Un Swissroll RSS

Webmix

Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Vocabulaire

Toujours l’Irak: je suis un peu monomaniaque, mais on ne vit pas tous les jours des temps historiques…

Je n’ai vu que ce matin Le Monde de dimanche-lundi (sorti samedi, donc), et j’ai évidemment sursauté avec le titre de la page 2:

L’Irak occupé connaît ses premières élections

Pourquoi pas L’Irak libéré connaît ses premières élections? Ou celui qui, à  mon avis, correspondrait le mieux au contenu de l’événement (et pas seulement à  des éléments formels):

L’Irak connaît ses premières élections libres

Parler d’occupation est trompeur et faux: ce n’est justifié ni subjectivement, par le sentiment qu’en ont les Irakiens (ce n’est pas la Tchécoslovaquie occupée par les troupes du Pacte de Varsovie en août 1968), ni objectivement, en termes de droit international, au moins depuis les résolutions 1511 et 1546 du Conseil de sécurité. Qu’il y ait des troupes étrangères sur le territoire d’un pays ne suffit pas à  parler d’occupation: on ne le fait pas pour la Côte d’Ivoire, ni pour le Congo, Haïti ou le Kosovo. Dans le même ordre d’idée, l’insistance du gouvernement français ou, sur la même page du Monde, de Ted Kennedy, à  parler de calendrier de retrait des troupes est absurde (voir aussi Ludovic Monnerat): il y a bien des chances que l’Irak démocratique veuille rester ami et allié des Etats-Unis, et tienne à  conserver des troupes américaines sur son territoire comme c’est le cas de dizaines de pays dans le monde, à  commencer par le Japon (avec aussi des manifs et des attentats de la part de milieux extrémistes) ou l’Allemagne — et même la France jusqu’en 1966!).

Une autre question de vocabulaire existe sur la manière de désigner l’adversaire en Irak. “Résistance” est évidemment complètement hors de propos dans la mesure où le mot est destiné à  exprimer une légitimité qui, ici, n’existe ni moralement ni juridiquement. Insurrection, insurgés? Il me semble que le mot a lui aussi une connotation positive: l’insurrection des Albigeois, l’insurrection du ghetto de Varsovie. “Rebelles”, “guérilla” ne seraient-il pas plus adaptés? Car c’est bien de cela qu’il s’agit: d’une rébellion, dans certaines parties de l’Irak, contre les autorités légitimes et les forces militaires qui les appuient, rébellion contre la démocratie et pour l’oppression.

Et cette rébellion prend souvent une forme “terroriste”, recourant à  des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité qu’il ne faut évidemment pas hésiter à  désigner comme tels!