à  leurs convictions? L’Eglise anglicane soutient la revendication de l’Eglise catholique (comme certainement les dignitaires juifs et musulmans, pour l’occasion). Et Tony Blair a maintenant pris personnellement en charge la recherche d’un compromis satisfaisant pour les deux parties…

Si je puis tenter deux analogies risquées avec des domaines qui me sont plus familiers, il me semble que la problématique n’est ni celle du refuge où l’on va choisir un chien ni celle de l’allocation d’organes prélevés sur des cadavres en vue de transplantation.

Dans le premier cas, le chien importe assez peu si les futurs maîtres ne paraissent pas manifestement incapables de le prendre en charge: c’est le client qui choisit, sur la base de “premier arrivé, premier servi”, parmi les bêtes disponibles. Pour la transplantation (et même si la problématique anti-discriminatoire commence parfois à  être évoquée, aux Etats-Unis, face au nombre proportionnellement plus faible de transplantés de minorités ethniques), on est dans une démarche d’objectivation, de quantification absolue de la priorité des demandeurs sur une liste, d’une part, et du taux de compatibilité tissulaire de l’organe disponible avec eux, d’autre part: l’attribution s’effectue à  froid et de manière anonyme.

Rien de tout cela avec des enfants sans foyer digne de ce nom, des adultes entre disponibilité, désir et caprice d’enfant. Et au milieu des personnes en charge de prendre des décisions dans l’intérêt prioritaire des enfants et l’évaluation lucide des capacités des adultes. Si je vois bien en quoi le refus a priori d’accepter que des gays ou des lesbiennes puissent potentiellement constituer un foyer d’accueil voire une véritable famille est choquant et intolérable, je ne crois pas plus au droit d’un couple hétéro de se voir attribuer un enfant qu’à  celui d’un couple homo, de sorte que je vois assez mal un dispositif juridique antidiscriminatoire dans ce domaine[2] (on peut à  cet égard soupçonner l’Eglise catholique d’agiter un faux problème pour perpétuer ses préjugés, et ceux qui se dressent pour “écraser l’infâme” de tomber dans le piège du dogmatisme). A partir de là , il doit être possible d’éviter les provocations grossières du type Big Brother et gardiens de prison sadiques mettant ensemble deux détenus incompatibles, et faire en sorte que les couples gays disponibles pour adopter s’adressent de préférence à  une organisation prête à  les recevoir avec sympathie, non? Ou est-ce trop simple?

Le problème dont je n’entends pas parler, en revanche, ce sont les enfants en attente de placement: sont-ils attachés à  une organisation particulière, religieuse ou autre? Car si celles-ci ne sont pas que des intermédiaires, le “risque” est plutôt:

  1. pour les enfants placés dans une institution catholique, que leur possibilité de trouver un foyer d’accueil s’en trouve restreinte (mais faudrait-il dès lors les fermer? et prendre par hypothèse le risque que ces enfants soient moins bien traités ailleurs en attendant qu’une famille d’accueil se présente?);
  2. que les personnes qui tiennent pour intolérable que des enfants puissent être placé dans un foyer gay fassent en sorte que ceux-ci ne transitent que par une organisation catholique: cela va-t-il engorger ces dernières?

Mais adhérer à  cette dernière hypothèse, c’est manquer de confiance dans la force et la justesse du principe anti-discriminatoire à  l’intérieur de la société, avoir une conception élitaire et antidémocratique de la loi tout en étant persuadé que toute exception à  l’intransigeance ouvre les vannes d’une homophobie qui, comme le racisme, serait au fond perpétuellement latente. Je crois qu’il n’en est rien[3].

Notes

[1] Les évaluations sur l’effet d’une telle décision varient du tout au tout: de “seulement 4%” des cas à  “un tiers” des cas les plus difficiles (ce qui n’est bien sûr pas totalement incompatible). Les partisans de l’intransigeance dans l’application de la loi font par ailleurs remarquer que les gays et lesbiennes seraient davantage disposés à  prendre en charge des situations lourdes qui trouvent difficilement preneurs.

[2] Et je ne saurais blâmer les responsables qui, si réellement de telles alternatives, à  qualité égale, se présentent, estiment dans l’intérêt de l’enfant de le confier à  un couple plutôt qu’à  une personne seule, et à  un couple hétéro plutôt qu’un couple homo.

[3] Le vote du peuple suisse en faveur d’un statut de partenariat pour les couples de même sexe me conforte dans cette vision optimiste; celui-ci exclut l’adoption, mais ce qui est certain c’est que le jour où la question sera posée on ne pourra pas biaiser, il faudra bien que cela n’aille pas contre le sentiment d’une majorité populaire.