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Mort de Pinochet: retour sur Allende

J’avoue avoir manqué de temps (et peut-être même davantage) pour publier le billet un peu iconoclaste que je méditais à  l’occasion de la mort dans son lit du général Augusto Pinochet, auteur du coup d’Etat chilien du 11 septembre 1973. Iconoclaste, pas tant à  son égard, évidemment, qu’à  celle du président renversé, le socialiste Salvador Allende, dont l’idéalisation dans la mort a été facilitée par les lunettes noires et autres traits caricaturaux du général. Et je me doutais bien que quelques phrases allusives n’y suffiraient pas, car il s’agit d’amener le lecteur à  intégrer des éléments qui rendent l’image mentale qu’il a des événements chiliens moins naïve, moins partiale — sans pour autant l’inverser purement et simplement: il ne s’agit pas du massacre de Katyn, en Pologne (dont la responsabilité a d’abord été imputée aux Allemands alors qu’il est maintenant reconnu qu’elle incombe aux Soviétiques) ou de l’accusation d’espionnage au profit de l’Union soviétique qui valut aux époux Rosenberg d’être condamnés à  mort aux Etats-Unis (longtemps tenue pour une erreur judiciaire, aujourd’hui reconnue comme entièrement fondée).

Mais voilà  que Sardanapale a fait le travail! Comme de surcroît c’est un blog de qualité qui me paraît ne pas être encore aussi connu qu’il le mérite, je ne peux que vous engager à  aller lire ce billet (complet, précis, nuancé), et les autres (pour quelque chose de complètement différent, celui-ci par exemple).

J’ajouterai quelques souvenirs personnels. Comme militant de gauche, je me suis réjouis de l’élection d’Allende; comme social-démocrate, il ne m’avait toutefois pas échappé, contrairement à  d’autres, qu’il n’appartenait pas au parti membre de la IIe Internationale (c’était le petit parti radical) mais à  un parti socialiste se voulant révolutionnaire alors même que le Chili pouvait s’enorgueillir d’une tradition démocratique bourgeoise de bon aloi qui devait exclure une telle approche. Et surtout j’étais parfaitement conscient qu’il n’avait recueilli que 36% des voix. Cela ne m’empêchait pas de vibrer à  une page de publicité parue dans Le Monde où la compagnie aérienne Lan Chile expliquait que sa caractéristique principale était qu’elle était « la compagnie aérienne du peuple chilien ». Tout en m’inquiétant du rapprochement avec Cuba, de la persistance voire du développement d’une approche conflictuelle, armée, de la part d’éléments de l’Unité populaire, de sorte que le coup d’Etat, même s’il m’indigna, correspondait à  une certaine fatalité, « ça devait mal finir ».

Suis-je trop optimiste? Même si l’image qui reste du régime Allende est sans doute trop positive par rapport à  la réalité, il me semble que ce qui est en définitive son échec a contribué à  rendre la gauche démocratique moins naïve, plus lucide. Après la révolution des oeillets au Portugal, par exemple, où elle a su se dresser contre la tentation révolutionnaire gauchiste. Un Lula au Brésil, lui aussi hors de la social-démocratie, a su ne pas répéter les erreurs d’Allende. Et est-ce que je me trompe ou, en dehors des altermondialistes, Hugo Chavez ne bénéficie pas, à  gauche, du type d’engouement dont Castro dans les années 60 et Allende dans les années 70 ont bénéficié?

COMPLEMENT DU 26.12 à  23h55 / 27.12 à  11h58: Pour mémoire, à  signaler aussi ce billet des Chroniques patagones que je lis avec retard. Et cet article de Jean-François Revel à  l’occasion du dixième anniversaire du coup d’Etat: Quand le général Pinochet a tué la démocratie, elle était déjà  morte… (via jb).

6 commentaires

  1. 24 décembre 2006

    to be or not to be être ou ne pas être membre de la IIe internationale n’est pas un gage parfait du clivage entre les bons et les méchants (socialistes, j’entends) à  ma connaissance Laurent Gbagbo est membre d’un parti affilé à  l’internationale socialiste ça le rend pas plus fréquentable pour autant

  2. 24 décembre 2006

    Lol, touché! Disons que c’est juste un indice, sous bénéfice d’inventaire (l’IS tend de plus en plus vers la proverbiale auberge espagnole)… Merci en tout cas pour le commentaire qui me permet de découvrir ton blog qui me paraît valoir la visite.

  3. 27 décembre 2006

    « Si les camionneurs paralysent le pays, ce n’est pas parce qu’ils reçoivent des fonds de la CIA, mais parce qu’on veut les empêcher de travailler. »

    Je note que ce n’est pas ce qu’indique la page actuelle de wikipedia :

    « and recently-released U.S. government documents confirm that the U.S. funded the truck drivers’ strike, 25 that had exacerbated the already chaotic economic situation prior to the coup. »

    Un autre « détail » non mentionné par Sardanapale :

    « Export income fell due to a decline in the price of copper on international markets; copper being the single most important export (more than half of Chile’s export receipts were from this sole commodity15). Adverse fluctuation in the international price of copper negatively affected the economy throughout 1971-2: The price of copper fell from a peak of $66 per ton in 1970 to only $48-9 in 1971 and 1972.16« 

    Citation de l’article du Guardian de 1999 :

    «  » » Chile was seen by the then president, Richard Nixon, and his secretary of state, Henry Kissinger, as a potential « second Cuba ». They decided, in the words of one cabinet member, to « make the Chilean economy scream ». «  » »

    Je n’ai pas de connaissance particulière sur le Chili en 1973 (je n’étais pas né lors du coups d’état), mais ou wikipedia est incorrecte sur le sujet (et la citation du Guardian erronée), ou les demystificateurs auto-proclamés présentant la vérité objective ne sont alors pas vraiment digne de confiance.

    Il est surprenant aussi que tous les points évoqués par les opposants au « mythe » sont « citation needed dans l’article wikipedia. Un exemple :

    « Allende’s own refusal to obey and/or enforce more than 7,000 Chilean Supreme Court and other legistlative rulings » => sachant que Allende a été au pouvoir de septembre 1970 a septembre 1973 cela fait 7 violation par jour calendaire (week-end compris) et une efficacité de la justice impressionnante, non ?

    Quelqu’un a une opinion plus informée ?

  4. 27 décembre 2006

    @Laurent: D’après ce que tu en dis, je craignais que l’article de la Wikipedia ne donne dans la légende sulpicienne, mais à  le lire ce n’est pas le cas: on y trouve bel et bien les éléments qui conduisent à  porter un regard critique sur la présidence Allende (ce qui n’exclut nullement un rôle pour les services secrets américains, évidemment). J’observe que ni Sardanapale ni Lucilio le Patagon ne reprennent le chiffre de 7000 violations que tu cites pour le questionner.

  5. 31 décembre 2006

    Oui le 7000 vient de la section « anti » de wikipedia, comme toute la fin de mon commentaire (désolé si ce n’etait pas clair).

    Que l’executif et le legislateur aient ete en conflit est évident, maintenant quels etaient les faits c’est autre chose.

  6. 1 janvier 2007

    Réponse à  Laurent (dont j’apprécie le ton mesuré du commentaire):

    - L’article de Wikipedia, j’en ai peur, donne bel et bien dans la légende.

    Il est faux de dire que les enquêtes parlementaires américaines concluent à  l’implication de Washington dans les grèves.

    Au contraire, elles disent explicitement qu’aucune conclusion dans ce sens ne s’impose (et ces enquêtent ont été menées par des adversaires de Nixons et le la CIA).

    La seule source cité pour l’assertion de Wikepedia est un article du Times qui contient le mot « allegedly », dont le sens paraît échapper à  l’auteur de l’article.

    Ceci dit, un tel financement américain – même en l’absence de preuve – n’est pas totalement à  exclude: la CIA a fait pire au Chili.

    Mais même si une telle intevention était confirmée, cela n’invaliderait en rien ma phrase: « Si les camionneurs paralysent le pays, ce n’est pas parce qu’ils reçoivent des fonds de la CIA, mais parce qu’on veut les empêcher de travailler. »

    - Laurent n’a pas tort de signaler la chute de la principale source de devises du Chili en 1973: mais celle-ci indique une fois de plus que les difficultés économiques du Chili n’ont rien à  voir avec les menées de l’administration US, laquelle n’avait aucune influence sur le cours du cuivre.

    - Les citations de Nixon et autres qu’il donne sont exactes.

    Je pourrais en citer de pires, notamment de Kissinger qui a dit qu’il ne faillait empêcher le peuple chilien d’amener le pays à  sa perte. Tout démocrate ne peut qu’être révulsé par ces propos.

    Tout ce que je dis, c’est que les complots américains – avérés – datent de l’élection de 1970, qu’ils sont donc bien ANTà‰RIEURS à  la crise économique et politique, qu’ils n’en sont pas la cause, et que la responsabilité écrasante dans la mort de la démocratie chilienne est due à  Salvador Allende.

    Cela, je le répète, n’excuse en rien ni le rôle de la CIA en 1970, ni celui de Pinochet, un fasciste dont j’ai dit dans un billet que j’irai cracher sur sa tombe.

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