Un Swissroll RSS

Webmix

Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

En France, si on ne parvient plus à  s’occuper d’une personne handicapée, on peut la tuer

Je sais, le titre est brutal. Mais c’est le message envoyé “au nom du peuple français” par les jurés de la Cour d’assises du Val d’Oise. Ils ont prononcé l’acquittement d’une mère qui a tué sa fille de 26 ans. Contre l’avis de son mari, d’ailleurs, elle l’a noyée dans son bain.

Anne-Marie Debaine, née prématurément et atteinte d’une hydrocéphalite, était invalide à  90% et avait l’âge mental d’une enfant de 5 ans. Placée dans des centres spécialisés de 6 à  22 ans, elle avait rejoint la maison en 2001, faute de place dans une structure. Son état s’était dégradé depuis plusieurs années, marqué de crises d’épilepsie, de maux de tête et de vomissements. “Elle souffrait trop. Elle passait des jours et des jours sans dormir”, a témoigné sa mère.

On imagine bien le huis-clos. Mais que cela suffise à  produire un acquittement[1] est simplement révoltant; manifestement, les jurés se sont mis à  la place de la mère, l’avocat général n’étant pas parvenu à  les convaincre de dépasser les circonstances de l’espèce pour mettre en garde contre un tel verdict. Face au parquet qui requérait d’emblée une peine avec sursis, que l’avocat ait cru nécessaire de surenchérir en plaidant l’acquittement me dépasse également. Je ne vois même pas quel service on rend à  la mère en lui déniant ainsi la responsabilité de son acte.

Après l’effet Outreau, l’effet Sébire[2]. Plutôt que de légiférer sur un pseudo-droit à  l’euthanasie médicale, l’Etat ferait mieux de se donner les moyens d’assurer le respect du droit à  la vie (art. 2 de la Convention européenne des droits de l’homme) pour les personnes dépendantes[3], pour qui l’effet de ce jugement est simplement glaçant. J’espère qu’il y aura appel[4].

Notes

[1] Et qu’il ait fallu quatre ans avant le procès.

[2] Même si cela n’a rien à  voir, en application de l’adage “Chat échaudé craint l’eau froide”.

[3] La situation est bien sûr fondamentalement différente de l’affaire Vincent Humbert, qui, lui, était un tétraplégique en pleine possession de ses moyens mentaux, et demandeur.

[4] C’est bien le cas: voir les commentaires (complément du 17.04 à  12h35).

6 commentaires

  1. Bashô
    13 avril 2008

    Tout à  fait d’accord avec toi!… A quand l’euthanasie de tous les handicapés?

  2. Pilou
    13 avril 2008

    Oui, le peuple français a envoyé un message ; sans appel, terrible :

    si l’état n’est pas capable de définir suffisamment correctement ce qui est autorisé, alors rien ne peut être interdit.

    Vous avez la chance d’être Suisse …

  3. 14 avril 2008

    Allons plus loin et réfléchissons aux cas d’arrêt de vie. Car c’est le flou, voir l’absence de législation que permet actuellement de laisser place a l’émotion et a l’arbitraire des décisions. Lourde responsabilité du juge, sur lequel se décharge actuellement le législateur qui a mieux a faire en urgence sur la chasse a l’immigré.

  4. 15 avril 2008

    Je suis pleinement d’accord avec toi. Que l’on décide de faire preuve d’humanité en n’envoyant pas cette mère en prison, soit. Mais on peut prévoir du sursis ou dispenser de peine. L’acquitter est effectivement glaçant. Et ce que tu dis, sur le fait qu’elle a agi contre l’avis de son mari l’est également aussi, en ce que cela révèle qu’il s’agissait d’une décision prise à  l’avance.

    Et tu soulignes bien le problème : il s’agirait plutôt d’augmenter les places dans les structures d’accueil. Mais la tendance actuelle est davantage à  l’effacement du problème. Par l’avortement ou par l’euthanasie, on peut faire en sorte que les cas ne se présentent pas, ou qu’ils disparaissent. Enfin, pour l’euthanasie, j’ai bien conscience qu’en France, on ne l’applique pas – encore – aux personnes handicapées, mais je note qu’on l’applique aux déments en Hollande, et qu’on songe à  le faire en Belgique.

    ***

    Vonric : la loi existe, c’est la loi Leonetti et le fait que trop nombreux soient ceux qui l’ignorent ou qui ne la comprennent pas ne signifie pas qu’il faille absolument en voter une autre.

  5. 17 avril 2008

    Le parquet fait appel.

  6. prevalli
    19 avril 2008

    Encore heureux, il y en a marre que le pathos domine la reflexion et l’éthique.

Les commentaires sont fermés