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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Les démocraties entre esprit critique, masochisme et manipulation

Des soldats américains qui assassinent des civils (hommes, femmes et enfants) en Irak en représailles d’une bombe qui les a visé, d’autres qui tentent de les protéger en falsifiant des rapports (cover up)… Un raid dirigé contre la préparation d’une bombe chimique terroriste à  Londres qui fait chou blanc, non sans qu’un des deux suspects arrêtés n’ait été blessé par balle… Un rapport qui dénonce des dysfonctionnements dans les opérations de secours aux victimes des attentats du 7 juillet 2005 à  Londres… Ces nouvelles ne sont guère de nature à  soutenir le moral des troupes, des autorités et de l’opinion en général. Heureusement que le succès de l’opération contre une menace d’attentat bien réelle au Canada[1] vient tout de même rappeler que le terrorisme islamiste ne relève pas de la paranoïa!

C’est l’honneur de la démocratie, c’est aussi ce qui justifie de se battre pour elle, d’avoir intégré à  sa substance même la contradiction, la confrontation, le doute et l’esprit critique: “Qui aime bien châtie bien”. Et c’est justement la caractéristique des fondamentalismes et autres totalitarismes de ne pas se remettre en cause, de ne pas accepter que la réalité puisse être opposée au dogme.

Dans ce domaine, il y a deux manière de donner des armes à  l’adversaire: adopter ses méthodes, renoncer à  défendre et promouvoir la démocratie; mais aussi se perdre dans un vertige masochiste tel que l’on en oublie le combat principal, la défense contre la menace totalitaire. Il vient bien avant la sanction des abus réels, bien avant la recherche de la perfection pour prévenir ces abus et éviter de commettre la moindre erreur, faire tout du premier coup de manière parfaite…

Car enfin:

  • Il faut être d’une naïveté angélique pour ne pas savoir que toute opération militaire d’envergure comporte son lot de crimes et de cover up. Ils doivent être dénoncés, investigués et sanctionnés[2]. Mais il faut être de mauvaise foi pour incriminer, à  partir de ces abus, l’opération elle-même.
  • Le ratage de l’opération préventive contre la bombe chimique de Londres survient certes après l’affaire du Portuguais innocent abattu par la police. Mais il ne doit pas occulter le risque inverse: que dirait-on lorsqu’un rapport, des mois après l’explosion, viendra expliquer que le commando était sous surveillance mais qu’il a été décidé de ne pas intervenir car on n’était pas absolument certain de l’information?
  • Si l’analyse des opérations de secours du 7 juillet 2005 est évidemment fondamentale pour améliorer le dispositif, elle ne doit faire oublier ni la responsabilité première des terroristes qui ont posé les bombes, ni le dévouement des secouristes, ni le stoïcisme des Londoniens dans l’épreuve.

Pour vivre à  cheval sur les deux (ou les trois) cultures, j’ai le sentiment que le masochisme autocritique est plus développé dans le monde anglo-saxon qu’en Suisse ou en France: là  les polémiques sont brèves et marginales, elles ne sont pas relancées continuellement par les médias et amplifiées par l’opposition officielle voire des voix à  l’intérieur même du parti au pouvoir[3]. Encore une fois, c’est tout à  l’honneur des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Mais l’esprit critique doit aussi veiller à  ne pas se laisser instrumentaliser par l’adversaire, ni manipuler par le combat politique mené de l’intérieur par des journalistes militants.

Je me retrouve entièrement dans cette lettre de lecteur publiée par The Times[4] hier:

I am sure that you are aware that it is the enemy’s objective not to defeat us on the battlefield but to defeat our national will to prevail. (…) The enemy cannot defeat us on the battlefield. But we can do his work for him and defeat ourselves. The news media has a responsibility for accuracy and responsibility. It should not be taken lightly. How freely do you think journalists could operate in a world dominated by Islamic jihadists?

Notes

[1] Ou en Suisse, d’ailleurs!

[2] Rappelons que c’est la dénonciation d’un militaire américain indigné par le comportement de ses collègues qui a déclenché, bien avant la campagne médiatique, l’enquête sur les événements d’Abou Graib qui qui conduit à  la punition des coupables.

[3] Que l’on songe par exemple au rôle de la France au Rwanda, à  l’affaire des tortures de terroristes supposés dans les années 80 ou encore à  l’attitude de l’armée française au Tchad: on en a parlé, sans plus. A contrario, ce qui marche en France ce sont les scandales individuels, des diamants de Bokassa à  Clearstream.

[4] Dont la rédaction n’est au demeurant pas tombée dans les errements de la BBC, The Independent ou The Guardian.

3 commentaires

  1. LudovicMonnerat.com
    7 juin 2006

    La belligérance médiatique

    Le rôle des médias dans les conflits de notre ère a été analysé hier par François Brutsch, sur Un Swissroll ; il montre ainsi les deux méthodes revenant à  “donner des armes à  l’adversaire”, soit la trahison de ses propres…

  2. 7 juin 2006

    hum, faut voir. Pour la lutte contre le terrorisme ne faudrait pas perdre la démocratie en route, parce que sans cela que défend-t-on, nos peaux évidemment ça a de l’intérêt mais la démocratie n’a plus rien à  y faire. Quant à  la guerre en Irak n’est elle pas tout simplement une stupidité ?

  3. raph
    8 juin 2006

    je ne comprends pas l’intérêt du commentaire de brigetown.

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