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Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique

Aujourd’hui, c’est le Jeûne genevois, un jour férié purement local qui a pour origine l’horreur que suscita à  Genève la nouvelle de la Saint-Barthémély. Quand les autorités (théocratiques) genevoises furent informées du pogrom anti-protestant, elles en furent tellement choquées qu’elles proclamèrent le jeûne et la prière en communion avec leurs frères et soeurs massacrés à  cause de leur confession.

Ironie de l’Histoire, il y a quelques jours, la presse nous apprenait qu’un ancien pasteur de l’Eglise Protestante de Genève, converti au catholicisme, avait été ordonné prêtre, en dépit du fait qu’il est marié et père de famille, dans le cadre d’une dispense de célibat accordée par le défunt Jean-Paul II.

Rappel: Si on est catholique et qu’on veut devenir prêtre, on doit renoncer au mariage. Mais on peut devenir prêtre catholique romain si on est catholique Maronite ou transfuge Anglican déjà  marié – c’est-à -dire qu’on rejoint l’Eglise Catholique romaine parce qu’on désapprouve l’ordination des femmes. Et, autre cas de figure (produit déjà  une fois – voir ici), si on se convertit au catholicisme, en étant un pasteur (ce qui ne compte pas pour un prêtre) déjà  marié, on peut y devenir prêtre, moyennant dispense papale. A noter que chez les Orthodoxes, on doit se marier avant de devenir prêtre, après, on n’en a plus le droit.

Dans une interview donnée au Temps, le prêtre Patrick Balland a dit que c’était en approfondissant Calvin qu’il était devenu catholique. L’élément central qui lui manque dans le protestantisme classique, c’est l’Eucharistie, le culte protestant péchant par cérébralisme.

Il n’est pas question de refaire tout le débat ici. Disons que chacune des deux approches (antagonistes? contradictoires? complémentaires?) du sacré a ses côtés sublimes et pervers.

Dans l’Eucharistie, le catholicisme nous rend Dieu éminemment ET humblement présent. Depuis qu’il s’est incarné, il est là , doucement mais obstinément, on ne peut faire sans Lui. C’est une version douce, human friendly, du sacré. Qui peut devenir excessivement maternante, paternante, étouffante, totalitaire.

Le protestantisme commence par une négation: on ne peut pas mettre la main sur Dieu. Pas de magie. Pas de flagornerie non plus. C’est l’anti-religion qui caractérise parfois Jésus et Paul. C’est une libération qui vise à  faire des adultes. Qui peut devenir sèche, austère, se confondre avec une morale de bien pensants. Ou d’athées vertueux. Se remettant en question au risque de perdre sa substance. Suscitant alors en réaction toutes sortes de fondamentalismes plus ou moins charismatiques qui ont le vent en poupe partout sauf en Europe. La force du protestantisme reste le fait qu’il est libre, qu’il vit de la liberté, renvoie à  un Dieu de liberté (et pas seulement d’amour qui peut étouffer), une liberté qui devrait mettre sur la voie ses compagnes et compagnons d’humanité en quête de sens et d’accomplissement.

A noter que Luther, Calvin et les autres n’ont pas forcément développé toutes les conséquences de leurs redécouvertes théologiques en matière de liberté…

2 commentaires

  1. 8 septembre 2005

    Ah c’est un vieux débat qui risque de ne prendre jamais fin, sans doute parce que la nature même du Christianisme interdit toute réponse définitive. Je ne peux pas m’empêcher de penser à  ce verset sublime (n’ayons pas peur des mots) où il dit “vous dites “nous voyons” mais dans votre coeur le pêché demeure”. Remarquons aussi que les quatre évangiles sont avant tout une lecture par les communautés primitives de l’évènement-Christ. Bref, le Christianisme est intrinsèquement une herménautique; là  est sa force, là  est sa faiblesse. Quand à  l’aspect de la célébration chez les protestants, je me permettrai d’ajouter une remarque. J’ai l’impression (mais peut-être n’est-ce qu’une impression) que le Dieu protestant court trop souvent le risque de n’être que le “radicalement autre”, et donc d’aller contre ce qui caractérise le Christianisme, i.e. la kénose (l’affaiblissement). Un tel Dieu risque de sombrer dans le Dieu-pure concept, le Dieu infiniment lointain que Lucrèce brocadait . Ce n’est sans doute pas un hasard que l’incroyance moderne a d’abord prospéré dans les pays protestants, les “athées vertueux” comme vous le dites si bien.

  2. 8 septembre 2005

    Je nous sens très proches. Je ne sais pas si le ‘a’ de herménautique est volontaire, mais il le devrait, vu que le christianisme est une navigation entre deux rives, où il s’agit de bien savoir lire et interpréter les signes du ciel et des temps.

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