Un Swissroll RSS

Webmix

Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Onan n’est pas le nom d’un barbare. Diogène non plus.

Au 20ème siècle, on a découvert qu’aimer son prochain comme soi-même impliquait de s’aimer soi-même, et on s’en est gargarisé. Le fait est que quand Jésus a récapitulé la Loi en deux commandements [1], il l’a fait à  une époque et dans une culture où l’amour de soi-même allait de soi. Le christianisme n’avait pas encore eu l’occasion de trahir son maître en inventant et affinant des techniques pour pervertir et torturer les âmes.

Et le patriarche Onan (une dizaine de siècles avant le Christ), s’aimait-il lui-même? En tout cas, il n’aimait pas l’idée de devoir faire un enfant à  la veuve de son frère – comme la loi dite du lévirat le lui prescrivait, afin d’assurer une descendance au défunt. Certes il a manqué de considération et de respect pour ce frère et cette belle-soeur qu’il n’honorait pas jusqu’au bout[2] mais il n’a pas mérité de donner son nom – qui a pris une connotation médicale au 18ème – à  cette autre pratique qui consiste à  s’occuper de soi sans aucune intention malthusianiste.

Le 20ème siècle, disais-je, a découvert qu’il fallait réapprendre l’amour légitime de soi, et toute la culture du développement personnel s’en est suivie, avec des variantes New Age. Qui plus est, avec la révolution sexuelle, il était logique qu’on revalorisât l’autoérotisme appliqué. A preuve, une certaine publicité de fin du siècle s’est fait l’écho de cette tendance, en développant l’argument du plaisir qu’on se fait à  soi tout seul pour vendre des biscuits ou barres chocolatées. On a même été jusqu’à  mettre en scène des femmes qui semblaient atteindre l’orgasme toutes seules par les vertus de la simple dégustation d’un yaourt de la bonne marque.

Si on laisse de côté le phénomène des sex-clubs, qui ne font pas l’objet d’une communication aussi grand public, on dira qu’une nouvelle étape a été franchie avec le masturbathon, qui débarquait hier à  Londres, mais qui est né il y a six ans à … San Francisco (quelle surprise). C’est tout à  fait comparable à  une course contre le cancer: on se fait sponsoriser par des sponsors au bénéfice d'”associations charitables” (charities), c’est-à -dire des organisations à  but non lucratif qui oeuvrent dans le domaine du VIH et de la santé sexuelle.

Le Monde y consacre un article et chez Samantdi, par exemple, on en plaisante – entre gens de bonne compagnie qui n’iront jamais bien sûr. Sur spiked, on prend la chose très au sérieux. On dessine les contours de l’idéologie sous-jacente et on n’a pas de mots assez durs pour la fustiger… En l’occurrence, l’idéologie repérée, c’est celle du moi qui se surprotège, qui refuse le risque et la passion. Et le New Age en arrière-plan.

C’est que le règlement de la compétition pour la bonne cause est tout ce qu’il y a de plus sérieux, jusque dans les moindres détails – et l’érotisme n’y a pas la première place. A lire le site et d’autres sites apparentés, on ressent une forme de missionnariat. On peut s’en amuser ou s’en agacer. Mais ces excès d’enthousiasme font prendre la mesure des délires symétriques précédents. La plus grande croisade contre cet exercice ultime et intime de la liberté par un individu a été menée non pas par l’Eglise (qui ne s’en est pourtant pas privé à  certaines époques) mais par le corps médical au 18ème siècle, suivi par une société croyant pourtant à  la raison et au progrès[3]. “Onan, réveille-toi, ils sont devenus sourds” – telle est l’interpellation prophétique qui aurait dû se faire entendre alors. Aujourd’hui, avec le changement de paradigme induit à  San Francisco, assisterait-on au retour de Diogène? Il ne suffit pas de rendre un service privé publiquement à  son corps. En l’inscrivant dans le cadre de motivations hétérogènes à  haute valeur morale ajoutée (oeuvres charitables), on dénature le geste initial[4].

Notes

[1] Aimer Dieu de toute sa force et son prochain comme soi-même

[2] Livre de la Genèse, ch. 38

[3] Cf cette interview de Thomas Laqueur.

[4] Bon, peut-être que je dirais le contraire si j’avais été sur place. A vérifier s’ils viennent à  Genève.

Un commentaire

  1. Alex
    6 août 2006

    l’idée devoir faire un enfant à  la veuve de son frère de voir ou de devoir ?! 😉

    â–º lol, c’est corrigé!

Les commentaires sont fermés