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Churchill en statue dérangeante

Alison Lapper pregnantAu moins à  Londres ce n’est pas avec des sculptures abstraites qu’artistes et autorités provoquent l’homme et la femme de la rue. Il y avait déjà  eu la femme enceinte sans bras (et ce n’est pas parce qu’ils sont cassés: le modèle, Alison Lapper, était à  l’inauguration), sur Trafalgar Square. Ce week-end, c’est une statue de Winston Churchill qui suscite la polémique: elle représente le « vieux lion », reconnaissable entre tous, emprisonné dans une camisole de force! Mon voisin le député conservateur Nicholas Soames, petit-fils du grand homme par sa mère, n’est pas très heureux. Mais il ne s’agit pas d’un iconoclasme gratuit (comme cette fiction sur Tony Blair après Downing Street qui doit passer bientôt à  la TV et le voit bien sûr inculpé de crime de guerre…). L’oeuvre a été commandée par une association active dans la santé mentale pour illustrer ce que représente, pour ceux qui en souffrent, la dépression dont il est reconnu que Churchill était occasionnellement affecté.

J’en profite pour recommander une biographie récente de celui qui a été sacré par la public de la BBC « greatest Briton of all times », écrite par Roy Jenkins, ancien ministre travailliste avant d’aller fonder le parti social-démocrate, également ancien président de la Commission européenne: le regard subtil d’un historien qui a l’expérience concrète des fonctions politiques que Churchill a exercées (à  l’exception de premier ministre).

Ce qui précède aurait déjà  largement justifié ce billet si mon attention n’avait pas été attirée, en marge de l’affaire de la statue, sur ce lien présentant par le son, le texte et l’image l’un des grands discours de Churchill, il y a exactement 60 ans, le 5 mars 1946. Là  c’est la statue du commandeur qui n’a pratiquement pas pris une ride sur ce que doit être l’ONU, la lutte contre la guerre et la tyrannie et la nécessité de l’union des démocraties libérales: il ne faut pas le transposer de beaucoup pour y trouver l’alternative à  la funeste idée française d’un pôle européen distinct des Etats-Unis. Allez voir vous-mêmes, mais le discours fait 45 minutes (sans les compléments) et c’est de l’art oratoire à  l’ancienne!

8 commentaires

  1. 13 mars 2006

    Merci pour ces liens sur Churchill !

  2. 13 mars 2006

    Bonjour François,

    Quelle est exactement ton idée derrière ton reproche de la « funeste idée française d’un pôle européen distinct des Etats-Unis »?

    Tu veux dire que tu ne crois pas en l’efficacité d’une diplomatie dominée par plusieurs pôles différents (US, EU, et peut-être plus tard y aurait-il un pôle Asie?), mais plus une coopération de tous coiffés par une seule entitée (ONU?) ?

  3. @Pikipoki: Ce que je trouve funeste, c’est de ne pas voir que toutes les démocraties libérales ne font qu’un seul pôle. Ce que Churchill dit en 46 pour l’anglosphère (et il faut bien voir qu’à  l’époque c’est bien tout ce qu’il y avait) s’étend tout naturellement aujourd’hui à  l’Europe continentale (et fonctionne parfaitement avec l’OTAN quand la France ne met pas les bâtons dans les roues). On a vu avec l’Irak comment la division du front occidental par la France et l’Allemagne a conduit Saddam à  croire qu’il parviendrait à  s’en sortir et est, en définitive, responsable du fait que l’intervention a dû être déclenchée. Face à  l’Iran aujourd’hui ça se présente un peu mieux, mais à  vrai dire sans la confiance totale entre alliés qui devrait exister. Je ne crois pas à  l’intérêt d’une position distincte de celle des Etats-Unis, beaucoup plus à  l’influence interne (y compris en acceptant que les Etats-Unis ont en définitive le dernier mot), à  l’exemple de ce que Blair fait. Division diplomatique + montée du protectionnisme partout = danger!

  4. 13 mars 2006

    Je suis stupéfait par un tel aveu.

    Peut-être est-ce par fierté nationaliste déplacée, ou par nostalgie de citoyen-d’une-petite-nation-qui-ne-se-remet-pas-de-plus-être-grande, mais n’avoir d’autre horizon en politique que de sucer la roue des Etats-Unis me semble d’une tristesse avérée et d’un intérêt politique douteux. Nos intérêts peuvent légitimement diverger des leurs.

    Quant au « responsable du fait que l’intervention a dû être déclenchée », ça me fait carrément marrer. Bush et Blair avaient décidé qu’elle aurait lieu quelle que soit la position du reste du monde. Une autre raison de pas suivre inconditionnellement es Etats-Unis.

  5. @GroM: C’est ta stupéfaction qui m’étonne (et « aveu » me paraît inadapté). Mais il est vrai que tu ne me connais que depuis peu; moi j’avais déjà  deviné quelle position tu pouvais avoir à  ce propos. Personnellement je considère que ce n’est pas une raison pour ne pas rester en bons termes, même si ça peut en être une pour ne pas s’engager dans la vaine entreprise de chercher à  se convaincre mutuellement sur ce sujet…

    Mais cela ne devrait pas te dissuader d’écouter le discours de Churchill (il a même un mot aimable pour la France de mars 1946).

  6. 14 mars 2006

    François, ma stupéfaction est réthorique, et je ne cherche à  convaincre que tes lecteurs, ce qui me paraît être de bonne « guerre » :-) Je ne supporte pas la mollesse ambiante et estime qu’il est nécessaire d’avoir l’honnêteté de constater quand on a un désaccord (et ce désaccord-là  est fondamental, notamment en ce qu’il change notablement le modèle de la construction Européenne et des relations transatlantiques). Ceci dit, cela n’a rien de personnel !

  7. 14 mars 2006

    Piki, le risque objectif que je vois à  un tel système est celui du risque de voir ces blocs se confronter de manière agressive sur la scène internationale, comme l’Europe du début du siècle.

    Ceci dit, je n’ai pas de solution à  ce problème: à  partir du moment où il existe des entités indépendantes dotés d’intérêts distincts et potentiellement contradictoire, le risque de confrontation existe. Dans le même temps, le droit international n’offre clairement pas les moyens de limiter ces confrontations de manière efficace. Ceci dit, ce n’est pas pour ça qu’il faut se résigner à  suivre aveuglément les Etats-Unis, ou n’importe quel autre leader du « monde libre ».

  8. 17 mars 2006

    Honte sur moi, je m’aperçois que j’avais écrit un texte (assez long) sur le sujet au début de mon blog, et qui ne va pas tout à  fait dans le sens que j’ai indiqué ici en commentaire. Parfois je m’inquiète de mes difficultés à  établir mes convictions ! Si le coeur vous en dit… : http://piki-blog.blogspirit.com/archive/2005/10/20/unilateralisme-vs-multilateralisme.html

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