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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Après l’Etat nation

C’est avec sa casquette de professeur de théorie politique que Norman Geras a commencé de distiller sur son blog ses réflexions critiques sur la notion (l’utopie) du dépérissement de l’Etat chez Marx, dans la veine de son feuilleton sur la notion de crimes contre l’humanité (le prologue a paru le 15 septembre 2003 puis 14 épisodes se sont succédés jusqu’au 13 septembre 2003). Il y a un prologue, puis une première partie, une deuxième partie, une troisième partie et une quatrième partie (mis à jour le 13.9; Norman annonce un probable épilogue ultérieur).

Voilà ce qui s’appelle prendre de la hauteur par rapport au canon dissonant auquel se résume aujourd’hui le débat politique: plus d’Etat (toujours plus, “Il y a toujours quelque chose à faire!”) ou moins d’Etat (“Moins d’impôts!”).

Mais, je dois l’avouer, c’est sous l’influence d’un troisième discours que je suis présentement dans la transe de la découverte, avec le sentiment de pouvoir bientôt ordonner logiquement et développer des idées qui s’agitaient confusément dans ma tête: l’ère de l’Etat-nation paternaliste, dont l’Etat providence représente l’apothéose, et qui prend la responsabilité directe du bien-être de tous, touche à sa fin; nous entrons dans une ère dans laquelle l’Etat tirera sa légitimité de la mise à disposition de chacun des moyens de rechercher lui-même son épanouissement. Je me fonde ici (via 7 mots d’Instapundit!) sur un texte de Gregory Scoblete publié sur Tech Central Station, The Market State President, qui a le bon goût de mettre en exergue dans le discours de Bush à la Convention républicaine les trois mêmes paragraphes que moi; mais lui relie cela à un ouvrage monumental publié en 2002: The Shield of Achilles: War, Peace and the Course of History, par Phillip Bobbit, aujourd’hui professeur de droit public après avoir été directeur du renseignement au Conseil national de sécurité de Clinton, qui présente une telle évolution comme inéluctable face à la complexité croissante de la société et des dangers qu’elle sécrète. Attention, ce n’est nullement une réduction du rôle de l’Etat qui s’annonce mais un changement de sa nature!

Scoblete (à la suite de Bobbit, j’imagine) appelle cela Etat de marché, mais on pourrait aussi bien parler d’Etat autorégulé, d’Etat autoporteur, d’Etat d’équilibre. Ou alors de démocratie de marché, le terme démocratie venant prévenir les procès d’intention et rappeler l’existence d’un processus politique, alors que marché se réfère à la notion d’un cadre dans lequel des forces s’exercent de manière autonome. Ou encore d’Etat organique, pour faire écolo. Mais on en revient toujours au même point: la théorie systémique. Alors, démocratie systémique? Mais c’est encore moins sexy qu’Etat de marché.

Quoi qu’il en soit, ce qui me plaît dans cette conception c’est qu’elle donne sa logique à des évolutions lourdes de la société, en particulier l’individualisation des parcours de vie libérés du sol, de la famille et, mais oui, de l’Etat, qui se conjugue pourtant avec le besoin (en réalité multiplié) d’échanges et de communication et, c’est apparemment le point majeur de Bobbit, les exigences toujours plus complexe d’une sécurité qui elle est de plus en plus collective (pour éviter la guerre de tous contre tous, comme disait Monnerat): épidémies, terrorisme, effet démultiplié de la moindre catastrophe dans une société globalisée.

L’image qui vient à l’esprit est celle de réseaux toujours en évolution, portés par leur dynamique propre, et dont la souplesse est la meilleure garantie: un filet résiste même si plusieurs mailles sont coupées, alors qu’un objet suspendu par un seul fil… L’indépendance des banques centrales par rapport aux gouvernements a manifestement amélioré la résilience de la société (l’Etat résilient, ce serait pas mal comme expression), et de fait la tendance va vers la multiplication de ces autorités indépendantes du gouvernement au sens étroit (concurrence, télécommunications, éducation, santé…).

J’y intègre sans problème quelques uns de mes dadas: la mise en place d’une allocation universelle pour toute personne tout au long de la vie; la lutte contre l’Etat clientélaire, de gauche ou de droite, et l’importance de donner toute sa place au secteur non lucratif, et à l’action collective privée (volontaire ou professionnelle); une fiscalité écologique (plutôt que des régulations tatillonnes) afin que le marché internalise les coûts externes; des mécanismes d’assurance maladie et de prévoyance vieillesse reposant strictement sur la personne et non liés à son employeur; un crédit formation individuel; la recherche de dispositifs liant solidairement dépenses et recettes… Je suis persuadé qu’un (ou une) Clinton ou un Blair sont mieux à même d’affronter cette mutation que Bush, mais il faut lui reconnaître le mérite d’avoir su en poser les termes.

Mais il me reste la perspective de lire ces 800 pages alors que tout indique qur Gregory Scoblete en a présenté l’essentiel