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David Cameron invite les Britanniques à  voter “Oui” à  l’UE

Fabius peut rouler son tapis: ils restent!

Ouf! Le premier ministre britannique a enfin prononcé ce grand discours européen annoncé depuis des mois.

Et le résultat est bien moins confus qu’on pouvait le craindre après une telle gestation, et moins inquiétant qu’on pouvait s’y attendre. Il est même franchement positif: si Cameron feint de donner aux anti-européens ce qu’ils demandent (un référendum permettant de quitter l’UE s’il est réélu premier ministre en 2015), c’est en réalité pour annoncer qu’il fera tout pour y rester.

S’inscrivant résolument dans le tourbillon actuel de changements inéluctables pour l’eurozone et l’UE, il entend bien être partie prenante du nouveau traité qui devra émerger (un futur traité de Londres?). Et ses propositions sont si raisonnables (achever le marché unique et renforcer la compétitivité de l’Union, introduire plus de flexibilité dans le fonctionnement et la réversibilité – le réexamen périodique? – des transferts de compétence des Etats vers l’Union, améliorer le contrôle démocratique, prendre en compte les intérêts tant des dix-sept Etats membres de l’eurozone que des dix Etats qui n’en sont pas) et si peu détaillées que tirer un bilan positif de l’exercice sera un jeu d’enfant; rien d’un quitte ou double dramatique ou d’un “retenez-moi ou je fais un malheur”.

C’est ce traité européen – qui se fera de toute façon – qui sera soumis par référendum au peuple britannique[1] (et non un mandat de renégocier, ou le résultat d’une improbable renégociation ne touchant que l’adhésion britannique à  l’UE), et Cameron fera campagne pour le oui (comme les travaillistes et les libéraux-démocrates, comme les syndicats et les milieux patronaux; ça fait beaucoup de monde, et un récent sondage a montré que le clivage est en réalité générationnel, l’avenir est au oui). C’est seulement si le non devait l’emporter que le Royaume-Uni quitterait l’Union européenne, et n’en déplaise à  Fabius c’est hautement improbable.

L’habileté de Cameron est bien sûr de pacifier son parti en donnant tant aux europhobes qu’aux europhiles des raison de le soutenir, mais cela va bien au-delà . Le discours touche juste également dans le reste de l’Europe quand il met en cause la sclérose des institutions communautaires. Je trouve réussi l’équilibre des accents européens convaincus, dans leur dimension tant historique que future, qui sont de nature à  rassurer les partenaires, et de la mise en avant, pour la consommation intérieure, des particularismes et apports britanniques à  l’histoire du continent.

Bien sûr les adeptes de jardins à  la française et d’alignements prussiens seront déçus: ce n’est précisément pas dans le génie national, qui est l’ouverture au monde, le pragmatisme et la résilience. On peut tenter de formuler pour lui ce grand dessein. A 35, un grand marché et des règles et principes institutionnels communs sur lesquels s’organisent des cercles à  géométrie variable: jusqu’à  une Union fédérale pour ceux qui le souhaitent, l’Europe de Schengen, l’Europe de la défense etc. Il ne le propose pas, mais au chapitre des institutions et strates qui mériteraient d’être réévaluées et réformées ou abandonnées il pourrait y avoir aussi l’Espace économique européen et la voie bilatérale de la Suisse, dans l’intérêt bien compris de tous…

Une lacune criante dans ce discours, toutefois: l’absence de toute mention du Parlement européen. Cela va sans doute de pair avec le refus délibéré de toute esquisse institutionnelle, mais c’est une maladresse qui aurait pu être évitée alors que Cameron veut renforcer le rôle des Parlements nationaux dans le fonctionnement de l’Union.

Proving my point

Notes

[1] Comme il faut l’espérer aux peuples de chacun des Etats concernés.