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Judas a-t-il été trahi?

L’Evangile selon Judas est-il un marronnier théologique? Le fait que les médias en fassent leur miel correspond cependant à  une réelle actualité – voir ici et là  pour ne prendre que deux exemples suisses grand public. Le personnage de Judas est en tout cas le support des paradoxes théologiques et philosophiques les plus classiques comme je l’écrivais dans ce billet. Maintenant, pour ce qui est des médias qui jouent toujours bravement leur partition moderniste, c’est toujours très excitant de dire qu’on a enfin porté au grand jour un document qui remet en cause l’enseignement de l’Eglise qui bien sûr ne veut rien savoir pour ne pas se remettre en question ou alors a toujours maintenu le monde dans l’ignorance sur ce document.

C’est juste qu’en y regardant de près, les médias ne devraient pas trouver si sympathique l’idéologie dont relève cet Evangile. Il s’agit en effet du gnosticisme: le monde de la matière relève entièrement d’un principe obscur et mauvais, dont il faut libérer les âmes qui sont des fragments du principe lumineux et divin. Selon cet Evangile, Judas rend un fier service à  Jésus en lui permettant de se libérer de son corps et de rejoindre ainsi le divin. Judas est agent de la rédemption du Christ (le génitif étant ici objectif!).

Or l’idée que le corps et la matière sont fondamentalement mauvais, ce n’est pas tellement dans l’esprit de la modernité. Mais du moment que ça peut enfoncer l’Eglise… l’ennemi de notre ennemi… Alors que pour la théologie de l’incarnation, c’est le contraire. C’est dans ce corps, dans ce monde-ci que se manifeste le divin: le Fils de Dieu et tous les enfants puînés de Dieu, leur corps étant le temple de Dieu et non sa prison.

Pourtant qui sait? Notre époque est peut-être finalement plus gnostique qu’elle ne le croit. Peut-être que l’obsession d’un corps parfait, le succès des clubs de fitness et de musculation ont quelque chose de gnostique et relèvent d’une haine du corps tel qu’il est – au nom d’un idéal, donc au nom d’un ersatz de monde spirituel… C’est l’attente de la délivrance qui rendrait donc sympathique le Judas de l’Evangile homonyme au-delà  d’une charge anticléricale à  30 sous deniers.

Pauvre Judas. C’est lui qui a été trahi – et ce fut probablement au 2ème siècle par des gnostiques égyptiens (cf. Rodolphe Kasser cité dans le Temps). Les Evangiles canoniques laissent entendre qu’il trahit Jésus parce qu’il est décu que ce dernier n’impose pas son royaume dans ce monde par la force. Tout sauf une aspiration gnostique.

2 commentaires

  1. 9 avril 2006

    Plutôt que de parler de gnostiques, j’emploierais le terme “manichéistes” pour désigner ceux qui prétendent à  une dualité du monde, entre le chair mauvaise et l’esprit bon.

    Augustin, qui fut d’abord manichéiste, a ensuite vigoureusement combattu ce courant d’idée. Toute une littérature et une controverse existent, il suffit de se donner la peine de s’y plonger. Les journalistes sont très forts pour recommencer des débats qui ont déjà  eu lieu, pour finalement faire de l’anticléricalisme à  peu de frais. Les cathares sont une résurgence médiévale de ce manichéisme. Là  encore, on a un marronnier magnifique.

    C’est une philosophie qui sera amenée à  resurgir périodiquement, car elle présente de nombreux attraits, dont celui de la simplicité: tout blanc ou tout noir, avec la thématique de la lutte entre une bien et un mal distinct et clairement identifiables.

    C’est triste que les journalistes aient si peu de culture dans ce domaine, et surtout, soient tant à  la recherche du sentationnel. En plus, ce n’est pas parce qu’un ouvrage de se prétend évangile qu’il est canonique (cf tous les débats sur le suejt, dans l’introduction des ouvrages de la pleiade sur les aprocryphes chrétiens).

  2. gil
    10 avril 2006

    A mon avis, l’idéologie socialo-coco est gnostique (la rédemption à  coups de trique), bien plus que le désir d’un corps parfait etc, d’ou le plaisir des journaleux, majoritairement de gauche !

    Mais à  mon avis, ce qui plait (et à  moi aussi) dans cette affaire, c’est l’idée d’une mise en scène (d’une mise en scène divine !), pour que tout “s’accomplisse”… Allez, je retourne aux “Trois versions de Judas” de Borges, grand gnosologue d’ailleurs… (pour rappel, la “3° version” est autrement plus hard que ce proposé par l’Evangile en question: le rédempteur est Judas, qui se sacrifie dans une éternité de flammes, Jésus n’étant qu’un faire-valoir…)

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