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Alain Finkielkraut et l’intifada des banlieues

Quand j’ai lu, dans Le Monde de jeudi, les extraits d’une interview d’Alain Finkielkraut au quotidien israélien Haaretz, j’y ai surtout vu une parenté avec les thèses de Ludovic Monnerat. Et je me suis réjoui que ce débat puisse être porté en France même.

Il ne m’a pas échappé que l’expression du philosophe est un peu « brut de décoffrage ». Elle est impliquée, véhémente, provocatrice voire carrément maladroite et outrancière, là  où l’analyste suisse est distancié, nuancé, complexe. Ce n’est aussi qu’une interview recueillie par des journalistes, par nature circonstancielle et partielle, pas une réflexion développée et précisée au fil d’un blog, écrite par l’auteur lui-même. Il ne restait plus qu’à  souhaiter que le débat se concentrerait quand même sur le fond…

C’est évidemment le contraire qui s’est produit, avec l’indignation « politiquement correcte » du MRAP (mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, sauf erreur), complétée pour faire bon poids de l’annonce d’une plainte pénale pour incitation à  la haine raciale (ou quelque chose comme ça).

Finkielkraut a, je trouve, eu le bon réflexe en reconnaissant immédiatement qu’une pensée à  contre-courant peut d’autant moins s’accommoder d’une expression qui prête à  confusion. Ses excuses de vendredi, l’interview qu’il donne au Monde de ce dimanche, publiée sous le titre « J’assume », le retrait de la plainte du MRAP, devraient maintenant permettre à  ce qu’il dit vraiment d’être entendu. Du moins je l’espère…

COMPLEMENT DU 28.11 à  18h50: A lire ailleurs: Jules de Diner’s room, Pikipoki, Versac, Hugues de Commentaires et vaticinations, Eric Dupin

COMPLEMENT DU 29.11 (mieux vaut tard que jamais!): une traduction française intégrale du Haaretz en anglais.

7 commentaires

  1. 27 novembre 2005

    Il y a aussi quelque chose qu’on oublie dans les critiques parfois rapides qu’on peut faire de discours comme celui tenu par AF dans son interview donné à  Ha’aretz: c’est qu’il y a une attente extrêmement forte vis-à -vis de ces personnages « publics », dont les propos sont sytématiquement épiés puis décortiqués. Qui d’entre nous peut prétendre savoir toujours tenir la mesure des idées qui l’animent vraiment et ne pas connaître de par des émotions particulières de « dérapages »? Ca ne signifie pas que l’on doit laisser passer si l’on juge un propos incorrect (et certaines choses dites par AF m’ont aussi semblées très limites), mais il faut aussi savoir se rappeler qu’il est très facile de donner les bons et les mauvais points depuis son canapé, et même depuis son blog…

  2. 27 novembre 2005

    Bien d’accord avec toi. J’ai vu depuis que Versac est assez critique des citations du Monde

  3. 30 novembre 2005

    Le fait que tu cites Monnerat n’est pas anodin. On peut se faire ue opinion du bonhomme en lisant des propos fidèles à  sa ligne éditoriale, sur son blog. Tu sais, bien sûr, que cet homme est un haut militaire de l’armée suisse ? Qu’il était pour la guerre en Irak, et tutti quanti ?

    Si je fais cette dernière assertion, c’est qu’en réalité, toutes ces personnes, qu’elles aillent du militaire (Monnerat) au philosophe (Finkelkraut, Glucksman) combattent le trop simpliste rejet des Etats-Unis par les Européens; chemin faisant, ils ont versé dans le travers inverse, et se sont perdus dans une certaine haine du droit international et des valeurs démocratiques à  la base de l’Occident.

    Lorsque Finkelkraut parle de « haine des valeurs occidentales » dans l’affaire des banlieues, idée qu’il étend de facto au conflit entre Occident-Islamisme, il commet le même impair que d’autres intellectuels à  l’image de Huntington : il oublie des « détails ». Ainsi, la première guerre que mène l’Islam est contre le monde musulman. D’Indonésie au Maroc en passant par l’Arabie saoudite, les intégristes islamistes font plus de morts parmis les musulmans que parmis n’importe quelle autre religion dans le reste du monde. Ici, ce cher Finkelkraut, dans son soucis de dire merde au politiquement correct, semble oublier que les jeunes, très peu politisés et sachant à  peine à  quoi ressemble une mosquée, ne s’en sont pas pris aux symboles de la république.

    C’est un *manque d’identité*, et non une identité – musulmane – trop forte qui est à  l’origine de la crise.

    Le politiquement correct est certainement une réalité; mais sous prétexte de le combattre, on ne peut dire n’importe quoi.

  4. 30 novembre 2005

    Psykotik, merci de tenter de me dessiller sur Ludo… Mais, confidence pour confidence, je doit t’avouer que je suis aussi l’un de ces Européens partisans de l’intervention internationale en Irak. A vrai dire, je croyais que c’était évident sur ce blog (c’est le thème « sur le front« , en gros), et parmi les nombreux billets y relatifs je me permets de te recommander de commencer par celui-ci.

  5. 30 novembre 2005

    Je… je suis soufflé. Parce que si j’avais visiblement zappé toute cette partie ton blog (mais maintenant, je ne vois plus que ça :), je n’avais pas zappé ton CV. Ce qui m’amène à  te demander comment, bien que ce ne soit aucunement le sujet ici, avec ta formation qui va jusqu’au brevet, tu peux avoir été pour l’intervention ? L’Irak est en pleine guerre civile, la région, hormis la Syrie, n’a pas changé d’attitude : tout ça pour quel résultat sur le plan politique ? Toutes les prédictions ou presque sur les conséquences d’une telle intervention se sont réalisés. Et plus encore, comment le justifier… juridiquement ? J’ai rapidement parcouru les nombreux billets « sur le front », et je n’ai pas trouvé justification de cette position. Dis… tu voudrais pas créer un billet sur le sujet ? :)

    Ce qui malgré tout ne change en aucune façon ma position sur les assertions de Finkelkraut : il ne comprend plus ce qu’il se passe en France depuis belles lurettes, et croire que c’est la haine de l’Occident qui a mené des jeunes désoeuvrés de bouter le feu me paraît au mieux suspect. A moins que cette haine de l’Occident ne les ait aussi poussé à  immoler une personne, à  14 ans ? C’est de la violence totalement désidéologisée; il ne faudrait pas que notre propre idéologie nous fasse voir des choses qui n’existent pas, n’est-ce pas :)

  6. 30 novembre 2005

    Ah bon, les réfugiés, les épidémies, la guerre civile, tout ça? Moi je vois un Etat et qui se construit, et des vagues positives dans toute la région (y compris sur le conflit israélo-palestinien, alors que c’était le coup de dé le plus risqué et qu’on nous promettait l’inverse). Mais lis Monnerat régulièrement (et ce billet, en particulier, devrait te donner une autre image de ce que peut penser un militaire). Et non, je n’ai pas envie de revenir sur la justification en droit de l’intervention, qui me paraît assez secondaire; si tu veux vraiment creuser, il y a encore l’ancien blog d’août 03 à  novembre 04 et mes articles avant l’intervention pour Domaine Public et Le Temps (et le blog de Norman Geras)…

  7. 2 décembre 2005

    Je connais les positions du sieur Monnerat depuis, oh, 4-5 ans. A vrai dire, il est resté la référence, lui et ses prises de position sur checkpoint.ch, de ce que l’on aime pas chez un militaire. Sous le « on » se cache évidemment ma propre personne, mais des amis pourtant à  l’origine d’un think tank d’études stratégiques, donc n’ayant pas exactement tendance à  être virulant vis-à -vis des militaires. Mais passons, M. Monnerat n’est pas là  pour répondre.

    Je pense qu’on en reparlera de vive voix, mais je ne cesse d’être étonné lorsque je lis que « globalement, l’Irak va mieux », ou que, dans ton cas, « Moi je vois un Etat et qui se construit ». Cela interroge le principe de proportionnalité, que tu dois connaître sur le bout des doigts : tous les moyens sont-ils bons pour parvenir à  ses fins ? Aujourd’hui, l’Irak est enfoncé dans une guerre civile, est instable comme il ne l’a jamais été, connaît des attentats-suicides absolument ignominieux, et une flambée de l’intégrisme alors que, jusqu’en 2003, il y était immunisé. Peut-être que dans quelques années, le pays sera stabilisé, et il est vrai que les élections qui ont eu lieu ont globalement (malgré des sales dérapages :( ) été un signe encourageant. Mais on est en droit de se demander sur il n’y avait pas d’autre(s) méthode(s) à  mettre en oeuvre, et surtout si la méthode retenue n’a pas alimenté l’extrémisme sous toute ses formes.

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