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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

"She did it!"

Fantastique remontée d’Hillary Clinton qui, contre toute attente, remporte l’élection primaire du New Hampshire, après la victoire de Barack Obama en Iowa. Elle retrouve ainsi toutes ses chances d’être celle qui recevra l’investiture démocrate pour affronter, en novembre, le candidat républicain quel qu’il soit. Mais surtout elle sauve les démocrates d’un danger mortel: le couronnement prématuré d’un vainqueur qui n’aurait pas été véritablement exposé à  la rigueur révélatrice de cette course de fond que constituent, dans le système américain, les élections primaires.

Je suis bien sûr un partisan de toujours d’Hillary. Mais je ne demande qu’à  voir mes préventions à  l’égard d’Obama levées: j’avais comme tout le monde été impressionné par son élection comme sénateur de l’Illinois. Un préjugé favorable terni par son opposition précoce à  l’intervention en Irak pour les plus mauvaises des raisons: le souvenir (dans son cas purement théorique, ou, pour le dire plus méchamment, complaisant pour son public) du traumatisme vietnamien; mais surtout un isolationnisme égoïste (genre “La Corrèze avant le Zambèze”[1]) couplé à  une vision naïve[2] et angélique[3] des moyens de combattre l’agression islamo-fasciste contre les sociétés ouvertes et démocratiques. Je me trompe?[4]

Depuis, j’ai même conçu l’impression (réversible sur pièces) que naïveté et angélisme caractérisent aussi la vision d’Obama en matière de politique sociale. Est-il au moins plus libre-échangiste que protectionniste? Je n’en sais rien. Alors que sur tous ces points je me retrouve sans problème avec Hillary. Et s’il lui manque évidemment un peu de la chaleur empathique de Bill, je suis même prêt à  lui concéder l’avantage sur lui d’être moins obsédée de plaire, plus concentrée sur l’objectif.

Notes

[1] Mais “de gauche”.

[2] Je bombarderai le Pakistan.

[3] Laissons faire la police.

[4] Ce qui n’est pas la même chose que de ne pas être d’accord avec mon appréciation de l’intervention en Irak!

9 commentaires

  1. De ce que j’en ai lu, Obama n’était pas opposé au principe de l’intervention extérieure, mais aux raisons avancées par G. Bush ; ie, le risque terroriste et armes de destructions massives.

    Il est, je crois, favorable au libre échange, et aux négociations de l’OMC. Ce qui lui a valu, il y a quelques mois, quelques moments intéressants avec les agriculteurs. Mais depuis le début de la campagne, je ne connais pas l’évolution. J’ai cru deviner des évolutions plus protectionnistes.

  2. Fleur Delacour
    9 janvier 2008

    Quant à  moi, je me réjouis de la victoire de John McCain (même si la réthorique néoconservatrice de Giuiliani sur les questions de politique étrangère me plait beaucoup) et d’Hillary Clinton, les candidats de l’establishment, contre les guignols populistes “anti-Washington” à  la Obama, Thompson, Paul,… Cela dit, cette victoire doit être relativisée : en 2000, il y avait déjà  battu George W. Bush (qui est un politique d’un tout autre calibre qu’un Huckabee ou qu’un Romney, autrement plus redoutable en campagne électorale) et il faudra voir dans les Etats Républicains si sa position non-démagogique sur l’immigration et sur l’Iraq lui rapporteront encore des suffrages…

  3. 9 janvier 2008

    @jules: Sur l’Irak: mouais… Je ne crois pas que la stratégie de regime change eut davantage rencontré son agrément! Sur le libre échange, certes c’est une question de degré: plus personne ne peut être frontalement contre, il y a probablement un moment où aucun candidat à  une élection ne peut aller trop loin dans le refus du protectionnisme. Mais en 92, Bill avait fameusement tenu aux syndicalistes, dans le nord-ouest industriel, un discours du type: “Je sais bien ce que vous aimeriez que je vous dise, mais je ne le dirai pas car ce serait vous bercer d’illusions.” Et toute la ligne Third Way est fondée sur le tough love, pas le bisounours auquel j’identifie (peut-être à  tort) Obama.

    @Fleur Delacour: En fait, j’ai failli mettre ce billet dans la catégorie gôche plutôt que la généraliste droit / politique: j’aurai sûrement d’autres occasions de m’intéresser aux républicains. A priori, McCain et Giuliani me semblent acceptables (un peu comme pour Royal-Sarkozy: j’ai ma préférée, mais je n’en ferai pas une maladie si c’est l’autre; et suivant qui les démocrates désignent j’en viendrai à  espérer l’élection du républicain — mais j’avoue que ce ne serait pas désagréable de mettre fin à  7 ans de dissonance cognitive sur l’échelle gauche droite!). Giuliani peut-être un peu plus redoutable pour Clinton en novembre que McCain, car offrant probablement le moindre contraste avec elle?

  4. 9 janvier 2008

    L’élection a nouveau d’un républicain a la Maison Blanche provoquerait définitivement une crise du partie démocrate, mais aussi une incompréhension du monde extra-US, alors que la politique extérieure de W Bush est largement critiquée, teintée de mensonges et de manipulations. En ce qui me concerne je n’oublie pas l’élection de 2000, et ose espérer que les deux mandats de Bush (le 2e étant surtout la conséquence du 1er en plein climat de guerre et de menace) ne seront qu’un accident.

  5. Fleur Delacour
    9 janvier 2008

    “Un accident” ?

    Je crois au contraire que George W. Bush est l’héritier d’une longue tradition remontant au moins à  James Polk et Woodrow Wilson justifiant les expéditions militaires au nom d’une prétendue “destinée manifeste” des Etats-Unis. A peu près tous les présidents américains ont tenu ce discours sur “nous, défenseurs du monde libre” etc. Under God (bien sûr). Regardez un instant le discours inaugural de Kennedy, c’est ahurissant de proximité avec un Bush ou un Reagan des grands jours. Cela dit, derrière les paroles (qui moi me donnent souvent des frissons), il y a une réalité géopolitique (la liberté toussa, c’est beaucoup de blabla, dans les faits sa politique n’aura pas été aussi idéaliste que les néo-conservateurs l’auraient souhaité : les alliances avec l’Arabie, les pétromonarchies, l’Egypte, le Pakistan,… n’ont pas été remises en question, et les affaires avec la Chine se poursuivent en dépit des laogai et du totalitarisme du PCC). Bush parti, rien ne changera fondamentalement sur ce point (pas plus que sur tout ce qui caractérise – à  tort ou à  raison – la société américaine pour un Européen : le capitalisme sauvage, la peine de mort, les armes à  feu,…). En revanche, les méthodes devraient être plus proches de celles de son père ou de Clinton (davantage de respect pour ses alliés, pour l’Onu, les procédures multilatérales, peut-être plus de concessions sur l’environnement, Israël,…) : mais n’était-ce pas déjà  le cas sous son second mandat ? Car même si Obama devait être élu, ça ne changera rien pour les lecteurs du Monde Diplomatique ou les partisans d’al-Quaida (il y a eu pas mal de bouquins sur l’antiaméricanisme, d’où ressort l’idée que leurs actes ont finalement peu d’incidence sur leur popularité dans le monde, il y a d’autres causes plus profondes et aucun président américain n’y changera rien).

    L’élection de novembre sera cependant l’occasion de vérifier si le G.O.P., qui domine la vie politique et intellectuelle américaine depuis 30 ans, est effectivement en fin de cycle ou si les mid-terms de 2006 n’auront été qu’un heureux événement pour des Démocrates ayant finalement moins gagné que les Républicains avaient perdu.

    Je crois que le phénomène le plus stupéfiant de cette campagne électorale, pour ce que j’ai suivi, est à  quel point la guerre en Iraq semble avoir disparu des débats. Depuis que la “surge” semble réussir. Or c’était l’élément clé des élections de 2006. En fait, la dissatisfaction des Américains à  propos de l’Iraq illustrait moins une adhésion aux thèses des pacifistes/isolationnistes rejetant l’intervention contre Saddam dans son principe et ce depuis le début (les ailes extrémistes des deux grands partis) qu’une lassitude face à  l’accumulation de mauvaises nouvelles. Mais si la guerre en Iraq n’est plus l’issue majeure, il reste quoi ? L’économie ? Bof… Les “valeurs” ? Mwouais… J’ai l’impression que, comme souvent, ça va se jouer au niveau des personnalités de chacun des candidats (le jeune, la femme, le vieux compétent, le pasteur rigolo,…) et de leurs valeurs (genre le sens du devoir et de l’honneur pour McCain versus l’optimisme d’Obama), à  celui qui saura séduire les indépendants…

  6. 9 janvier 2008

    @Fleur: Au cas où tu ne connaîtrais pas déjà  Ludovic Monnerat… A part ça tu n’as vraiment pas un blog quelque part?

  7. Je tiens mes informations de la lecture de quelques articles. Je te recommande celui du New Yorker.

  8. 9 janvier 2008

    @Jules: Merci! Mais 2004…

  9. Fleur Delacour
    11 janvier 2008

    Merci, je suis une fidèle lectrice de Ludovic Monnerat depuis plusieurs années… Toujours à  propos de l’élection américaine, je te recommande cet article de The Economist tournant en dérision les premiers commentaires des media européens (heureusement qu’il y a internet).

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