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Elections britanniques: enfin les difficultés commencent!

Jeudi soir (ou plutôt vendredi matin, car personne n’a cru à  la projection annoncée à  22h,à  la clôture du scrutin, sur la foi d’un sondage sortie des urnes, qui s’est pourtant révélée remarquablement exacte[1]), ils étaient tous perdants: le soufflé Nick Clegg était retombé en lieu et place du tremblement de terre politique annoncé (perte de 5 sièges pour les libéraux-démocrates, +1% des suffrages seulement[2]), le Labour était clairement renvoyé dans l’opposition (même s’il ne résistait finalement pas si mal), les Tories étaient en tête en manquant toutefois de 20 sièges la majorité absolue. Pour tous ses défauts, le scrutin uninominal à  un tour n’a pas produit les aberrations arithmétiques envisagées par les experts: l’ordre des trois partis est le même en termes de nombre de sièges et de nombre de suffrages; les partis nationalistes ont été contenus; les Verts ont décroché un siège à  Brighton, mais le BNP d’extrême-droite a échoué et George Galloway a perdu le siège qu’il détenait pour le parti islamo-fasciste d’extrême gauche Respect.

La fin du week-end et d’un premier round de discussion entre conservateurs et libéraux-démocrates devrait clarifier la situation: Gordon Brown devra prendre acte de sa défaite et David Cameron sera nommé premier ministre, soit pour un gouvernement de coalition soit pour un gouvernement minoritaire[3]. Le Labour était mieux préparé à  l’hypothèse d’une coalition et offrait un “paquet” sérieux et crédible de transition possiblr vers le changement de régime qu’impliquerait la représentation proportionnelle, suivi de nouvelles élections. Mais (outre que ce serait une coalition des deux plus petits partis contre le vainqueur de l’élection qui ne passerait pas vis-à -vis de l’opinion) l’addition ne tient simplement pas: travaillistes et libéraux-démocrates seuls ne font pas une majorité (contrairement à  une coalition conservateurs – lib-dems). Il est au demeurant douteux que tous les parlementaires travaillistes soient prêts à  renoncer au scrutin majoritaire; nombre d’entre eux préféreront entrer dans l’opposition et se donner un nouveau leader.

Pour les conservateurs, le jeu est plus subtil: ils mettront de l’eau dans leur vin sur le programme du gouvernement pour tenir compte de la situation et viseront soit des réformes électorales plus limitées que la représentation proportionnelle elle-même, soit un refus de la RP par le peuple au cours d’un référendum, soit encore des élections anticipées qui permettraient de court-circuiter l’opération en leur donnant cette fois une majorité claire. Paris risqués, mais situation intéressante!

Tout le monde ici ne mesure pas encore que la RP ne se limite pas à  donner aux trois grands partis une représentation plus conforme à  leur popularité respective, mais qu’elle implique l’entrée à  la Chambre des Communes de députés d’extrême droite du BNP, anti-européens de l’UKIP, Verts, et l’émergence d’un parti à  la gauche du Labour, de sorte que des coalitions fluides deviendront la norme, à  la belge ou la néerlandaise[4]. Même l’Allemagne, incarnation exceptionnelle d’un régime proportionnel fondé sur l’alternance de deux grands partis, finit inéluctablement pas évoluer, selon la logique de ce scrutin, vers une fragmentation rendant les coalitions inéluctables. Ce serait un complet changement de culture politique, quelque part l’abandon d’un élément essentiel de l’identité britannique.

Notes

[1] Projection/résultat: conservateurs 307/306 sièges, travaillistes 255/258, libéraux-démocrates 59/57 et autres 29/28.

[2] N’eût été l’attente insensée à  l’égard des libéraux-démocrates, c’est en réalité un bon résultat pour un parti condamné au rôle de valeur-refuge: normalement il prospère lorsqu’il n’y a pas d’enjeu mais sa part du vote s’effondre lorsqu’on va vers une alternance.

[3] En anglais on appelle Confidence & Supply l’accord plus limité que cela suppose, correspondant à  ce qu’en France sous la IIIe et IVe République on appelait le “soutien sans participation”.

[4] Avec de surcroît les possibilités de chantage que cela ouvrira aux partis nationalistes, sur le modèle des partis religieux en Israël.