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Votations du 21 mai 2017 en Suisse

Screenshot 2017-05-21 at 19.04.38Transition énergétique, initiative pique-assiette, transports publics…

Il n’y a pas que l’élection iranienne ou les quatre tours d’élections françaises… En Suisse (ou plus précisément à Genève) on votait sur un objet fédéral et deux objets cantonaux. Trois illustrations des forces et faiblesses du système politique suisse qui ne se contente pas d’élections mais encadre gouvernement et parlement à coup de votations.

Comme d’habitude, l’album des affiches pour donner une idée de la campagne1. Et le dossier officiel des documents envoyés à chaque électrice et électeur2 et des résultats issus du dépouillement dès midi.

1. Objet fédéral: loi sur l’énergie

La politique énergétique est pratiquement un objet inscrit en permanence au menu de la démocratie directe en Suisse, les autorités étant sous la surveillance constante des lobbies anciens (nucléaire, exploitants de barrages) et nouveaux (énergies renouvelables, entreprises actives dans le secteur des économies d’énergies) et de leurs soutiens politiques. Ordinairement, ce sont les milieux écologistes qui font flèches de tout bois pour promouvoir leurs idées. Mais après Fukushima, sous l’influence aussi de la transition énergétique lancée en Allemagne, c’est le gouvernement lui-même qui a pris les devant et adopté une Stratégie énergétique 2050 destinée à renoncer à la production d’énergie nuclaire en Suisse.

Si une Stratégie ne mange pas de pain, ce qui compte c’est la traduction concrète: la révision de la loi fédérale sur l’énergie (et la modification d’autres lois qu’elle entraîne) qui doit concrètement engager la première étape. Adoptée par le Parlement, non sans compromis laborieux en vue de la votation populaire inéluctable, elle a fait l’objet comme attendu d’une demande de référendum3 Clairement approuvée par le peuple (58,21% de oui), la transition énergétique se voit ainsi dotée d’une légitimité politique bien utile (Même s’il faut aussi ne pas se faire d’illusion sur sa pérennité si des difficultés devaient survenir!)).

Manifestement, l’existence de la démocratie directe a pleinement joué son rôle pour amener les autorités à anticiper l’inéluctable, puis pousser au réalisme contre le jusqu’auboutisme en évitant aussi que le projet issu des délibérations ne déplaise à tout le monde. Par comparaison, Nicolas Hulot doit faire ça tout seul…

2. Objet cantonal genevois: Maison des associations

L’affaire remonte à 1999. Après la faillite, qui fut un traumatisme, d’un quotidien local, l’Etat s’est vu contraint de racheter les locaux. Il n’a pas cherché à les utiliser pour des activités existantes, ni simplement à les remettre sur le marché, comme on aurait pu naïvement s’y attendre, mais, l’occasion faisant le larron, les a remis à une fondation privée4 pour concrétiser une ce ces bonnes idées dont les auteurs5 considèrent qu’ils n’ont pas à se préoccuper de les financer, les contribuables étant là pour cela: ainsi est née la Maison des associations au service de certaines d’entre elles. Poursuivant allègrement une stratégie d’expansion continue, face au refus de l’Etat de faire davantage que ce qu’il a déjà fait, la Fondation a benoîtement lancé une initiative populaire en vue de se voir octroyer un crédit de 16,5 millions! Application parfaite de l’adage: on lui donne le doigt, il vous prend le bras. Refus à 62,2%.

On croit lire l’avertissement de Tocqueville sur la perversion démagogique de la démocratie. Néanmoins, ici, le peuple ne s’est pas laissé tromper.

3. Objet cantonal genevois: tarif des transports publics

La malheureuse saga de l’étranglement financier des transports publics genevois par des milieux de gauche aussi bien intentionnés qu’incultes économiquement se poursuit. Il y a quelques années, une initiative populaire d’extrême gauche a proposé une baisse des tarifs qui avait été adoptée, faute alors de mobilisation des adversaires de ce projet funeste. Il en est résulté une baisse des ressources des transports publics (à la grande surprise des initiants, pour qui néanmoins c’est bien sûr aux contribuables de payer). Le gouvernement et ceux qui le soutiennent (dans les partis politiques conscients de leurs responsabilités et les milieux favorables au développement des transports publics) ont cru avoir fait depuis la démonstration pédagogique que l’amélioration des prestations est possible, mais qu’elle a un coût dont les utilisateurs doivent accepter de payer leur part pour que redémarre le cercle vertueux qui a permis jusqu’alors l’expansion du réseau et des prestations. Mais non: le nouveau tarif adopté par le Grand Conseil a fait l’objet d’un référendum de l’extrême gauche à laquelle s’est de surcroît joint le PS, et la nouvelle loi a été refusée à 53,48%.

On a là l’effet de la démagogie au sens propre:

  • une absurdité législative (mais bien sûr c’est le peuple lui même qui l’a acceptée), l’inscription dans la loi, donc soumise au référendum, non seulement des orientations de la politique des transports publics, dont il est normal qu’elles relèvent du peuple, mais aussi des tarifs qui devraient en découler;
  • de l’impossibilité de contraindre le peuple au respect de la logique formelle: on ne peut pas vouloir plus de transports publics et réduire leurs ressources financières.
  1. A vrai dire très partielle et partiale, la vraie campagne étant bien plus diversifiée et se déroulant dans les médias (traditionnels et sociaux), les associations, les cafés et familles… Merci à Martin pour les photos. []
  2. Qui ont eu plus de trois semaines pour voter par correspondance ou vote électronique, ou encore à l’urne ce matin. []
  3. de la part de l’UDC, le plus grand et le plus à droite des partis de la scène politique fédérale. []
  4. Dans des conditions dont je ne me souviens honnêtement plus du tout mais dont je suis certain qu’elles seraient passionnantes à étudier… []
  5. Qui se regorgent d’être issus de la “société civile”. []