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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Société: rien entre l’avis de naissance et l’avis de décès?

Les lecteurs de ce blog peuvent difficilement l’ignorer (même si je n’en tiens pas une chronique aussi exhaustive que Laurent de son mariage au Canada), mon état civil est récemment passé de « célibataire » à  « partenaire enregistré »[1]. Une journée inoubliable, pour un événement unique dans la vie[2].

Comme nous avions fait le choix d’une célébration et d’une fête partagée avec nos familles et nos amis, mais néanmoins intime (en tenant compte en particulier de l’obstacle géographique pour toute union binationale), nous n’avions pas envoyé tous azimuts un faire-part préalable[3], de sorte qu’il nous restait, tout naturellement, à  annoncer notre joie et notre nouveau statut à  tous ceux qui n’avaient pas pu être invités. Mais c’est bien à  cela que servent les avis de faire-part publiés dans la presse, non?

C’est à  cette occasion que j’ai découvert qu’au moins à  Genève ils ont disparu. Si Le Monde, ou les quotidiens de qualité britanniques, ont toujours (encore?) une page « Carnet » dans laquelle on peut, contre paiement, annoncer une naissance, une union, un décès (et même un anniversaire de naissance, de mariage ou de décès), tel n’est plus le cas dans Le Temps ou la Tribune de Genève. Les régies publicitaires de ces deux quotidiens m’ont chacune précisé que ma demande d’une publication dans une rubrique « Partenariat » identique à  la rubrique « Mariage » tombait à  faux en raison de l’inexistence de cette dernière!

Cela m’a plongé dans un abîme de réflexion morose sur l’évolution de la société: de l’étouffante communauté rurale où rien n’échappe à  tous, à  la foule solitaire où plus rien ne se partage. Cf. Bowling Alone et toutes ces sortes de choses.

A tort ou à  raison, je n’ai pas poursuivi avec Le Temps qui est un journal supra-cantonal (alors même que j’aurais pu, en toute mégalomanie, publier cette annonce dans Le Monde). Mais je me suis quand même étonné de l’attitude de la Tribune de Genève qui dans la stratégie du groupe Edipresse est LE quotidien local par excellence, dont la page des avis mortuaires est sans doute la plus lue et la plus utile. Sur mon insistance, on m’a alors proposé une rubrique dont j’avais noté avec horreur l’apparition il y a quelques années: « Coup de coeur », consacrée à  ce que l’on peut décrire comme des « messages personnels » rédigés dans un style « jeune », voire cryptique[4]. Rien à  voir avec le formalisme, pourtant simple et direct, de Prénom Nom & Prénom Nom ont la joie d’annoncer l’enregistrement de leur partenariat / la célébration de leur mariage le … à  …, suivi de leur(s) adresse(s) le cas échéant, dans une rubrique idoine.

annonce (détailFinalement, croisière aidant, c’est près d’un mois après l’événement que la Tribune de Genève a publié notre faire-part, selon une présentation qui manquait un peu de finesse et en omettant un surtitre « Partenariat » mais pas une mention « PUBLICITE » qui ne précède pas les avis de naissance et les avis mortuaires.

Parallèlement, tout à  la joie de prolonger l’événement et en possession d’une photo symbolisant parfaitement la cérémonie, nous avons imprimé et envoyé des faire-parts a posteriori qui nous valent de continuer de recevoir de touchants messages[5].

faire-part envoyéJe suis prêt à  me reconnaître un léger penchant à  l’exhibitionnisme prosélyte: en 1995, j’avais eu infiniment moins de peine à  faire publier par la même Tribune de Genève un faire-part de « Re-naissance », suivant les avis de naissance et selon le même graphisme, pour célébrer la transplantation rénale dont je venais de bénéficier. Mais dans l’ensemble, je crois qu’il y a quelque chose de profondément faux dans ce grand écart entre une obsession malsaine pour l’intimité, la vie privée, d’un côté, et, de l’ autre, le « moi je » solitaire et sans se soucier d’autrui du type télé-réalité. Entre les deux, c’est le lien social qui se détruit.

Notes

[1] Selon la terminologie de la loi suisse adoptée le 5 juin 2005 dont l’entrée en vigueur a été fixée au 1er janvier 2007, le temps d’adapter toutes les dispositions réglementaires d’application.

[2] Au moins la première fois! ;-)

[3] Avec l’invitation multicouches usuelle: la cérémonie (vient qui veut) / la verrée (vient qui est sur place ou est invité) / le banquet (s’y rendent les invités, qui s’éclipsent discrètement de la verrée).

[4] Usage de surnoms, forcément débiles hors contexte, ou des prénoms, de sorte que seul l’annonceur a la satisfaction narcissique de reconnaître son annonce avant de la signaler au(x) destinataire(s), qui n’est donc guère le public ou les amis non informés…

[5] Le plus over the top est probablement celui de cet ami qui nous dit que sa voisine (?) en a eu des larmes de joie! C’est aux Etats-Unis bien sûr.

13 commentaires

  1. 5 octobre 2006

    Hé bien, de quoi vous plaigniez vous : ils font de la publicité pour votre union, c’est ce que vous cherchiez, non ? :-)

    En tout cas, félicitations (again)

  2. 5 octobre 2006

    Alors, en Suisse, le partenariat est considéré comme un acte d’état civil ? Ce n’est pas le cas du PACS.

  3. 5 octobre 2006

    @GroM: Ben oui, exactement comme le mariage pour les hétéros… Le PaCS ne présente également aucun intérêt pour les couples binationaux. C’est pourquoi je me tue à  expliquer que c’est un sous-statut minable, en plus d’être hypocrite, dont la France en général (et le PS en particulier) devraient avoir honte ;-)

  4. Isabelle Roduit
    6 octobre 2006

    Arrêtez de jouer sans arrêt les victimes, c’est assommant !

    â–º Curieux: la même connexion IP a laissé en l’espace de 10 minutes ce commentaire ainsi que trois autres, sous quatre pseudonymes différents…

  5. 6 octobre 2006

    François, laisse-moi faire mon juriste 5 minutes: le PaCS n’est pas un statut, mais un contrat.

    Et pour ce qui est d’en avoir honte, je comprends ton militantisme, mais souviens-toi des obstacles qu’il a fallu surmonter pour l’obtenir. Si la société est maintenant prête pour le mariage homosexuel, vous le devez en partie au PaCS !

  6. 6 octobre 2006

    @GroM: « le PaCS n’est pas un statut, mais un contrat »: c’est bien ce que je lui reproche…

    « Si la société est maintenant prête pour le mariage homosexuel, vous le devez en partie au PaCS »: mais pas du tout! Le PaCS a représenté une régression (à  la fois sur le plan du contenu et sur celui de la reconnaissance qu’implique la visibilité), 10 ans (dix ans!) après l’introduction pionnière par les sociaux-démocrates danois du partenariat mettant à  disposition des couples de même sexe un institution identique au mariage pour les hétéros.

  7. 7 octobre 2006

    Pour les homosexuels français, comment parler de régression ? Leur situation ne s’est pas dégradée, bien au contraire.

    Tu sais très bien que la mentalité n’est pas la même, pour les questions de société, dans les pays comme la Hollande ou le Danemark qu’en France. Que le combat soit plus long chez nous n’est pas surprenant …

    Par contre si la France est prête au mariage homo, c’est sans doute au PACS que vous le devez, peut-être au mariage gay en Espagne, mais certainement pas au mariage des couples de même sexe au Danemark que la plupart des français ignore complètement …

  8. 7 octobre 2006

    Le mariage aussi tend à  devenir de plus en plus contractuel et de moins en moins institutionnel (cf. l’intro des Effets du mariage de Deschenaux / Steinauer / Baddeley). Et le partenariat reprend passablement d’aspects institutionnels du mariage, en particulier la dissolution, qui doit etre prononcée par le juge selon la meme procédure que le divorce (art. 29 ss et 35).

  9. samantdi
    9 octobre 2006

    François, je commente un peu en retard… bien qu’incapable d’argumenter des bienfaits ou méfaits du PACS, je dirais qu’il me permet d’argumenter face aux discours contraints ou même hostiles de mes élèves entre eux : « hé madame, lui c’est un pédé! » en remettant la discussion dans le domaine du droit : « il n’y a rien de répréhensible là -dedans, d’ailleurs il existe même un contrat que les homosexuels peuvent signer pour dire à  tout le monde qu’ils sont ensemble, c’est le pacs, tu en as entendu parler ? » et ça désamorce complètement les passions. On passe de la violence du non-dit, non-pensé, non-formulé à  un cadre qui « fait loi ». Et il m’est arrivé d’avoir ensuite des échanges très intéressants, même avec des gamins de 12 ans. Parce qu’il y en a toujours un qui finit par te dire : « ah ben oui, mes voisins… mon cousin… des copains du foot… » C’est un outil à  bâtir du raisonnement.

    Donc, vu d’où je suis, je trouve que c’est une bonne chose (même si ma vision est sûrement limitée)

  10. 9 octobre 2006

    @Samantdi: Bien sûr, mais ta démonstration pédagogique marche aussi bien si c’était un vrai partenariat pour les couples de même sexe, plutôt qu’un ersatz, que la majorité socialiste de 98 avait adopté, non? C’est cette lâcheté là  que je leur reproche, joint à  cet irrépressible besoin de réinventer – en moins bien – la roue alors que les législations introduites dans les pays d’Europe les uns après les autres selon le modèle danois étaient bien connues. C’est si la France l’avait adopté alors que les choses auraient été accélérées pour l’Europe du sud, là  où maintenant elle en est à  faire de la surenchère de rattrapage à  la remorque de Zapatero…

  11. 10 octobre 2006

    S’il m’est, avec un peu de retard, permis de faire mon linguiste : aux termes de l’art. 2, al. 3, LPart, ton état civil n’est pas « partenaire enregistré » mais « lié par un partenariat enregistré ».

    Sinon, s’agissant du PaCS : au moins, il n’y a pas eu création d’un contrat réservé à  une partie des citoyens en fonction de leur orientation sexuelle. Les « modèles » nordiques ont pour conséquence que s’unir revient à  indiquer son orientation sexuelle par son seul état civil, ce qui peut certes très bien convenir à  des militants comme toi (et moi), mais pas à  tous, et pas à  terme…

    J’oublais : et bien sûr, mes félicitations les plus sincères :>)

  12. 10 octobre 2006

    @Steve: le partenariat n’indique l’orientation sexuelle des protagonistes qu’autant (ou aussi peu) que le mariage…

    Plus sérieusement, vouloir la cacher (cache-t-on que l’on est homme ou femme, blanc ou noir?) relève de cette « obsession malsaine pour l’intimité, la vie privée » qui nie la société, la communauté humaine dont les individus font partie, et qui était le thème principal de mon billet.

  13. 13 octobre 2006

    Philippe Barraud, le journaliste réactionnaire mais écolo qui publie Commentaires.com, vient d’écrire ceci:

    Des privilèges pour les homos – Le Conseil fédéral vient d’adopter l’ordonnance qui met sur pied d’égalité couples mariés et partenaires enregistrés (PACS) en matière de prévoyance professionnelle. Ce privilège est toutefois réservé aux homosexuels: dans les couples non-mariés mais bêtement hétérosexuels, à  qui le PACS est interdit, le partenaire survivant n’aura pas droit aux prestations ordinaires. Faut-il changer de moeurs?

    La situation est évidemment la même pour les « couples non-liés par un partenariat enregistré mais bêtement homosexuels »… Leur « privilège » est d’avoir dorénavant le même choix que les hétéros: se lier par un statut officiel ou non, avec les effets qui en résultent.

    Et ça fera plaisir à  GroM de voir que l’acronyme PACS fait florès, même à  mauvais escient! ;-)

    Modifié le 13.10 à  9h30

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