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Austérité budgétaire, justice sociale et imagination

John Rentoul[1] a sur son blog le très long texte intégral d’une passionnante interview de Danny Alexander, le ministre du budget libéral-démocrate[2], alter ego du conservateur George Osborne, ministre des finances, donnée à  The Independent on Sunday.

Il faut préciser que j’appartiens à  cette curieuse sous-espèce politique qu’on appelle aux Etats-Unis les Balanced Budget Democrats et que je traduirais librement par les socialistes attachés à  la rigueur budgétaire; j’admets volontiers qu’à  la conviction politique que ce sont en définitive les défavorisés qui font les frais d’un laxisme que ses promoteurs croient volontiers « social », « généreux » voire « visionnaire », respectivement que ceux qui en ont le moins besoin se débrouillent pour en tirer profit[3], s’ajoutent certainement des éléments de morale protestante. C’est dire que je ne vois rien à  redire à  la critique par Alexander de la politique budgétaire des travaillistes avec Brown comme ministre des finances puis premier ministre et de la situation de déni dans laquelle le Labour est en ce moment.

Je ne sais trop que penser de l’assertion centrale du gouvernement de coalition que le Royaume-Uni aurait « the largest budget deficit in Europe, one of the largest in the world » (elle me paraît intuitivement douteuse même en se limitant aux démocraties post-industrielles) mais je n’ai pas de doute sur le fait que des mesures s’imposaient pour empêcher que la situation budgétaire n’empire, et ce qu’Alexander défend et explique du fonctionnement de la coalition à  cet égard est très intéressant.

Un point en particulier m’a donné à  réfléchir: sa défense du versement (que j’ai critiqué ici) de quelques prestations financières aux retraités sans considération de revenu. Pas tant son invocation d’une sorte de parole tenue à  l’égard de la génération précédente, mais son argument qu’en subordonnant la prestation à  une demande pour vérifier que le revenu des intéressés est inférieur à  un maximum fixé on retirerait ce montant aux 1,6 millions de retraités pauvres qui aujourd’hui omettent de solliciter une autre prestation à  laquelle ils ont droit; et il précise que le coût de la mise en place d’un régime de contrôle limiterait encore l’économie budgétaire que l’on pourrait en attendre.

Cela m’a presque semblé convaincant. Jusqu’à  ce que je me rappelle que les services du ministère des finances britannique[4] (et en particulier de l’administration fiscale) sont notoirement bureaucratiques, arrogants, inefficaces et peu imaginatifs[5]. Et une idée m’est venue que je voudrais tester ici: pourquoi ne pas, en effet, continuer de verser la prestation à  tous les retraités par simplification, puis ajouter au bordereau de l’impôt sur le revenu le remboursement intégral (ou mieux encore coulissant selon le système intelligemment prôné pour la nouvelle prestation sociale universelle, dont le montant décroît progressivement selon un taux fixe de 65% du revenu supérieur à  une limite fixée, jusqu’à  extinction) par ceux dont le revenu excède une limite fixée?[6]

On aurait ainsi un versement universel, donc évitant une procédure de demande qui génère des coûts de gestion et qui effectivement exclut dans la pratique des ayants-droit potentiels, mais un coût final inférieur et un résultat plus conforme à  l’idée que l’on peut se faire de la justice sociale. Mais peut-être y a-t-il quelque chose qui m’échappe, une objection évidente que je ne vois pas? Merci de me le signaler dans les commentaires.

Notes

[1] Un blairiste pur sucre étrangement égaré à  la rédaction de The Independent, dont je lis avidement le blog et propage de nombreux billets au travers de Google Reader via Buzz, Friendfeed et Twitter – mais on peut aussi s’abonner directement au flux

[2] Je ne sais pas ce qu’il en est du journal papier mais sur le site je ne trouve qu’un résumé insipide (suivi d’une liste de dix propositions de Rentoul sur lesquelles il vaut la peine de lire sur son blog ce qu’il en pense lui-même!).

[3] Une conviction regrettablement pas partagée par nombre de mes coreligionnaires!

[4] Mais n’est-ce pas le cas partout, de la même manière que les ministères des affaires étrangères sont partout conservateurs, peureux et défenseurs du statu quo quel qu’il soit? ;-)

[5] Leur ministre les a en particulier couverts quand ils ont, de manière typique, refusé d’envisager une démarche de renonciation volontaire à  la prestation que Cameron souhaitait – c’est le côté boy-scout, bisounours de la Big Society.

[6] Je ne parle donc pas ici d’inclure les prestations sociales dans le revenu imposable – une chose qui pour moi tombe sous le sens, un franc de revenu est strictement le même qu’il provienne du travail, d’une pension de retraite, d’un produit financier, d’une loterie ou d’une prestation sociale – mais bien d’ajouter au total de l’impôt dû (qui peut même être égal à  zéro) le remboursement en francs par ceux qui n’en remplissent pas les conditions de revenu de prestations financières dont l’Etat aurait en quelque sorte fait l’avance à  tous.

2 commentaires

  1. Bashô
    25 octobre 2010

    Faut-il préciser que quand G. Brown était Chancellor of the Exchequer, il y avait un premier ministre dont je me souviens plus du nom. ;-)

  2. 25 octobre 2010

    Lol, qui pourrait l’oublier?

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