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L’échec d’Obama

Avec la victoire d’Hillary Clinton dans l’Indiana se confirme la faiblesse intrinsèque de la candidature de Barack Obama pour l’investiture démocrate: comme un joueur d’échec ayant l’avantage mais incapable de conclure, obligé de concéder le nul. Par contraste, elle fait la preuve de sa capacité de résistance, d’offensive et de conviction, des éléments qui seront décisifs en novembre face à  John McCain.

Depuis 1964 (Johnson, après l’assassinat de Kennedy), les démocrates ne sont parvenus à  faire élire que deux présidents: Jimmy Carter en 1976 et Bill Clinton en 1992 et 1996[1], soit seulement 12 ans sur les quarante dernières années. Leur caractéristique commune: ne pas être conformes au moule traditionnel du parti démocrate, sudiste baptiste pour l’un, théoricien de la troisième voie pour l’autre. Hillary s’inscrit dans cette tradition (ces primaires difficiles l’y ont aidée plus qu’un couronnement, en rendant moins crédibles les éventuelles accusations de gauchisme, fondées sur un très lointain passé, que les républicains pourraient agiter contre elle).

Obama a probablement voulu lui aussi jouer le candidat différent, à  l’appel plus large, dépassant les clivages, ce qui lui a valu ses succès initiaux. Ce positionnement n’a pas résisté aux primaires et, face à  McCain qui est véritablement un candidat républicain atypique, il s’inscrit désormais dans le courant traditionnaliste du parti démocrate, incarné par les échecs de Hubert Humphrey, George McGovern, Walter Mondale, Michael Dukakis, Al Gore (qui s’était funestement distancé de Clinton) et John Kerry: il peut bien parler soft, ses votes au Sénat sont impeccablement « libéraux », donc ultra-minoritaires. Sa rhétorique met en transe ses adeptes: le problème c’est que ce sont les autres qu’il s’agit d’intéresser, et pour cela rien ne vaut l’expérience, les idées et les propositions, toutes choses qu’une candidature présomptueuse et prématurée ne peut fournir.

Le parti démocrate peut bien sûr céder à  ses démons et ne pas oser écarter la candidature d’un noir pour blâmer ensuite le supposé racisme des Américains pour sa non-élection[2]. Mais trois raisons au moins devraient l’amener à  trancher en faveur d’Hillary:

  • La démographie. C’est bien beau d’être un candidat « post baby boom« , mais c’est simplement un peu tôt pour cela, alors que les « pré baby boom » sont toujours là … Dans 8 ans ç’aurait été mieux. Autre élément démographique évidemment non négligeable: les femmes composent plus de la moitié de l’électorat. Il faut d’autre part souligner que le décompte des délégués est trompeur: pour la première fois ils sont élus à  la proportionnelle[3]. Obama a joué tactique, en visant en particulier les caucus. Mais son avance technique ne doit pas masquer le fait qu’en novembre c’est une autre règle qui s’applique: le vainqueur emporte tous les grands électeurs de l’Etat. Or Hillary a fait la démonstration de sa capacité à  être en tête là  où ça compte. Les super-délégués ne devraient pas avoir de mal à  voir où est l’intérêt du parti qu’il leur revient d’incarner lorsqu’un candidat n’est pas parvenu à  obtenir sur son nom la majorité absolue à  la Convention.
  • L’expérience. Obama est un pied-tendre, tout jeune sénateur (John Kennedy, lui, était un candidat jeune qui était un sénateur expérimenté). C’est pourquoi aussi il est tout naturellement susceptible d’être attaqué sur ses prises de positions politiques et associations qui ne sont pas du passé lointain; rien ne vient démontrer pratiquement qu’il aurait mûri, qu’il a réalisé autre chose dans l’intervalle. Là  aussi, dans 8 ans (à  supposer qu’il ait évolué) ç’aurait été mieux.
  • La politique. C’est évidemment plus subjectif. Mais que ce soit sur l’économie ou sur les relations internationales, les réflexes d’Obama sont dangereux alors que ceux de Clinton sont justes[4]. Et surtout, en novembre elle sera plus crédible face à  McCain que lui — ce qui ne veut même pas dire qu’elle l’emportera!

Autre billet sur ce sujet: « She did it! » (9 janvier 2008)

Une version de ce billet, actualisée après la Virginie, est publiée dans les pages Eclairages du quotidien Le Temps du vendredi 16.05.08

COMPLEMENT DU 07.06 à  16h50: J’ai souvent des réserves à  l’égard de Spiked (un point de vue qui se veut provocateur de gauche, mais sans l’humour qui caractérise le courant symétrique à  droite), mais Guillaume qui les suit me signale un article que je ne peux m’empêcher d’apprécier: Hillary Clinton: a man in a woman’s world.

Notes

[1] Les présidents républicains élus (pour 28 ans de pouvoir): Richard Nixon (+ Gérald Ford), Ronald Reagan, George Bush Sr, George Bush Jr

[2] Même si le racisme n’est pas toujours où l’on croit, quand l’électorat blanc se partage entre Clinton et Obama (ou McCain et Obama) alors que l’électorat noir vote monolithiquement Obama — voire, plus largement, démocrate, entretenu dans un clientélisme victimaire. Comme la première femme premier ministre a surgi en Grande-Bretagne du parti conservateur, c’est plutôt l’élection d’un président noir républicain qui attesterait enfin du dépassement de la problématique raciale.

[3] Un signe du nombrilisme des démocrates, qui semblent avoir oublié à  quoi servent les primaires!

[4] Le dernier épisode sur l’Iran est typique: à  une question théorique sur une attaque nucléaire iranienne d’Israël, Clinton a offert la seule réponse acceptable en terme de dissuasion, la riposte nucléaire sur l’Iran. Qu’Obama ait cru devoir s’en écarter, trouver cela très excessif et pour tout dire « bushiste » signifie deux choses: il n’a pas compris qu’il était dans le contexte d’une question théorique dont il s’agit de montrer que l’on veut éviter qu’elle se pose; voire, plus grave, il s’est placé dans la position pratique d’avoir appris qu’Israël est rayé de la carte et n’en est pas plus ému que cela.

17 commentaires

  1. 7 mai 2008

    … hmmm intéressant, d’autres y voient plus la confirmation f’Obama, et le fait qu’Hillary devrait bientot jetter l’eponge, peut etre fin mai… (cf Le Monde).

  2. C’est marrant, mais j’ai une interprétation diamétralement opposée du même résultat…

    On a affaire à  un candidat supérieurement intelligent, qui a parfaitement analysé les règles du combat, et qui a su les tourner à  son avantage, alors qu’il partait contre un adversaire qui avait pour elle toute la machine du parti démocrate (élus locaux, notamment). La campagne d’Obama est, toujours à  mon humble avis, un modèle de stratégie : écrabouiller l’adversaire quand il est en position de faiblesse, limiter la casse dans le cas inverse, étouffer lentement (et discrètement) l’adversaire, sans en avoir l’air, pour garder une image « au dessus de la mêlée ». Sun Tzu aurait adoré.

    Il a eu énormément de chance, aussi, dans les maladresses de son adversaire. On oublie trop qu’au début du combat, Mme Clinton avait une portion significative du vote noir. C’est quand elle s’est mise à  les insulter (« ouais, mais évidemment, ils votent pour lui parce qu’ils sont noirs ») qu’ils sont passés à  plus de 90 % pour M. Obama. Pareil quand elle a insulté les petits états et les états du centre (« ouais, mais ce qui compte, ce sont les grands états »… c’est mal passé). Mais l’erreur la plus flagrante, c’est qu’elle n’avait pas prévu de faire campagne après le 5 février, persuadée qu’elle était de remporter la nomination ce jour là . Le temps qu’elle se reprenne, son adversaire avait gagné toutes les primaires entre le 5 février et le 4 mars, prenant là  une avance irratrapable.

    On a donc un champion en stratégie d’un côté, et de l’autre une candidate qui se bat jusqu’au bout, héroïquement… mais qui accumule les erreurs stratégiques, ce qui l’oblige, justement à  devoir être héroïque.

  3. 7 mai 2008

    Ouh… C’est pour le moins à  rebours des derniers échos français (Le Monde, Libé,…) de cette campagne américaine. Cette analyse rejoint un peu celle, plus lapidaire, de William Kristol je crois, disant que si Obama faisait une meilleur campagne, Hillary Clinton faisait une meilleure candidate. Je ne suis pas loin d’être d’accord : Obama me parait moins apte à  fédérer au-delà  son propre camp mais, contrairement à  toi je pense, je le déplorerais plutôt.

  4. 7 mai 2008

    Tiens, je viens de lire la tribune de l’excellent Timothy Garton Ash qui ne me semble pas très éloignée de ton point de vue.

  5. @Vonric: évidemment, si elle devait jeter l’éponge (on invoque aussi des raisons financières), là  tout serait vraiment foutu! Moi ce que j’espère c’est qu’elle tiendra jusqu’au bout et que les super-délégués maîtriseront leurs nerfs, sans céder au sentimentalisme.

    @N.Holzsuch: oui, je suis d’accord, il a joué tactique… Mais cela fait-il un bon candidat? Il ne s’est pas imposé, c’est ça son échec. Et peut-il battre McCain? C’est ce dont je doute, alors que c’est loin d’être exclu pour Hillary.

    @Aymeric: pour les médias français, lol, j’avais bien ri quand Le Monde avait, au moment de la victoire de Clinton en Pennsylvanie qui pour moi a signé l’échec d’Obama, titré en premier page sur l’Obamania en France (comme si ça allait aider!). Je ne partage pas ton enthousiasme sur Garton Ash en général, même si cet article amène des éléments intéressants, merci! Sur Obama personnellement, j’en attendais beaucoup de bien, mais j’ai honnêtement été très surpris qu’il présente (déjà ) sa candidature à  présidence, et contre Clinton, alors que sa voie était toute tracée: vice-président, puis successeur. Et il me déçoit: c’est de la vieille gauche dans un habit New Age (sur le libre échange, p.ex), pas l’avènement de quelque chose comme l’a été la troisième voie (qui n’est pas encore épuisée, loin de là ). Même sur l’Irak je pourrais comprendre un discours totalement anti-intervention s’il s’accompagnait d’une approche différente de la menace islamiste et de la solidarité avec les peuples victimes de dictateurs, mais non c’est l’usuel pacifisme isolationniste des nantis, qui ferait honte à  John Kennedy.

  6. 9 mai 2008

    Intéressant de lire cette analyse à  contre-courant des médias qui, de mon point de vue, me paraissent complètement acquis à  la cause d’Obama.

    De là  à  dire que Mme Clinton est atypique, il y a un pas…

  7. Yom
    11 mai 2008

    Je vous trouve un tantinet de mauvaise foi de parler de la « victoire » de Clinton en Indiana et de titrer votre article « Echec d’Obama ». Vu le mode d’élection, il n’y avait aucun enjeu autre que symbolique à  une victoire, c-a-d à  faire 50.01% plutôt que 49.99% en Indiana (et avec 51% elle n’a de fait que 4 délégués de plus). Et le symbole, quand les sondages annonçaient un meilleur score et que la candidate est en échec dans d’autres états, est léger. Le bilan des primaires du 6 mai est clair, c’est une victoire d’Obama avec un gain global de 13 délégués.

    Votre article aurait été certainement pertinent il y a quelques mois, mais maintenant Hillary Clinton est un peu dans la position d’un 2e du tour de France à  5 min du maillot jaune la veille de la dernière étape en plaine. Obama a 170 délégués d’avance alors qu’il ne reste plus que 448 votes de délégués à  déterminer (source NY Times). Aujourd’hui à  moins d’un coup de théatre, d’un vote à  plus de 80% des superdélégués non encore déclarés pour Clinton ou d’une validation des votes du Michigan et de Floride, Obama est assuré de la victoire.

    Je pense qu’un tel coup de théâtre est très improbable et serait désastreux pour les démocrates. Je n’ose imaginer les interprétations qui en seraient faites: choix de l’establishment contre le peuple, des blancs contre les noirs, etc.

  8. @Yom: Mais le but de mon billet est bien de montrer que la question n’est pas le résultat littéral, en nombre de délégués acquis à  l’une ou à  l’autre: Obama pas plus que Clinton n’est en mesure d’obtenir la majorité absolue au travers des primaires. Son échec est là , il ne gagne qu’aux points, sans parvenir à  s’imposer de manière décisive. Il est aussi (mais ça c’est évidemment mon analyse qu’on est libre de ne pas partager: on verra le cas échant en novembre!) dans le fait qu’il n’est pas, il n’est plus en mesure de rassembler une coalition gagnante pour battre McCain. Ca reste en revanche le cas de Clinton (en tout cas plus que pour lui). D’où ma position que, si les super-délégués ne sont pas fous et ne cèdent pas à  l’euphorie sentimentaliste (et résistent à  l’insidieuse pression de se déclarer publiquement prématurément), ils devraient faire en sorte que Clinton soit la candidate du parti. Je vois bien ce que vous dites sur l’interprétation (même si je la récuse), mais je vous retourne la question: entre Obama battu en novembre, Clinton élue en novembre voire même Clinton battue en novembre, le pire n’est-il pas d’envoyer Obama au casse-pipe?

  9. Yom
    12 mai 2008

    Je ne vois pas sur quoi vous vous basez pour dire que Clinton a plus de chances qu’Obama de gagner en novembre. Je ne vois non plus en quoi choisir Obama serait être fou et céder à  « l’euphorie sentimentaliste ». Les défauts que vous lui mentionnez sont réels mais ne me paraissent pas insurmontables.

    De toute façon, depuis sa « défaite » du 6 mai, les jeux sont faits. Clinton ne peut gagner que si elle fait parmi les super délégués non encore déclarés au moins 80% ou 90% des votes. C’est à  mon avis une hypothèse tout à  fait invraissemblable. Il y a d’ores et déjà  266 (plus d’un tiers) super délégués qui ne partagent pas votre analyse, d’autres vont suivre…

  10. Yvette Jaggi
    12 mai 2008

    Passablement surprise par tes certitudes et positions. Dans le cas des complexes campagnes prélables à  la désignation des candidats officiels des deux grands partis, l’arithmétique électorale est plus que jamais une science inexacte. Restent donc les impressions et images, aussi claires les unes que les autres: Hillary Clinton s’accroche rageusement, Barak Obama avance avec aisance. Et comme pour abréger les souffrances de leur parti, les grands électeurs et autres pontes démocrates se rallient toujours plus nombreux à  l’oriflamme du sénateur de l’Illinois. Charge à  lui de rassembler les troupes dans les meilleurs délais et de battre Mcain le 4 novembre prochain, veille de la sortie du James Bond N° 22.

  11. @Yvette: Disons que si ça avait été pour dire la même chose que tout le monde, je ne suis pas sûr que j’aurais écrit un billet… L’aisance n’est pas tout, la question véritable c’est l’électabilité (et non l’éligibilité, comme dit Le Monde, l’air de suggérer que certains remettent en cause l’égalité des droits civiques!). Si Obama est désigné, on verra on novembre s’il est élu (j’en doute, et dans quel état alors sera le parti démocrate? Cela dit sa chance est que McCain, bien que redoutable par son positionnement, est un candidat sujet à  maladresses) voire quel président il sera (je ne demande qu’à  être déçu en bien!). Je maintiens que la nouvelle règle de la proportionnelle pour la désignation des délégués à  la Convention démocrate est une idée funeste.

  12. cars
    15 mai 2008

    Je trouve l’analyse de François Brutsch, pseudo technique et non objective, quand bien meme, la réalité se passe de commentaires. J’en viens meme à  me demander si ce n’est un racisme viscéral qui sort de vos entrailles tellement c’est flagrant…au point de dire que les noirs votent monolithiquement OBAMA !!! L’amérique est une terre de communautés avec une origine et une histoire différente les unes des autres bien qu’étant tous citoyens américains. La politique de ces 5 dernières années à  troublé la visibilité et la confiance de bons nombre d’américains au point que les critères raciaux et ethniques évoqués pour minimiser OBAMA n’ont pa suffit à  faire disparaitre l’espoir né de la candidature de Mr OBAMA. Et que dire de ce soutient financier !!! pres de 30 millions de dollars de différence entre les deux candidat ? cotisation majoritaire de l’électorat noir ? C’est ne pas respecter le libre arbitre des citoyens américains quelque soit l’analyse intellectuelle qui en est faite. L’avenir nous dira…

  13. 16 mai 2008

    il est certain que quand on exacerbe les tensions raciales comme le fait très bien hillary , on risque de monter le mouton noire à  abattre . je pense que cet état était et reste difficilement gagnable pour Obama . Cependant la compagne est longue et peut être que d’ici là  les choses vont évoluer n’oublions pas qu’on sortira de 8 ans de bush donc même un an démocrate pourrait l’emporter

  14. mike
    16 mai 2008

    Cher ami, Grande méconnaissance de la mécanique électorale US. Il est vrai que c’est une manière d’exister de ne pas pouvoir se rendre à  l’évidence et d’aller à  contre-courant. Non seulement il n’y a plus aucune chance pour Hillary, vraie hystérique du pouvoir (sauf assassinat ou autre cata..) mais de plus Barak pourrait bien représenter la dernière occasion heureuse pour la grande ile paranoïaque fascisante… avant longtemps. Le pire est à  venir anyways vu les habitudes prises par les ricains. Bref votre tiédeur toute helvétique me glace.

  15. tag
    16 mai 2008

    J’ai lu toutes sortes de commentaires sur le duel démocrate (Blogs canadiens, américains, français,…), mais, cher François, là  on franchit un palier dans l’absence de probité intellectuelle. Le seul mérite de votre billet, c’est d’avoir mis à  jour une haine viscérale de Barack Obama. Si je vous résume donc, Obama, tout en menant la course à  tout point de vue, n’a aucun mérite: il n’en est là  que parce que les noirs votent « monolithiquement » pour lui, que les américains blancs ont trouvé en lui un moyen de se racheter une bonne conscience et que les super-délégués sont tous stupides. Et bien sûr, Obama est un petit rêveur romantique qui a tort de penser qu’il n’est pas indispensable de menacer de rayer de la terre tout pays qui aurait le malheur d’entrer en conflit avec Israël. Selon votre raisonnement, les primaires sont organisées dans tous les Etats, mais le résultat n’a aucune importance. Ah, j’oubliais: avoir élaboré une stratégie qui a permis de gagner contre la candidate « inévitable » du parti avant le début des primaires, est le meilleur moyen de perdre contre John McCain. Conclusion de votre analyse: Pile, Hillary gagne, Face Obama perd. Non, François, vous prenez juste votre désir pour ce que devrait être, à  votre sens, la réalité. Tout d’abord, il n’y a que 12% de noirs aux USA et il va de soi que même s’ils votent à  100% pour lui, il ne peut gagner. La réalité est que les américains ne raisonnent pas comme vous en se fondant uniquement sur un critère racial; ils ont écouté les 2 candidats et ont librement choisi. En ce qui concerne les super-délégués, je pense que vous avez beau être un fin analyste, ils connaissent mieux que vous le parti démocrate, le fonctionnement de la politique et les élections américaines, et il n’est pas déplacé de penser qu’ils font leur choix en cohérence avec leur désir de victoire le 4 novembre. Et dites-moi en quoi une candidate qui n’a pas été capable de gagner le vote dans son propre camp est plus qualifiée pour gagner contre le candidat de l’autre parti? Si j’étais provocateur, je vous dirais « Parce qu’elle est blanche et l’autre est métisse dans un pays à  12% de noirs? ». Ah, j’oubliais: l’autre raison de la victoire de Obama est le mode de scrutin. Si le mode était celui des républicains, Hillary aurait gagné. Les règles me semblent pourtant les mêmes pour tout le monde et on ne peut pas dire qu’Obama était le favori au départ. Et savez-vous qu’avec des « si », il n’y aurait pas eu de guerre en Irak et Guillaume Tell serait encore parmi nous? Et si la vraie raison de la situation actuelle était tout simplement qu’Obama a su prendre de la hauteur lorsque Mme Clinton se livrait méthodiquement à  de basses attaques, aidé par son mari, jouant sur la fibre raciale, élaborant des publicités qui interpelle la peur des électeurs (le coup de fil à  3h du matin, l’image de Ben Laden, etc.) et exploitant opportunément la moindre polémique qui touchait Obama (l’affaire du pasteur Wright, Obama l’élitiste, etc.) tout en mentant de façon irrefutable. A mon sens, Mme Clinton doit sa situation actuelle à  la fois au charisme certain de son adversaire et à  une série d’erreurs dont elle est l’unique responsable et qu’apparemment aussi bien les électeurs que les super-délégués ont su relever, sans oublier l’erreur stratégique majeure de croire que le super-Tuesday aurait suffit à  vaincre tous ses adversaires. Quant à  la fameuse « expérience », vous avez dû noter, comme tout le monde, que la publication de l’agenda de Mme Clinton de 1992 à  2001 a montré que ses seules véritables expériences ont essentillement été d’être la femme du président et un échec indubitable à  mettre en place un système de couverture santé. Et vous avez bien tort de présenter Obama comme un parvenu sans grand mérite: ce bonhomme a fait de brillantes études à  Harvard et, entre autres, a eu la sagesse de s’opposer à  la guerre en Irak pendant que son adversiare actuelle se trompait lourdement sur une question aussi majeure. Pour finir, je dois vous dire que votre vision de l’avenir proche du parti démocrate ne m’inquiète pas et ce dernier devrait s’en passer sans aucun risque. En effet, en sachant que vous étiez l’un des inspirateurs du parti socialiste suisse, on comprend aisément l’état lamentable de cette formation politique aujourd’hui. Mais on ne discute pas ici de l’état du parti socialiste suisse.

  16. Frank
    16 mai 2008

    Bonjour, J’ai lu et relu votre « analyse » publiée dans le quoitidien « Le Temps » du vendredi 16 mai. Puis, j’ai visité votre blog pour m’assurer que votre texte sur papier est conforme à  l’original (blog). Je ne puis m’empêcher de vous dire que c’est effroyable de lire une pareille prose pondue par un intellectuel dit de gauche, ancien parlementaire de surcroît. Vous avez le droit de désirer fortement la désignation de Mme Clinton par le parti démocrate. Quoi de plus normal que d’avoir une préférence, même si elle vient de Suisse, loin de l’arène considérée. Je ne vous comprend pas quand vous vous évertuez à  justifier votre position partisane à  coup de contrevérités et d’affirmations frisant le « révisionnisme ». J’imagine que vous avez révisé vos fendamentaux en histoire de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, relu les meilleures recherches sur le racisme, compris les rapports complexes entre différentes communautés et le parti démocrate, compris la trajectoire politique de Mme Clinton dans son pays depuis l’aube de son engagement, les réalités et les enjeux autour d’une campagne électorale américaine, avant de prendre votre plume. Helas, je constate que vous avez oublié tout cela, faisant fi de la rigueur, massacrant au passage les faits historiques et actuels. J’ai l’impression également que vous avez beaucoup de choses originales à  nous dire sur les Africains-Américains, au délà  du contexte des élections américaines. Ayez le courage d’organiser un débat public sur vos affirmations pour qu’on en sache davantage. Pour le moment, il y a une forte odeur de haine mal placée. Rien de plus. Obama ou Clinton, nous avons affaire à  deux candidats démocrates jouant un jeu dont les règles sont établies par leur parti sur des bases solides et rodées. Le premier, novice et inconnu il y a 4 ans, a su se faire apprécier et faire la course devant une expérimentée archiconnue. Pourquoi? Y a-t-il que la forme? Et le fond dans tout cela? Là  encore, vous semblez traiter avec mépris l’aspiration de l’électorat démocrate qui, contrairement aux citoyens d’autres pays démocratiques, ont le temps et les moyens de jauger longuement les capacités de leurs candidats. Une pratique qui mérite au moins le respect. Sont-ils idiots (ces Américains) au point de choisir quelqu’un qui va immanquablement perdre? Si l’échec que vous prédisez intervient, eh bien, ce sera aussi le fruit d’un jeu démocratique. Nous en sommes pas encore là . Le citoyen suisse que vous êtes suggère sans vergogne un « coup d’état » des superdélégués démocrates américains pour remettre en selle votre candidate favorite. Je suis choqué par une telle opinion émise par un ancien élu. Je vous en prie, auriez-vous l’amabilité d’aller au bout de votre réflexion afin de dissiper ce « cafouillage intellectuel » que constitue votre « analyse »? J’attends cela avec impatience. Meilleures salutations.

    Frank

  17. 7 juin 2008

    Commentaire du 17.05 à  20h05 (sous un autre billet)

    Fallait pas fermer le fil sur Obama, votre analyse était correcte dans les grandes lignes (à  part votre amour pour Hillary) ;) On voit déjà  se profiler la présidentielle: dès qu’on critique le Sauveur, haro sur le raciste! ça va pas être gai. Le racisme, messieurs dames, c’est de ne pas prendre les idées d’Obama au sérieux et donc de les laisser sans critique.

    â–º Je croulerais sous le spam si les commentaires ne se fermaient pas automatiquement après 10 jours; pour la même raison ils sont modérés. Mais vu l’intérêt de celui-ci ;-) et la volée que m’a valu la publication dans Le Temps (comme il se doit complètement à  côté de ce que j’ai écrit), je me fais un plaisir de l’ajouter manuellement!

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