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Multilatéralisme ou impuissance


Une action sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU est en général condamnée à l’échec

Tel est le sentencieux propos du président de la Confédération suisse, Joseph Deiss, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies: et en effet, une intervention en Irak dûment mandatée par le Conseil de sécurité, avec participation française, aurait créé un tout autre climat (en particulier sur ce champ de bataille crucial pour les démocraties, l’opinion publique). Comment? Ce n’est pas ce qu’il a voulu dire?…

Deiss ne cherche malheureusement pas à dénoncer l’impuissance des organisations internationales à prendre leurs responsabilités en temps utile, et à appeler aux réformes nécessaires. Aujourd’hui le Conseil de sécurité traîne sur le Darfour ou la menace nucléaire iranienne, naguère c’est la duplicité de la diplomatie française, forte de son droit de veto, qui menaçait la crédibilité de l’ONU en vidant de tout portée la résolution 1441 du Conseil de sécurité sur l’Irak, auparavant le Rwanda… Croit-on vraiment que le monde et l’Irak se porteraient mieux si les forces de la coalition qui s’assemblaient avaient fini de guerre lasse par se disperser (car évidemment ce ne sont pas les Français ou les Allemands qui payaient), Saddam était toujours au pouvoir avec son cortège de torture et de corruption, et, le Dr Blix ayant pris une retraite moins agitée, son successeur faisait de son mieux pour se battre contre les moulins à vents?

L’angélisme avec lequel on nous dit que la Suisse « n’entend pas soutenir d’interventions armées », et « préconise des actions collectives pour l’amélioration des conditions de vie partout dans le monde », est confondant.

C’est l’occasion de signaler que la présence d’un Suisse, le professeur Nicolas Michel, comme secrétaire général adjoint chargé des affaires juridiques, n’est hélas probablement pas étrangère au caractère à la fois suffisant et simpliste de la récente déclaration de Kofi Annan sur la prétendue illégalité de l’intervention en Irak (voir par exemple ici pour une réfutation)…

COMPLEMENT DU 22.9: En fait je suis plutôt « déçu en bien » du discours de Deiss devant l’Assemblée générale, hier (même si le compte-rendu est en réalité plus satisfaisant que le texte intégral [fichier PDF – 48Ko]!)… A demi-mot, il reconnaît que ce qui ne va pas (y compris à propos de l’Irak) c’est l’incapacité de l’ONU à intervenir. Restent deux défauts majeurs:

  • l’absence de toute référence à la démocratie et aux droits de l’homme, alors que ce qui fait l’originalité du projet onusien en 1945, c’est non seulement de vouloir organiser les relations internationales mais surtout d’avoir un contenu progressiste en termes de liberté et de justice, qui doit permettre d’aller beaucoup plus loin dans le droit d’ingérence humanitaire et démocratique: comme tout le monde et en bon démocrate-chrétien, Deiss ne parle que paix et lutte contre la pauvreté sans s’attaquer aux « causes profondes » que sont l’oppression, la corruption et l’économie planifiée;

  • la répugnance devant l’usage légitime de la force, présentée seulement comme un ultime recours et ne figurant apparemment pas au nombre des ressources dont il serait judicieux que l’ONU se dote.