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Ségolène en 07, Hillary en 08?

On l’annonçait comme « différent » des sites web classiques et autres blogs, plus ou moins laborieux, de personnalités politiques, et c’est bien le cas: Désirs d’avenir, la rampe de lancement d’une candidature de Ségolène Royal à  l’investiture socialiste pour l’élection de mai 2007 à  la présidence de la République française, innove et fait parler de lui. KoZ persifle, Damien est intéressé, Versac indigné… Et le site marche, avec déjà  des centaines de contributions d’internautes qui se sont docilement inscrits préalablement (et adhèrent au PS pour pouvoir participer à  la désignation!).

A la vérité, il n’est pas si nouveau: l’année avant la présidentielle de 2002, Christian Blanc lançait, de manière très similaire dans la forme et le fond, L’Ami Public à  l’appui de sa disponibilité à  sauver la France. J’en ai un souvenir d’autant plus précis que j’avais à  l’époque publié un article à  ce propos dans Domaine Public , repris par Le Temps.

Royal a sur Blanc l’avantage d’être une élue et une responsable politique confirmée (députée, ministre, présidente de région), et d’avoir compris, après Mitterrand ou Chirac, qu’à  la mystique gaulliste de la rencontre solitaire avec la France qui fait encore rêver Villepin il faut préalablement ajouter la conquête d’un grand parti; si Giscard est parvenu à  s’en passer en 1974, c’est bien grâce à  l’effet de surprise de l’élection anticipée en raison de la mort de Pompidou.

Et je trouve insultante (pour ne pas dire d’un machisme qui me surprend chez lui) l’alternative à  laquelle la réduit Versac:

Soit elle est naïve et suffisamment inexpérimentée en politique, un peu fleur bleue, aussi, pour croire que le fait de balancer quelques sujets à  la cantonade suffit pour créer un débat constructif qui aboutisse à  des propositions intéressantes. Soit elle est en fait suffisamment méprisante du débat public et de la capacité des internautes pour nous offrir ce simulacre de forum participatif, qui ignore des années de réflexion sur le débat public et la construction d’un programme, sur internet ou ailleurs.

Versac connaît trop bien la vie politique française pour croire une seconde à  son premier terme. Et son mépris doit l’amener à  ne pas avoir creusé suffisamment son sujet pour oser le deuxième, alors qu’il suffit d’aller voir ce qui se passe concrètement en Poitou-Charentes pour vérifier que Royal sait de quoi elle parle, et qu’elle s’entoure de professionnels de qualité. Les critiques à  l’égard du site, qui n’a pas une semaine et est en développement (et la décision du PS est pour septembre-novembre, pas le mois prochain!), me semblent aussi relever d’un survol superficiel et empreint de parti-pris; en réalité, Royal représente pour la présidentielle française le type d’innovation amené par un Howard Dean aux Etats-Unis (je prends le pari que la section Rencontres évoluera en une forme de Meet-Up), tout en ayant assimilé le principal enseignement du désastre Dean-Kerry: ne pas rester prisonnier de la base enragée mais parler à  l’opinion en général, et ne pas dire tout et son contraire. C’est ce que fait de manière impressionnante une Hillary Clinton (j’en profite pour déclarer ici un désaccord avec Emmanuel Ceteris Paribus que je tenais depuis 9 mois sub imo pectore: je parie que, loin d’être inéligible, ce sera une formidable candidate) — bon la comparaison flatteuse pour Royal est peut-être un rien prématurée…

Non, il y a bien sûr une troisième hypothèse: la démarche de bonne foi portée par la passion des affaires publiques, dont aux Etats-Unis on a au moins la décence de faire crédit au plus minable gouverneur de Géorgie (Carter), d’Arkansas (Bill Clinton) ou du Texas (Bush jr). Il est vrai que là -bas les enfants sont élevés dans le mythe qu’eux aussi peuvent aspirer à  servir dans cette fonction, pas dans le mépris général envers des politiciens « tous pourris ».

Mon autre désaccord avec Versac porte sur le sens de la démarche et le rôle des politiciens: Ségolène devrait-elle se poser en générale sachant où elle va, impressionner par l’originalité de sa pensée et de ses propositions clé en main dans tous les domaines, plutôt que de se mettre en position d’écoute? C’est un principe rabâché dans les séminaire sur la communication pour managers et autres apprentis leaders qu’il faut d’abord faire parler l’interlocuteur (et lui démontrer, en répétant ce qu’il a dit, qu’on l’a écouté): il doit avoir vidé son verre avant qu’on puisse le lui remplir. Mais surtout il y a malentendu sur le contenu de la fonction dans un régime présidentiel: ce que l’on attend du président c’est avant tout une orientation, un caractère, la capacité de trancher et de faire faire. En bref c’est un incarnateur, qui pour le reste fait avec les circonstances. Mitterrand n’a pas été élu pour son programme mais pour son équation de progressiste (puisqu’il était le candidat de gauche) conservateur (sa culture et son tempérament), et il compte pour la décentralisation (Defferre), les réformes judiciaires et la suppression de la peine de mort (Badinter), la libéralisation économique et l’euro (Delors, Bérégovoy), saupoudré d’Attali (Cancun, la Berd). Les deux fonctions (l’incarnation et l’esprit de décision d’une part, l’imagination créative et la capacité de réaliser d’autre part) sont bien distinctes — et à  cette aune un Christian Blanc est effectivement plus à  sa place aux manettes ou en coulisse qu’en représentation. Quant à  Chirac, ses élections doivent davantage au hasard qui a écarté Balladur en 1995 et Jospin en 2002 qu’à  son génie propre (le suffrage universel apporte une garantie de légitimité, pas de justesse du choix effectué…), et on en voit le résultat.

Maintenant que vaudrait vraiment une Royal à  l’Elysée (avec Strauss-Kahn à  Matignon, peut-être)? Il serait intéressant, même si la différence d’échelle et d’objet amène à  rester prudent, d’en savoir plus sur sa manière de fonctionner; il existe quelques signes d’autoritarisme et de tendance à  l’isolement qui pourraient se révéler négatifs. D’ici novembre si elle n’a pas, telle un Dean, été écartée bien avant, et surtout après, journalistes, mais aussi blogueurs du Poitou, c’est à  vous!

Pour le moment on peut rêver d’un affrontement Sarkozy – Royal: comme en 1974, je me consolerai allégrement du résultat quel qu’il soit. Mais les Français étant ce qu’ils sont, si l’on se fie à  leur propension à  désigner à  l’usure des candidats deux fois battus pour la fonction, c’est peut-être bien Jospin qu’ils éliront en 2007 (et ce ne serait pas si mal, me souffle par mail mon co-blogueur, à  juste titre), contre Villepin, Raffarin… ou Le Pen!

9 commentaires

  1. 22 février 2006

    Je te trouve un peu sévère avec Versac.

    Sans doute, il n’y va pas de main morte ; et le ton est acerbe. Mais sur le fond, on trouve le même genre d’appréciation sur le blog de DSK.

    Je ne suis pas certain que cela procède vraiment de machisme. J’y décèle un agacement devant disons… la popularité de la personne et du site, relayée par une démarche qui peut apparaître guidée par des impératifs au parfum publicitaire. Sur le machisme encore. On peut juger que toutes les critiques portées à  l’endroit de Ségolène Royal ne sont pas inspirées par le machisme de leurs auteurs.

    Alors, certes, on peut discuter de ce qu’est le « site » de Ségolène Royal ; mais je partage avec Versac l’idée qu’il appartient à  celui qui le propose de fournir un minimum de contenu. Il faut voir l’évolution de l’objet, mais en cela se présente en gros de la façon suivante :

    Ségolène Royal propose plusieurs thèmes, laisse les inscrits s’exprimer, et envisage de faire une synthèse. En passant, c’est un engagement qu’avait pris Dominique Strauss-Kahn sur son blog, et qui n’a guère prospéré.

    Il n’y a pas de quoi s’ébaudir. Ce n’est certes pas pire que le monument de guimauve qu’est le prétendu blog de Jack Lang, pour ne rien dire du site de Fabius. Mais cela ne se présente pas vraiment mieux.

    Et s’il s’agit, comme tu le suggères, de se mettre en position d’écoute, il suffit de lancer ses équipes sur la synthèse des commentaires du Blog de DSK, par exemple, et d’autres tendances de gauche.

    Mais bon, comme tu y engage avec sagesse : il faut attendre.

  2. 22 février 2006

    Jules, merci de ton commentaire. Tu as probablement eu droit à  la première version à  la hache, avant que je manie la truelle voire le burin (bon c’est une métaphore un peu hasardeuse sur la nature du matériau travaillé…): un des plaisirs du blog c’est de pouvoir se corriger, j’ai pour habitude de mettre en ligne dès que c’est complet puis d’affiner — et c’est fou comme remplacer « Versac n’est pas à  ce point ignorant de la politique française… » (méprisant et hautain, surtout sans l’expression faciale et le ton amusés) par « Versac connaît trop bien la vie politique française… » (connivence flatteuse) change tout! Mais pour le reste je suis un adepte du débat vif entre amis: c’est plus clair et plus drôle, tant qu’il n’y a pas de malentendu.

  3. 22 février 2006

    Oui, j’ai été prompt (trop peut-être ; il y a des fautes d’orthographes – comme d’habitude, perfideras-tu) ; mais il faut dire que le sujet m’avait accroché dans l’agrégateur (relevé : 5′). Nulle offense, je cède aussi à  la tentation du sujet accrocheur ce jour 😉

  4. Old labour
    23 février 2006

    Le parallèle avec Dean, malgré les évidentes différences des candidats, doit surtout nous rappeler que les usagers d’Internet sont tout sauf représentatifs de la société, de sa composition, de ses difficultés. Bâtir un projet « participatif » sur une consultation par Internet, c’est en exclure de fait ceux qui, précisément, ont le moins l’occasion de s’exprimer : les vieux, les ruraux, les non qualifiés… En plus, ce sont eux qui votent! L’échec de Dean a eu lieu dans un pays bien plus connecté que la France, et au corps électoral beaucoup plus jeune. Au demeurant, pour avoir géré des blogs de « présidentiables », je sais qu’en général, l’organisateur s’en fout – et il a raison.

    Pour autant, l’idée même du « projet participatif » reste très discutable. C’est incontestablement dans l’air du temps, tout comme la prétendue nécessité de connaître le « terrain » (faire ses courses soi-même, serrer des pognes dans la rue toute la journée). Jean-Paul Huchon en avait d’ailleurs fait l’axe de sa campagne en Ile-de-France, et c’est à  cette occasion que j’ai compris le fond de l’affaire : on fait des sondages, et on applique le résultat. La démocratie, ce n’est pas la recherche du consensus par des opinions faibles, mais la confrontation et la clarté du choix proposé à  l’électeur. Bref, je ne crois pas qu’il suffise de discuter des problèmes politiques pour s’accorder sur une solution, parce que la société est traversée d’intérêts effectivement et irréductiblement contradictoires. Alors je regrette, comme Versac, que Ségolène Royal sacrifie à  la mode. Mais j’attends de voir ce que ça donnera à  l’arrivée (si elle décide jamais de prendre position un jour sur quoi que ce soit…).

  5. 23 février 2006

    Il doit y avoir un peu de malentendu. En tout cas, ma remarque n’est clairement pas machiste, mais celle d’un citoyen exigeant quant aux formes de la participation. Oui, je suis très déçu par ce site, entre l’ambition qu’il propose et les moyens qu’il met à  la disposition de cette ambition. Je ne critique pas l’ambition, mais bien l’outil, qui relève de la supercherie.

    Oui, un politique doit se mettre à  l’écoute. Et Ségolène Royal semble bien le faire en Poitou-Charentes. Pourquoi, alors, offrir ce succédané de débat, ces forums vagues et non-structurés, cet espace plein de vide ? Evidemment, dans mon alternative, je penche pour la seconde. Pourquoi ? Parce que je ne crois pas à  la naïveté de Ségolène. Et que ce faux forum participatif est une arnaque de plus, à  but d’image.

    J’ai ma petite expérience de la démocratie participative. Ai vu fonctionner, et même participé à  des conseils de quartier, et à  des initiatives qui laissaient une grande place au débat et à  la construction collective, à  des endroits en ligne où l’on pouvait un peu faire progresser la formation autonome du jugement et la mobilisation positive.

    Et là , pour tout dire, je ne crois pas un instant à  la sincérité de ce site. j’en suis déçu. Non que je me faisais des illusions, mais parce que je reste exigeant à  l’égard des politiques. Je ne vaux pas renoncer au fond et à  l’échange sous prétexte que les hommes politiques se font élire pour ce qu’ils ne sont pas. 10 ans de chiraquisme, sur ce point, ont été assez destructeurs.

    Pouyr la partie rencontres, l’inspiration de meetup est évidente, mais si mal structurée ! Et pour le fond, on est tellement loin d’un site de débat collectif, où se confrontent des idées, des points de vues, des analyses à  même de mobiliser, d’interpeller, de faire progresser…

    Bref, à  revoir, malgré toutes tes remarques pertinentes.

  6. 23 février 2006

    J’ajoute deux réflexions :

    – « Et le site marche » Non, en tout cas pas au regard des objectifs affichés : le contenu des débats est très pauvre, et l’interactivité faible, même entre les commentateurs. Pour l’instant s’inscrivent les personnes qui voulaient soutenir SR. Encore heureux. Ils ont enfin un endroit où ils peuvent s’inscrire dans une perspective future. Pour ce faire, un bon vieux site plus élaboré aurait été mieux foutu.

    – « Christian Blanc lançait, de manière très similaire dans la forme et le fond, L’Ami Public  » Non plus. CB avait lancé ce mouvement, qui a eu du succès et contribué à  former le débat autour de concepts importants comme la décentralisation, le service minimum ou l’économie de l’innovation, dans un mode très différent. Il s’agissait de débats structurés, avec une finalité et un contrat, sur la base d’une profession de foi indiquant un diagnostic et un positionnement général. Blanc offrait un contenu, une clef d’analyse générale, et faisait appel à  l’intelligence collective pour aider à  soutenir ces sujets. Ici, pour l’instant (je ne suis pas assez naïf pour croire que SR va en rester là , tout du moins peut-on l’espérer), rien de tel. Juste du creux et du vent, alors qu’on attend justement, chez Ségolène, un peu de contenu.

    Pour le reste, pour moi, l’alternative ne se pose pas entre un général et un homme (ou une femme) à  l’écoute. Il faut de l’écoute, une personnalité, et l’acceptation d’un diagnostic réaliste (et pourquoi pas partagé) sur l’état de notre société. Si nous n’avons que l’écoute (Ségolène actuellement), que la personnalité (pas grand monde), ou que le diagnostic, ça n’ira pas très loin. Sarkozy, de ce point d vue, est bon, puisqu’il donne une impression d’écoute, établit graduellement un diagnostic (conventions thématiques de l’UMP) de manière ouverte, et se repose pour la diffusion sur ses sympathisants (et les media). Il a, en termes de stratégie, beaucoup d’avance.

  7. 23 février 2006

    Merci Versac de ces compléments! Pour ma part je table évidemment sur une évolution par étapes du site de Ségolène (et je suis convaincu, pour rejoindre le premier commentaire de Jules, que contrairement à  DSK il y aura bel et bien exploitation des contributions)… Bon, peut-être que ce ne sera pas aussi sophistiqué que L’Ami Public… et peut-être même que j’ai tort! Qui vivra verra (et votera).

  8. 23 février 2006

    J’ai une suggestion : Hillary se présente pour le PS en 2007, et Ségolène pour les Démocrates en 2008.

  9. 23 février 2006

    On ne dit pas « in pectore« ?

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