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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Le web au secours de la chanson française?

Sous la pression du web, la presse est soumise à  la nécessité de se transformer. Des médias puissants et établis se retrouvent concurrencés par de nouveaux, en mesure désormais d’exister à  des coûts de production dérisoires. De nouveaux modèles économiques émergent.

Mais ce n’est pas vrai seulement pour les médias. Il se trouve que j’aime bien la chanson française, aussi bien les grands artistes consacrés que les découvertes au hasard d’une fête de quartier (c’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Sarcloret, devenu Sarclo, à  ses débuts, par exemple). Mais à  l’époque l’investissement à  consentir pour produire un premier disque / une première cassette / un premier CD (adaptez à  votre année de naissance) était considérable. Et ces difficultés ne touchent pas que les petits jeunes, quand je vois le retard considérable avec lequel sortent les CD d’une compilation de Henri Tachan dont les afficionados attendent toujours le volume 7…

Aujourd’hui, je découvre Jamendo (via Stéphane Brouilly): un site[1] récent (européen de surcroît) qui donne aux artistes, amateurs ou plus confirmés, la possibilité de mettre en ligne leur production (album réel ou virtuel) et à  tout un chacun de les écouter, d’en parler voire de faire un versement via PayPal. Entre l’ancien et le nouveau monde, je tombe sans chercher beaucoup sur un chanteur qui m’a l’air parfaitement respectable, Pascal Garry, dont les disques Vents de terre et Sans alibi sont encore matérialisés mais qui les fait connaître sur ce site.[2] Voir par exemple l’album Recyclage, de la « chanson française faite à  la maison », par Jess à  Grenoble…

Billet revu et complété le 03.12 à  16h30

Notes

[1] Qui a aussi un blog.

[2] Il ressort des commentaires que l’ancien monde ne se partage pas: il faut le larguer ou n’en avoir jamais fait partie pour participer au nouveau.

11 commentaires

  1. 3 décembre 2006

    « entre l’ancien et le nouveau monde » : votre expression résume parfaitement bien les choses. les virtualités, opportunités. et les difficultés.

    l’ancien : le « monde sacem » pour aller vite ; un monde où les auteurs font apport de tous leurs droits sur toutes leurs oeuvres de manière exclusive, à  une société de gestion de ces droits. qu’il soit bien clair que ces auteurs décident librement d’y adhérer.

    le nouveau : le « monde du libre/du net » pour aller vite ; un monde où les auteurs diffusent leurs oeuvres librement sur le réseau et ailleurs, autorisent copie, partage, dissémination. ils choisissent de plus en plus souvent pour cela les licences de libre diffusion (Creative Commons, Licence Art Libre, etc.)

    le problème : ces deux mondes sont actuellement totalement parallèles, étanches, incompatibles : les statuts de la sacem, acceptés par les auteurs qui adhèrent à  cette société (ou toute autre équivalente selon pays), leur interdisent de diffuser leurs oeuvres sur le net (dématérialisation) – seule exception, depuis début 2006 : écoute uniquement (streaming), sur leur site personnel, pourvu que ce soit un site totalement gratuit (ni pub ni quoique ce soit de commercial).

    pourquoi ces précisions : l’univers de la musique libre se voit de plus en plus confronté à  ce problème d’incompatibilité. il est impossible à  un musicien sociétaire de la sacem de publier certaines oeuvres en dehors de celle-ci ; il est – de fait – impossible à  deux musiciens, l’un sacem, l’autre sous creative commons, de collaborer, créer des oeuvres ensemble : soit l’un démissionne de la sacem, soit l’autre y adhère et renonce à  son choix de libre diffusion , etc…

    de plus en plus de musiciens sociétaires de la sacem désirent diffuser, mettre à  disposition leur musique largement (librement) sur le net. mais cela leur est statutairement impossible.

    il est, par exemple, – théoriquement, juridiquement – impossible à  pascal garry, effectivement parfaitement respectable comme vous le dites (et mieux que ça), mais également sociétaire de la sacem (1), de diffuser ses oeuvres sur jamendo.

    il est par exemple impossible à  jamendo – théoriquement, juridiquement – de diffuser les oeuvres de pascal garry.

    cela pose problème à  tout le monde : à  pascal garry, à  jamendo, aux rediffuseurs éventuels, à  vous et moi aussi…

    l’univers musique libre débat assez violemment de cela en ce moment, par exemple sur forum.culture-libre.net ; il y a des discussions sur des listes, entre musiciens, dans le milieu de la musique ; il y a par ailleurs, pour la France, une sous-commission, dite MADoo (mise à  disposition ouverte des oeuvres) du CSPLA (Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique) qui commence à  essayer d’ébaucher une étude de ces questions…

    mais les choses en sont là  actuellement… incompatibilité. impossibilité. illégalité théorique, renforcée bien sûr par DADVSI (à  bien épeler : Droit comme Arme de Destruction et Vassalisation au Service de l’Industrie)…

    je suis partie prenante de cet univers musique libre dont je parle. je suis co-fondateur de l’association « musique libre ! », présent sur le net depuis 2001 sur ces sujets, actuellement via dogmazic.net. nous discutons de ces questions avec la sacem (je fus auditionné par la commission MADoo évoquée), avec jamendo, avec l’Irma, etc, etc.

    mais il me semble de plus en plus qu’il y a des obstacles, « limitations de l’ancien monde », et autres confusions, qui rendent par trop impraticables certaines « possibilités » (pour vous citer encore)… et cela devient intenable. les musiciens, les auteurs, en sont victimes.

    c’est pour cela, parce qu’il y a ces impossibilités théoriquement et juridiquement infrangibles en l’état actuel, ces alternatives dilemmeuses, ces discussions, ces complications, que, le sujet affleurant sur lieu-commun via votre plume, je me permets d’apporter ces éléments de la situation et susciter la discussion.

    (1) les chansons « improbable chance », « photo fanée », « aux portes du désert », par exemple figurent au catalogue de la sacem..

  2. lkratz
    3 décembre 2006

    Merci bituur !

    Je viens de masquer les albums de Pascal Garry …

    Heureusement que tu es là  ! Vraiment tu nous sauveras tous.

  3. 3 décembre 2006

    @Bituur: merci de ces compléments passionnants! J’ai répercuté sur mes camarades de jeu en espérant que cela les inspirera… Si je comprends bien, c’est la SACEM qui devra soit avoir une vision moins possessive de son rôle, soit perdre des membres si elle persiste à  s’exclure du monde réel (mais les périodes de transition sont difficiles pour tout le monde!).

    @lkratz: bon, j’ai trouvé une illustration qui ne reflète que le « nouveau monde » cette fois…

  4. 3 décembre 2006

    @François : c’est effectivement en ces termes, de transition difficile que les choses sont posées. (la comparaison de la révolution numérique et la révolution de l’imprimerie, souvent faite, parfois corrigée ou discutée plus précisément, donne en tout cas une idée de l’ampleur des bouleversements..)

    @lkratz : ne nous méprenons pas sur le sens de nos discussions actuelles, s’il te plaît. les cimetières sont remplis de gens « heureusement qu’ils sont là « , et personne ne sauvera tous.. il ne s’agit bien sûr pas de ça.

    il s’agit de construire et établir un milieu économique et culturel de la musique qui soit satisfaisant et viable pour tous. musiciens, producteurs, éditeurs, public, amateurs, internautes, nouveaux intermédiaires que sont les radioblogueurs, webradios, tous co-créateurs de valeur, etc..
    cela avec internet, avec les licences libres, etc, en faisant droit, dans le respect des auteurs bien sûr, des éditeurs/producteurs ( = les intermédiaires ), ET du public aussi, aux droits de chacun précisément.
    le droit, la matière juridique, est essentielle pour vivre ensemble, et pouvoir agir, échanger, commercer, etc. mais le droit doit évoluer avec le vivre ensemble. sinon ce serait figer le vivre ensemble pour correspondre au droit intangible, ce qui est irrationnel.
    un article de Robert Boynton là -dessus porte le titre Righting Copyright (1) (intraduisible presque, ou qui perd forcément) : c’est parfaitement désigner la situation, la nécessité et l’objectif qui sont ceux d’aujourd’hui.

    car les conditions juridiques sont de plus en plus incontournables, avec l’insistance de plus en plus grande en tous domaines sur la « propriété intellectuelle », l’usage et parfois (souvent ?) l’abus de plus en plus constant, prégnant de celle-ci avec effets très concrets sur les habitudes et pratiques culturelles (regarder un film, acheter un cd et un lecteur cd – attention ! : gèrent-ils harmonieusement les drm ? – , etc.. rien que ces actes simples nécessitent de plus en plus des connaissances juridiques..).

    sur la pratique des musiciens, c’est pareil : les cas se multiplient de musiciens sacem et non-sacem travaillant ensemble : au niveau des droits d’auteur, avec l’impératif de dépôt de toutes ses oeuvres (juri. : apport exclusif de la gestion des droits de toutes ses créations) à  la sacem, c’est impossible (sauf à  quitter la sacem pour l’un, renoncer aux licences libres pour l’autre, bref l’un des deux doit renoncer à  sa liberté et souveraineté d’auteur quant au choix du régime de gestion qu’il entend utiliser).
    au détriment clair de la musique et des musiciens. voilà  pourquoi il y a matière à  réfelxion, à  débat.

    le web vient-il au secours, ou comme « l’étrangleur » (2) de la chanson française ? est-ce le web « l’étrangleur » ? quelles sont les conditions, structures, « étranglant » actuellement la diffusion, la dissémination de la musique ? on n’a pas fini…

    (1) R. Boynton : Righting Copyright: Fair Use and « Digital Environmentalism », Bookforum, feb-mar 2005.

    (2) cf. la phrase fameuse de Jack Valenti, « chef » de hollywood : la cassette video est à  l’industrie du cinéma ce que l’étrangleur de boston est aux femmes seules chez elles » : l’actuel discours amalgame sur les « pirates » est du même tonneau.

  5. Aristide Lequibey
    3 décembre 2006

    Cher François, je suis certain que vous avez déjà  déchargé toute l’intégrale de Ted Robert sur votre computer. C’est formidable le web non ?

    â–º Même pas! J’ai seulement le CD acheté après l’avoir entendu dans un café…

  6. lkratz
    4 décembre 2006

    Bon, désolé encore pour les griboullis sur ton blog, le choix de Recyclage est sympathique.

    Voir aussi le blog de Jamendo.

    – Laurent

  7. 5 décembre 2006

    En matière de découvertes helvètes, voir aussi le site mx3.ch qui sert de vivier aux radios nationales.

  8. stikalen
    6 décembre 2006

    Je tombe par hasard sur ce blog qui parle de Pascal Garry, et je m’aperçois en ne comprenant pas grand chose qu’un certain François Brutch le balance car être sur Jamendo n’est pas compatible avec le fait d’avoir de vrais cds…Qui de la sacem va mettre son nez et s’interesser à  Pascal Garry ?, ne peut-on pas laisser ces petits artistes talentueux LIBRE, ils sont là  pour faire du bien à  l’âme et on a besoin d’eux au maximum, pourquoi les baillonner sous pretexte qu’ils apartiennent à  un monde ou à  un autre, c’est ridicule!!! puisqu’il s’agit de liberté…quand je lis lkratz dire « bon beh puisque c’est ça je masque ses albums, nah! » « merci cher délateur » ça me fait un peu pitié! voilà  un petit coup de gueule.

  9. 6 décembre 2006

    @stikalen: si tu me relis tranquillement, tu verras que j’ai voulu citer Pascal Garry en exemple, et pas du tout le « balancer »… Son adhésion à  la Sacem, et toute la problématique de l’incompatibilité entre la Sacem et Jamendo, n’est apparue que par la suite, via le commentaire de Bituur (et comme je comprends la chose, il lui suffit d’en démissionner…). Et il m’a fallu trouver, avec Jess, un autre exemple de quelqu’un « qui fait du bien à  l’âme », non membre de la Sacem, qui peut promouvoir ses albums (sans même avoir à  les graver) grâce à  Jamendo.

  10. 7 décembre 2006

    Un article dans le Monde sur les rapports tendus entre Bercy et la SACEM :

    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0%402-651865,36-842670%4051-841829,0.html

    «  » » Dans cette étude de 170 pages remise au ministre par Maurice Lévy, président de Publicis, et Jean-Pierre Jouyet, chef de l’inspection générale des finances, le système de gestion des droits d’auteur de la Sacem est largement remis en cause. Il est question d’un système de flux financiers « opaque », d' »abus de position dominante », pour finalement dénoncer « Une gestion moins performante qu’à  l’étranger et un système qui manque de transparence de nature à  fragiliser le principe même de gestion collective. » « Un fonctionnement plus performant des sociétés de gestion de droits devrait asseoir la crédibilité d’un système dont l’équilibre économique et la transparence des procédures constituent un impératif ». M. Breton a annoncé dès lundi qu’il allait faire siennes « un certain nombre » des idées proposées dans ce rapport. «  » »

  11. 7 décembre 2006

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