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La chute d’Eliot Spitzer

Pourquoi lire des thrillers quand il y a les infos? La démission inéluctable du gouverneur de l’Etat de New York (près de 20 millions d’habitants) en a tous les ingrédients.

L’effet de surprise et la rapidité de l’action: il n’y a pas eu le moindre signe annonciateur, bien au contraire, avant que le New York Times ne révèle lundi qu’Eliot Spitzer était impliqué comme client dans une affaire de prostitution et blanchiment d’argent, puis qu’il apparaisse immédiatement devant la presse, sa femme à  ses côtés, pour présenter des excuses et une autocritique (quoique le ton ne donne pas vraiment l’impression de la contrition).

Des rebondissements multiples: la carrière de Spitzer l’a fait passer de procureur fédéral (où il lui arrivait de poursuivre, proclamant son écoeurement, des réseaux de prostitution) à  procureur général de l’Etat de New York (où il s’est fait une réputation de Monsieur Propre sur le dos des milieux financiers) puis gouverneur élu triomphalement il y a à  peine plus d’un an. Présenté comme le futur premier président juif des Etats-Unis, Il a rapidement perdu du crédit au travers d’une utilisation abusive des pouvoirs de sa fonction pour tenter de compromettre le chef de la majorité républicaine au Sénat de l’Etat.

De la vulgarisation juridique: le point de départ de l’enquête, c’est la vérification des données bancaires du gouverneur par le fisc fédéral. Ce sont des virements douteux vers des bénéficiaires servant de boîte aux lettres qui ont donné l’alerte. Les agents étaient loin de se douter que c’était « seulement » pour payer des passes! Il a fallu l’autorisation du ministre fédéral de la justice (Attorney General) pour engager la procédure, vu la qualité du prévenu, et d’un juge pour mettre tout le monde sous écoute. Et attendre un passage de frontière entre Etats pour que se matérialise l’infraction fédérale: la veille de la Saint-Valentin, Spitzer a passé commande pour une nuit dans une chambre d’hôtel à  Washington. Le document par lequel les autorités ont ouvert la procédure criminelle fait 55 pages et est public.

Des détails croquignolets: le service s’appelle Emperors Club, rien de moins. Spitzer est identifié dans la procédure comme « Client 9″. Dans l’hôtel où il se trouvait très officiellement il avait réservé sous un nom d’emprunt une seconde chambre, dans laquelle il s’est rendu à  l’insu de son garde du corps. Et je suis surpris du nombre de coups de fils fastidieux qu’il a fallu échanger simplement pour s’assurer que le paiement préalable était arrivé à  bon port.

De la psychologie: qu’est-ce qui peut bien pousser à  une conduite aussi suicidaire politiquement, à  un tel dédoublement de personnalité?

Du politico-people: David Paterson, le successeur désigné (Lieutenant Governor), est un Noir malvoyant au caractère nettement plus amène que Spitzer. Comme lui, il soutient Clinton et non Obama.

Du sexe évidemment: Spitzer aurait payé pas moins de 4’300$ [1] pour une prestation dont on veut bien croire qu’elle a dû être haut de gamme (encore que la dame s’est déplacée démocratiquement en train). Si je vois une bonne raison pour qu’il démissionne, c’est qu’il paraît avoir voulu solliciter une relation non protégée.

COMPLEMENT DU 12.03 à  16H47: Et voilà , c’est fait. Démission télévisée en direct, aussi digne que possible vu les circonstances (la vidéo, le texte intégral):

I go forward with the belief, as others have said, that as human beings, our greatest glory consists not in never falling, but in rising every time we fall. As I leave public life, I will first do what I need to do to help and heal myself and my family. Then I will try once again, outside of politics, to serve the common good and to move toward the ideals and solutions which I believe can build a future of hope and opportunity for us and for our children. I hope all of New York will join my prayers for my friend, David Paterson, as he embarks on his new mission, and I thank the public once again for the privilege of service.

A lire aussi sur ce blog: Le sexe entre liberté, contrainte et argent

Notes

[1] C’est un peu plus compliqué que cela: il lui restait 2’600$ sur son compte chez Emperors Club, ce qui n’était pas assez pour sa commande. La procédure indique qu’il a réapprovisionné son compte de telle manière qu’il lui resterait ensuite un crédit de 1’000$. Si je compte bien, cela signifie que la soirée lui a coûté 5’900$. Mais c’est sans garantie, il y a encore quelque chose que je ne comprends pas entre le paiement effectué juste avant (par porteur, apparemment) et le solde qu’il a remis en cash à  la dame. Autre chose: il avait réservé pour quatre heures et n’en a consommé que deux, j’ignore si la facturation est forfaitaire ou au temps effectif (mais j’incline presque à  le croire, tant Emperors Club semble avoir une obsession maniaque à  conaître l’heure à  laquelle il est entré dans la chambre puis en est sorti: à  croire qu’ils sont certifiés ISO 9000…).

3 commentaires

  1. 11 mars 2008

    La classique légende de l’arroseur arrosé…

  2. 12 mars 2008

    J’aime bien la dernière phrase… car au fond, le reste (hormis le « bien fait pour lui ») je m’en fous et considère que ça relève plus du privé. Par contre, si la dernière phrase est véridique, alors oui, pour ça pas de pitié,

  3. François Brutsch
    12 mars 2008

    @ Vonric: bien sûr c’est vrai, pas nécessaire d’en rajouter dans cette histoire! Dès le début l’allusion était facile à  décrypter, depuis la presse américaine est devenue explicite également là -dessus.

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