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News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Les nécros du cardinal Lustiger (et d’Elie de Rothschild)

Les médias anglo-saxons consacrent traditionnellement une place notable à  des nécrologies, à  la fois plus nombreuses et plus fouillées que la presse francophone. C’est du journalisme finalement bon marché, dont on peut préparer l’essentiel dans un temps creux, qui rencontre l’intérêt des lectrices et lecteurs pour l’humain avant même l’invention du people et qui, pour la presse de qualité, permet de compléter le récit de l’instant présent par l’évocation historique voire l’approfondissement plus soigné qu’à  l’ordinaire des événements.

Est-ce un effet de la mondialisation? Il me semble que le contraste tend à  rétrécir[1]. Et Libération, qui dans le temps était l’exception capable de consacrer un numéro entier, de manière ébouriffante, à  un grand mort, est maintenant quelconque. Evidemment le fait que le sujet soit une personnalité de premier plan en France assure aussi une meilleure couverture: voir donc, pour Aaron Jean Marie Lustiger, avec quelques variations dans les détails qui intriguent tout au plus[2], Le Monde, Le Figaro, La Croix et Libération. La presse anglo-saxonne n’est finalement que marginalement plus complète, plus près des faits, avec The Daily Telegraph de Londres ou The New York Times. The Guardian est loin derrière. (Complément du 08.08: The Times de Londres choisit la voie doublement oblique du blog et de la publication de citations sur le site seulement).

Chez nos amis de Lieu-Commun, je ne sais si KoZ ou peut-être Authueil affûtent leur clavier, mais les Commentaires & vaticinations d’Hugues valent déjà  le détour.

COMPLEMENT DE GUILLAUME DU 08.08.07 A 18h10 – Pour ce qui est de la rupture, si on compare entre eux et deux à  deux les trois monothéismes, on trouvera chaque fois des convergences et des oppositions en matière de rupture.

A) L’Islam est d’abord une rupture avec un paganisme local. Du point de vue de la continuité, il a revendiqué un ancêtre commun, Abraham, avec le judaïsme, donc le christianisme. La révélation du Coran s’inscrit dans la continuité de la révélation des prophètes, y compris Jésus, dont elle est l’aboutissement. Les divergences ne peuvent être considérées comme une rupture.

B) Avant l’Islam, le judaïsme comporte aussi des ruptures fondatrices: Abraham est appelé à  quitter ses parents, c’est-à -dire le monde et l’environnement religieux (‘païen’, mais c’est un anachronisme) dans lequel il est né. De plus,

- la Loi donnée sous forme de 10 paroles sur le Sinaï se fait elle aussi dans un contexte 1) de rupture par rapport l’Egypte d’où le peuple d’Israël a été libéré; – une partie des préceptes rituels ont pour motivation la distinction par rapport aux peuples païens environnants.

C) Au départ, le christianisme n’était pas une rupture avec le judaïsme. Jésus pensait n’être venu d’abord que pour les Juifs, pour les ramener au Père. Mais l’hostilité juive à  l’encontre de la nouvelle communauté (pas seulement bien sûr) a poussé les chrétiens a incité ces derniers, dont Paul, à  faire du prosélytisme du côté des non-Juifs. Ceux qui représentaient le côté pagano-chrétien (Paul) ont dû, la mort dans l’âme, se résoudre à  prendre acte d’une rupture. Plus tard, les persécutés se sont faits persécuteurs.

Le rapport d’amour qu’entretiennent les Juifs avec les Ecritures me rend cependant incompréhensible la préférence qu’un Juif converti puisse donner au catholicisme sur le protestantisme. Par contre, s’il est attaché à  la dimension rituelle, il en trouvera beaucoup plus dans le catholicisme.

Notes

[1] Quoique: on peut comparer les nécrologies du baron Elie de Rothschild parues dans The Daily Telegraph le 07.08 déjà , ou The Times le 08.08, avec celle parue dans Le Monde du 09.08 (note actualisée le 09.09 à  11h35).

[2] Et une question irrésolue à  la découverte d’un élément qui ne m’était pas connu: ayant comme rarement été placé dans une situation de choix informé telle que les aiment les économistes, puisqu’à  partir du judaïsme il a découvert le christianisme d’abord par une famille et une Bible protestantes, pourquoi plus précisément a-t-il adhéré à  la variante (originelle certes) catholique romaine? Une partie de la réponse est probablement dans cette notion de continuité entre les deux confessions (alors que le protestantisme est une rupture même s’il se veut retour aux sources du christianisme). Soit dit en passant (c’est encore un tout autre débat), cette idée de continuité revient aussi à  les opposer radicalement à  l’islam quand il est de bon ton de traiter des « trois monothéismes » comme s’ils se valaient.

3 commentaires

  1. 7 août 2007

    Eh non, François. J’avoue ne pas suffisamment connaître le Cardinal Lustiger, au-delà  de ce que chacun sait de lui. La seule chose que m’inspirent ces départs groupés de grandes figures, c’est qu’il ne faut pas négliger de dire le bien que l’on pense des gens avant leur mort. On se précipite pour les louer après leur mort et se complaire à  verser quelques larmes, mais ils sont morts…

  2. 8 août 2007

    Moi non plus pas très inspiré. J’ai lu les nécros, elles reflètent bien ce qu’était Lustiger, un chef, un homme d’appareil doublé d’un intellectuel de qualité (sans être exceptionnel). Pour l’homme de Dieu, qui vit l’évangile au quotidien, il semble que ce n’était pas trop ça …

  3. Etienne aka Bashô
    8 août 2007

    « Le rapport d’amour qu’entretiennent les Juifs avec les Ecritures me rend cependant incompréhensible la préférence qu’un Juif converti puisse donner au catholicisme sur le protestantisme »… D’autant plus que Lustiger n’est pas l’exception, on peut aussi penser à  Edith Stein (élève de Husserl et canonisée il y a quelques années). Sa mère avait très mal accueilli sa conversion au catholicisme, le protestantisme d’accord mais « ça » ;-). Tout aussi intéressant: Bergson qui avait plus que de la sympathie pour le catholicisme, il le tenait pour l’accomplissement du judaïsme. A comparer avec Barrès, « gaulois pur sang », qui aimait bien le protestantisme car plus compatible avec l’idée d’une religion nationale. Ce qui le retenait, c’était l’austérité des temples. J’aurais une hypothèse: Les Juifs ont un rapport quasi-charnel avec les Ecritures, tout comme le catholicisme qui s’appuie très fortement sur l’Incarnation (l’Eucharistie, l’Eglise comme Corps du Christ…). Alors que le protestantisme a un côté moins passionnel, plus abstrait. Mais ce n’est qu’un avis de kto. ;-)

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