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Blair-Bush… comme Maudet-Longchamp!

Quand on tient un bon filon, on l’exploite, surtout en plein été. Après le scoop mercredi, puis le sel dans la plaie jeudi (en invitant les victimes des sarcarmes de Longchamp et Maudet à  réagir, mais l’article est payant), Le Temps prend de la hauteur et passe aujourd’hui à  l’analyse et à  la réflexion sur les blogs politiques; bienvenue aux lecteurs de l’édition électronique du quotidien qui ont cliqué sur le lien vers Un swissroll!

Mais Le Temps d’aujourd’hui aborde aussi un autre sujet qui m’intéresse: la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, telle qu’elle s’incarne en Tony Blair et George Bush (mais auparavant le prédécesseur de ce dernier, et là  les critiques étaient moins vives tant Bill Clinton est admiré en Europe). Il le fait d’ailleurs d’une manière subtile et nuancée, en rappelant aussi les précédents de Thatcher et Reagan ou Churchill et Roosevelt. La relation entre un « grand » et un « moyen » excite par nature les susceptibilités: ce n’est au fond que si les Etats-Unis étaient à  la remorque de la Grande-Bretagne que l’opinion publique de cette dernière serait pleinement rassurée, selon un mécanisme psychologique bien connu en Suisse entre Romands et Alémaniques.

Le dernier élément à  charge pour critiquer Blair à  ce propos, aussi bien dans la presse britannique que dans la presse internationale, est une conversation avec Bush capté par un micro indiscret lors du récent Sommet de Saint-Petersbourg. Les commentateurs ont donné l’impression que Blair était traité avec condescendance et adoptait une position plutôt obséquieuse. En réalité, comme chaque fois que des propos strictement privés de personnalités politiques tombent dans le domaine public (Bush signalant à  Cheney un journaliste hostile dans l’assistance: « He is a major league asshole », c’est un connard fini, John Major, alors premier ministre britannique, parlant des « bastards », les salopards dans son propre Cabinet), on découvre avec étonnement que les politiciens font la différence entre un discours à  la tribune ou une séance officielle et une conversation privée. Ils parlent entre eux comme vous et moi, dans un langage apparemment inconnu de ces journalistes qui font assaut de condamnations vertueuses parce que, bien sûr, ils bavardent et même pensent comme ils publient…

Les médias britanniques sont prêts à  mettre les moyens lorsque cela se justifie, comme on l’a vu avec la mobilisation des plus réputés experts de lecture labiale pour décrypter l’incident Matterazzi-Zidane. La politique est certes un domaine moins important, mais The Times s’est tout de même donné la peine de revenir, à  froid, sur la conversation Blair-Bush, avec une transcription complète (et complétée par rapport aux nombreux « inaudible » des premières versions)[1]. Il me semble qu’elle infirme clairement la thèse paranoïaque de la subordination et confirme, au niveau interpersonnel, la connivence profonde née de la similitude des objectifs politiques poursuivis sur les grands sujets de politique internationale (qui n’excluent nullement des différences d’approche).

Par exemple l’affaire du pullover. Des premières transcriptions, les journalistes ont donné l’impression que Bush se moquait de Blair en le remerciant du cadeau qu’il lui avait offert conformément au rituel des relations internationales (voire que Blair donnait dans la flagornerie en tentant de faire croire qu’il l’avait choisi personnellement). La réalité est plus prosaïque et d’un humour complice:

- Merci pour le pullover. Je suis sûr que tu l’as choisi personnellement…
- Je l’ai tricoté moi-même!

Autre exemple qui n’a, à  ma connaissance, été souligné nulle part. Bush vient de refuser l’offre d’un collaborateur qu’on lui prépare un texte pour son intervention finale lorsque la séance reprendra, car il a l’intention d’être bref[2]. Blair lui demande s’il compte mentionner la question des négociations commerciales en cours (le cycle de Doha, qui n’avait pas encore échoué). Et Bush lui répond:

- Tu veux que j’en parle? Pas de problème.

Ca ne fait pas de Bush le caniche de Blair, mais cela éclaire différemment la relation entre les deux hommes.

La conversation a aussi porté sur la situation au Moyen-Orient, avec des propos comme « que le Hezbollah arrête de foutre la merde » et « il est mignon », « oui, adorable » (Assad, le président syrien), jusqu’à  ce que Blair remarque le micro et le coupe, qui ne sont embarrassantes que parce qu’elles ont été rendues publiques, exactement comme les échanges entre Maudet et Longchamp. Dont j’aimerais tout de même souligner qu’ils se sont eux-mêmes rendus compte immédiatement qu’ils n’étaient pas adéquats pour un blog, puisque celui-ci a, en réalité, duré exactement 12 minutes: le collationnement de 26 courriels a été mis en ligne le 11 juin 2005 à  19h20 et la dernière modification date du 11 juin 2005 à  19h32. Leur maladresse (à  moins que, comme le suggère Guillaume Barry, cela relève de ce goût du jeu vertigineux qui me frappe en effet fréquemment chez les politiciens), aura été de le laisser en ligne après avoir décidé de ne pas donner suite à  cet essai.

Notes

[1] Impossible de retrouver le lien pour le moment, je compléterai dès que possible.

[2] Où ceux qui croient que Bush est stupide et ne fait que ce que Cheney lui dit découvrent qu’il lui arrive de parler sans notes…