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Fessée nazie: l’inconscient anglais en procès

L’un des nombreux paradoxes de la société britannique est le suivant: si vous demandez réparation d’une atteinte illicite à  votre vie privée, vous commencez par multiplier cette atteinte. Il faut une capacité singulière d’obstination dans l’adversité, ancrée dans la certitude de défendre un principe essentiel (et c’est ma foi l’une des qualités traditionnellement attachées à  la mentalité insulaire) à  Max Mosley, le demandeur, pour poursuivre le News of the World, le défendeur. Vidéo à  l’appui, le magazine à  scandale avait révélé en mars le goût pour les jeux sado-masochistes dans une mise en scène piquante du patron de la course automobile de formule 1 (et fils d’une famille haïe, cela joue un rôle); celui-ci était parvenu à  s’y adonner dans le plus grand secret pendant 45 ans, vis-à -vis en particulier de sa femme et de ses enfants. Cette semaine, le procès a lieu, en audience publique comme il se doit, et donne donc lieu à  compte-rendus aussi exhaustifs que neutres (“Il a dit…”, “elle a dit…”, “l’avocat a dit…”) dans les journaux les plus convenables. Il y a certainement matière à  l’une de ces pièces qui fait fureur ici où l’on met magistralement en scène des extraits verbatim d’un événement d’actualité.

La goutte d’eau qui semble avoir fait déborder le vase, tant pour l’écoeurement vendeur du News of the World que pour l’indignation cérébrale de Max Mosley, c’est que ces jeux sexuels se seraient inscrits dans un contexte “nazi”: l’une des cinq partenaires féminines[1] de Mosley était allemande, le scénario comprenait entre autres l’interrogatoire d’une autre partenaire féminine dans cette langue qu’elle ne connaît pas du tout, Mosley s’appliquant pour sa part à  donner un accent allemand à  son anglais.

Frappé, probablement comme tous les étrangers, par la rémanence en Grande-Bretagne d’un antigermanisme épidermique lié à  la deuxième guerre mondiale, qui n’a d’équivalent ni en Suisse, ni en France, ni aux Etats-Unis, je suis tout prêt à  donner raison sur ce point aux deux parties. Pour Mosley, né en 1940, allemand n’est pas nazi (et une vie entière sous le poids de l’engagement de son père comme chef des fascistes britanniques et de la vénération de sa mère, Diana Mitford, pour Hitler, qui leur valut à  tous deux l’internement, puis l’exil à  Paris, ne l’incite nullement à  érotiser ce moment de l’histoire allemande); il tient sa vie sexuelle en général pour strictement privée mais s’indigne particulièrement de cette accusation. Quant au News of the World, il est certainement de bonne foi, conformément à  des préjugés solidement ancrés et largement répandus[2], en “voyant” du nazisme dans un interrogatoire en allemand suivi de fessées. Voir ce compte-rendu particulièrement éclairant.

Au demeurant, la vraie question est celle de l’atteinte à  la vie privée, ou plus précisément de la justification pour un média de la commettre. Est-ce la saveur nazie (plutôt que, disons, “Club Méd'”, avec des GO particulièrement enthousiastes, qu’aurait eu la même scène sur un mode français, italien ou espagnol) qui créé l’intérêt public? Même le NoW ne va probablement pas soutenir cela; il s’en tient à  la thèse que, par sa fonction de président de la Fédération internationale de l’automobile, Mosley est un homme public, un personnage influent, et qu’il n’est pas indifférent de connaître ses (répugnantes, évidemment) pratiques SM. Bien sûr cet aspect de sa personnalité n’est connu que grâce au magazine, mais celui-ci invoquera comme intérêt public le risque que présente, vis-à -vis d’un maître-chanteur, l’existence d’un tel secret… Un raisonnement[3] dont on se demande où, dans la hiérarchie sociale, placer précisément le curseur, qu’il s’applique ou non à  Mosley; mais bien sûr le juge n’ira pas jusque là .

Pour ma part je souhaite sincèrement que Mosley gagne. Complément du 24.07: le jugement

Notes

[1] C’est l’une d’elle qui a caché la caméra pour le compte du NoW, les quatre autres témoignant au procès pour le demandeur.

[2] La question cruciale: comment se situe le juge, Mr Justice Eady, à  cet égard? Réponse du 24.07: le juge Eady est manifestement un homme plus moderne et informé sur le monde contemporain que sa perruque le donne à  craindre.

[3] Appliqué naguère à  l’homosexualité.

Un commentaire

  1. 14 juillet 2008

    100% d’accord, notamment avec la conclusion.

    Sous prétexte que l’on soit a la tête d’organisme, ou que l’on exerce certaines fonctions, on devient personnage public et les tabloids britanniques on donc beau jeu d’énoncer que la vie privée n’existe ps (elle n’existe pas pour eux a partir du moment ou ça fait vendre). Pour ma part je m’en fous totalement et ne change en rien mon appréciation de l’homme, dans un sens ou dans l’autre (mais c’est peut etre typiquement francais comme réaction, plus protecteur sur la vie privée)

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