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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Elections au Congrès américain

Certains de nos amis de Lieu Commun (en particulier Emmanuel et Phersu) ont consacré une belle énergie à  suivre et disséquer en direct les élections américaines… Moi j’ai passé l’âge: j’ai commencé en 1967 avec les législatives françaises que la gauche a failli remporter, ce que mon frère aîné reportant les résultats des circonscriptions au fur et à  mesure qu’ils tombaient m’a annoncé en exclusivité, avant les radios. Qu’est-ce que ça change, me direz-vous? Exactement. C’est comme ça que j’ai appris que Jospin était troisième en 2002 seulement le lundi soir!

Cela dit, je trouve que les blogueurs et la presse tendent à  exagérer le caractère catharsique pour les uns, catastrophique pour les autres[1], de la perte par les Républicains de la majorité à  la Chambre des représentants et au Sénat.

Il vaudrait la peine de comparer avec les titres et analyses qui eurent cours en novembre 1994: cette année-là , le fringant président démocrate élu deux ans plus tôt, avec deux Chambres de même couleur, réussit la performance de les voir toutes deux passer en main républicaine… Je suis persuadé qu’on n’a pourtant pas alors disserté avec terreur (ou délice) sur la défaite humiliante de Bill Clinton. Celui-ci fut d’ailleurs lui-même réélu deux ans plus tard. Au total, il aura passé les six dernières années de sa présidence de 8 ans avec deux Chambres républicaines. Bush lui ne passera que les deux dernières années de sa présidence de 8 ans avec un Congrès démocrate.

C’est que les Etats-Unis, comme la Suisse, mais contrairement au Royaume-Uni, à  l’Espagne, à  l’Allemagne (hors “grande coalition”) ou à  la France (hors “cohabitation”), n’ont pas un régime fondé sur une alternance confinant à  la dictature de la majorité, mais sur la collaboration/confrontation entre un exécutif et un législatif indépendants l’un de l’autre, et plus largement sur le compromis négocié entre des clivages multiples et superposés et non seulement le binôme gauche/droite. L’Irak peut bien avoir joué un rôle important dans le recul des Républicains, il serait faux de croire qu’il existe une majorité pour abandonner ce pays aux islamofascistes. Idem pour le Protocole de Kyoto: ce n’est pas seulement Bush qui est contre, c’est bel et bien une majorité du Congrès, après comme avant.

Une vraie question est de savoir si leur responsabilité accrue au Congrès va aider les Démocrates à  récupérer la Maison Blanche en 2008 ou non? Paradoxalement, il me semble que ce sera davantage le cas s’ils parviennent à  travailler dans un esprit bipartisan avec Bush qu’en assurant deux ans de blocage parlementaire de l’exécutif et d’initiatives parlementaires cassées par des vetos présidentiels. Mais le revanchisme ambiant s’y prête-t-il? Les zozos qui ont tenté, sans succès, d’empêcher la réélection de Joe Lieberman sont le principal obstacle à  l’élection à  la présidence de Hillary Clinton plutôt que d’un républicain, qui aura l’avantage décisif de ne pas être Bush…

Notes

[1] Alain Hertoghe de Carte de presse se laisse aller à  parler de Congrès “contrôlé à  100% par les Démocrates”, ce qui fait bon marché des moyens de la minorité de faire dérailler un débat (filibuster) comme du droit de veto du président, deux instruments qui forcent aux compromis.

2 commentaires

  1. Hildegard von Bingen
    12 novembre 2006

    Il semble cher François qu’après Blair, vos idoles soient jetées à  terre les unes après les autres. Ce pourrait-ce que le mensonge et la rapacité se brisent sur les intuitions du peuple ? Il semblerait que les grands démocrates en armures d’acier ne fassent plus recette ces derniers temps. Une parabole presque biblique sur la justice immanente. Même votre amie MH Miauton vient à  la curée dans sa dernière chronique. Dommage que n’ayez pas eu la bonne idée de la citer cette fois-ci…

  2. 12 novembre 2006

    Justice immanente dans l’Histoire: la volonté démocratique était plutôt favorable à  Mussolini et Hitler. Ce sont d’autres démocrates en armures d’acier qui ont renversé ces idoles-là . Idem pour l’Anschluss plébiscitée par le peuple autrichien. La Suisse donne aussi de bonnes illustrations du concept justice immanente. Dernier exemple en date: les nouvelles lois sur les étrangers et les requérants d’asile qui ont été soumises à  l’intuition du peuple.

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