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News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Elections à  Genève: le cauchemar ou le rêve?

Dernière édition: lundi 12 à  19h50

Fantastiques résultats des élections parlementaires genevoises, que j’analyse ici à  chaud (pourcentages actualisés sur la base des des résultats définitifs de lundi à  15h40, j’ai déjà  corrigé ce lundi matin un malheureux lapsus sur le nombre de députés de la droite gouvernementale, pardon!):

  • La droite de gouvernement (libéraux-radicaux-PDC) voit sa majorité relative au sein du Grand Conseil s’éroder encore: 42 sièges sur 100 (auparavant 47); la gauche de gouvernement perd, elle, un seul siège, mais les Verts, 17 sièges (+1), devancent désormais les socialistes, 15 sièges (-2): tout un symbole.
  • Le grand vainqueur est le Mouvement Citoyen Genevois (MCG), parti populiste d’extrême centre par excellence: 17 sièges (+8) pour 14,74% (+7,01) des suffrages; deux sièges seulement sont pris au frère ennemi, l’UDC, 9 sièges désormais, 8,56% (-1,04) des suffrages. Un tel parti, promis aux coups d’accordéon, est une constante de l’histoire politique genevoise et ne mérite pas un excès d’attention.
  • Grâce au génie destructeur de Christian Grobet, la gauche d’opposition, qui rassemble pourtant 12,25% (-2,6) des suffrages, sera absente du parlement pour une deuxième législature consécutive: bravo, merci! :-) Il en résulte une surreprésentation relative de la droite et des populistes, puisque les suffrages ainsi perdus sont « redistribués » aux autres partis en proportion de leur taille.

Mais, dans le système politique suisse, ça n’a pas grand sens de raisonner à  la marge comme c’est le cas dans un régime parlementaire fondé sur l’alternance majorité/opposition: la combinaison

  • d’un parlement élu à  la proportionnelle, éclaté et à  la discipline partisane faible,
  • d’un gouvernement collégial dont les 7 membres sont élus individuellement et peuvent se haïr (et dont le positionnement politique réel n’est pas forcément celui que croient leur coreligionnaires, ou qu’ils adopteraient en public) tout en étant contraints de collaborer
  • et de la démocratie directe (davantage d’ailleurs comme menace perpétuelle pour la classe politique que pour les référendums et initiatives réellement lancés et gagnants en votation populaire)

conduit au contraire à  privilégier les convergences, la recherche de coalitions larges.

Il y en a plusieurs, et il faut bien sûr raisonner sur les suffrages (l’ensemble l’électorat) plus que sur les sièges recueillis par les seules listes ayant franchi l’obstacle du quorum de 7%:

  • La seule qui soit majoritaire, c’est celle entre les partis gouvernementaux de droite et de gauche: 64,46% des suffrages face aux 35,54% qui se sont portés sur des listes d’opposition (MCG-UDC-Solidarité/PdT-Grobétiens); mais elle a contre elle un obstacle psychologique non négligeable: le complexe « anti » (minoritaire, d’opposition, anti-droite d’une grande partie du PS et des Verts, anti-gauche ou anti-écolo d’une bonne partie de la droite); on sait par ailleurs que ce type de « gommage » de l’affrontement traditionnel droite-gauche nourrit plutôt les aigreurs de ceux qui se sentent exclus du système socio-politique qu’elle ne favorise leur insertion dans celui-ci.
  • De manière plus idéologique, il faut distinguer une « grande droite », intégrant à  la droite gouvernementale l’UDC (qui témoigne de la stabilité d’un électorat de droite qui ne se reconnaît pas dans les trois partis traditionnels, comparée à  la volatilité fantasque du MCG): mais cela ne représente toujours que 44,77% des suffrages, contre les 34,65% d’une « grande gauche » (Verts-PS-Solidarité/PdT) et les 20,58% de l’électorat flottant populiste (MCG-Grobétiens).
  • On peut encore, pour être complet, évoquer un éventuel « centre » de gravité Verts-radicaux-PDC qui représente 34,84% des suffrages; il ne peut rien tout seul et n’a, à  vrai dire, pas d’identité reconnaissable et qui ne soit pas mutuellement destructrice, mais est incontournable dans toute configuration majoritaire.

En conclusion:

  • Les cinq partis gouvernementaux devraient comprendre la nécessité de collaborer, ne serait-ce que pour marquer plus clairement ce qui relève de leur identité propre, ce qui relève du compromis qu’ils sont disposés à  passer entre eux (en s’unissant pour le réaliser contre les oppositions de droite et de gauche en une sorte de contrat gouvernemental de législature) et ce qui relève d’une zone plus floue: pas suffisamment central pour faire l’objet d’un compromis gouvernemental explicite, suffisamment symbolique pour faire éventuellement l’objet d’un affrontement dont le peuple sera l’arbitre. Il vaudrait la peine ici de prendre en compte le rôle particulier, charnière, de la législature qui s’ouvre, dans la perspective (il est vrai encore très floue) de ce que doit accoucher l’Assemblée constituante élue l’an dernier…
  • La partie de la gauche de gouvernement qui rêve de « grand soir », de « majorité de gauche », devrait se réveiller pour admettre la réalité: la gauche du centre promeut ses idées à  partir d’une position minoritaire, mais c’est le cas de tous les acteurs du jeu politique; elle bénéficie de sa position incontournable en étant avant tout crédible par la qualité de son travail et de ses représentants au Grand Conseil et au Conseil d’Etat (l’électorat de droite étant sociologiquement moins disposé à  envoyer ses meilleurs éléments gérer les affaires publiques).
  • La partie de la droite de gouvernement qui rêve de s’entendre avec l’UDC pour en découdre avec la gauche devrait réaliser que c’est une chimère: la gauche a bel et bien le potentiel de la défaire quand elle peut rallier l’électorat populiste, ce qui est toujours possible pour des objets concrets soumis en votation; l’électorat de la droite de gouvernement n’est lui-même guère idéologique!
  • Et bien sûr il faut s’attendre au retour de la « gauche de la gauche » au Grand Conseil en 2013: les meilleures choses ont une fin.

COMPLEMENT DE 22h: Je ne résiste pas à  compléter avec le commentaire lapidaire et sarcastique d’un connaisseur:

Pas de surprise, Genève fait ses boutons de fièvre cycliques, typique de l’adolescence politique dont elle n’est jamais sortie. A mettre en relation avec l’enquête sociologique sur l’identité genevoise dont Swissinfo a parlé il y a quelques semaines: Genève doute et s’interroge sur son identité.