Un Swissroll RSS

Webmix

Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Quelle Europe?

La quatrième et dernière partie du feuilleton du Daily Telegraph sur le New Localism destiné à  régénérer la droite britannique n’est pas à  la hauteur sur la question européenne. Je me serais attendu à  ce qu’une réflexion sur le niveau adéquat pour traiter les problèmes politiques, postulant que certains soient déplacés de Westminster au niveau local et d’autres du gouvernement vers le parlement, reconnaisse aussi (même en cherchant à  les cadrer de manière plus étroite) le bien-fondé de certaines délégations de souveraineté en direction de l’Union européenne. Eh bien, la question n’est nullement abordée de cette manière (ce qui souligne aussi le silence assourdissant de ce manifeste sur les questions économiques: un tribut involontaire au New Labour?). On y retrouve cette obsession que le Parlement national est un horizon indépassable, comme si le Parlement européen n’était pas lui aussi élu démocratiquement. Ca nous vaut des propositions qui sentent l’improvisation et ne résisteraient pas à  une semaine d’exercice du pouvoir: en particulier la suppression de la TVA au profit d’une nouvelle taxe sur le commerce destinée aux collectivités locales (les auteurs ignorent donc que la TVA est un élément du droit communautaire). Et quitte à  parler finances, my 2 cents sur les gamineries de Chirac autour de la ristourne britannique: il serait plus efficace de redéfinir le débat en terme d’attribution d’une ressource fiscale spécifique à  l’Union européenne; et de sortir du tiroir le “rapport Sapir” qu’un groupe d’experts avait produit à  la demande de Romano Prodi…

Et pourtant il y a bien quelque chose à  dire. Hubert Védrine, que je lis avec méfiance car il prêche d’habitude pour l’école cynico-réaliste, soulève dans Le Monde d’aujourd’hui deux points qui me paraissent justes:

  • La nécessité de renoncer au principe centripète absurde (même s’il a dû sembler en 57 d’un idéalisme de bon aloi) de “l’union toujours plus étroite” au profit d’une règle de partage claire et durable des attributions déléguées à  l’Union par les Etats qui la constituent (Védrine: “abandonner explicitement la logomachie déresponsabilisante et anxiogène de l’intégration européenne sans fin”).
  • La formulation du “modèle européen” non pas seulement “négativement”, autour de la protection sociale, mais positivement, au sens du tryptique du développement durable: croissance économique, intégration sociale, protection des ressources et de l’environnement (Védrine: “La question de l’avenir sera de concilier croissance, emploi et écologie. Soyons le continent qui fera cette synthèse.”)

J’ajouterais volontiers à  cela l’abandon des prétentions de voir l’Union conduire une politique étrangère commune, alors que manifestement les Etats (surtout les grands, voir l’insoutenable revendication d’un siège pour l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU) n’y sont pas prêts, et que l’harmonisation des diverses perspectives en son sein ne pourrait faire de l’Union qu’une grande Suisse, s’abstenant prudemment sur tous les grands sujets et réduite aux missions humanitaires et onusiennes.

Ce type de pragmatisme ne répond certes pas aux peurs irraisonnées et aux espoirs déçus dont le référendum français a stimulé l’expression dans l’ensemble de l’Union. Mais précisément, il est de nature à  éviter de les provoquer! (Je n’ai d’ailleurs élucidé que l’autre jour ma position personnelle sur le Traité constitutionnel: si j’étais ressortissant d’un Etat membre, je voterais oui; mais comme observateur extérieur, je souhaitais la victoire du non le 29 mai pour en finir avec l’hypocrisie française. Comme dit Gotlib: vous avez vu mon Aspirine?)