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Le mouton noir Christoph Blocher exclu du gouvernement!

Le bouquetin grison chasse BlocherUn tremblement de terre qui respecte la tradition: c’est dans la nuit qui précède que se dévoile le jeu de l’élection du Conseil fédéral. Et la Suisse confirme une certaine aversion pour les grandes constructions intellectuelles: pas d’exclusion de l’UDC du gouvernement, mais la parlement confirme sa liberté absolue dans le choix des personnes. Les socialistes ont vécu deux psychodrames du genre dont ils se sont remis: l’élection d’Otto Stich plutôt que de Lilian Uchtenhagen (il en avait résulté un congrès extraordinaire qui avait finalement renoncé à  décider de quitter le gouvernement), l’élection de Francis Matthey plutôt que de Christiane Brunner. Lui n’avait (peut être un peu forcé et contraint, mais avec dignité) pas accepté son élection. Une semaine plus tard, c’est Ruth Dreifuss qui était élue, le PS ayant renoncé au « ça passe ou ça casse »[1].

Aujourd’hui, c’est Eveline Widmer-Schlumpf, conseillère d’Etat UDC dans le canton des Grisons, qui est élue (et nettement, dès le deuxième tour qui se décide encore à  la majorité absolue) en lieu et place de Christoph Blocher (avec cette différence par rapport aux deux cas cités qu’il est sortant) pour le cinquième siège. Une douce vengeance pour Ruth Metzler, la conseillère fédérale PDC qui avait été bousculée sans ménagement, y compris par son parti, pour céder aux ukases de Blocher. On a vu pendant 4 ans ce que cela donnait: tout rentre en quelque sorte dans l’ordre[2].

En attendant de savoir, d’ici quelques heures, si Widmer-Schlumpf (qu’un hélicoptère doit amener à  Berne,dit-on à  tort) accepte son élection, je savoure un merveilleux coup de théâtre remarquablement mis en scène!

COMPLEMENT DE 12H10: Il est fascinant de voir à  quel point tout le monde est pris par surprise, les initiateurs du coup, qui a reposé sur une entente entre la gauche et une large partie de la droite pour rejeter le mouton noir, étant eux pressés de tenir le rythme. Blocher est zappé dans la tradition des photographies communistes (contrairement à  Ruth Metzler il y a 4 ans, il n’est pas là  et ne prend pas la parole), ses six collègues, y compris son coreligionnaire Samuel Schmid, prêtent serment sans lui et sans leur nouvelle collègue, dont la télévision n’a aucun portrait filmé à  présenter (Il est passé un peu plus tard: le voici — complément de 19h30).

COMPLEMENT DE 13H45: Contrairement à  Otto Stich, mais comme Francis Matthey, Eveline Widmer-Schlumpf demande un temps de réflexion jusqu’à  demain matin, propice aux consultations mais aussi aux « amicales pressions »… Ce qui est sûr c’est que l’histoire ne se répétera pas exactement: elle peut fort bien accepter, avec certes beaucoup de courage mais aussi de sérénité. Blocher n’a pas de Ruth Dreifuss à  proposer pour une issue élégante à  la crise — et n’en veut d’ailleurs pas. Vouloir faire manger leur chapeau aux parlementaires en les contraignant à  l’élire alors qu’une majorité d’entre eux ont prononcé son désaveu paraît une entreprise au dessus des forces même de Blocher.

COMPLEMENT DE 14H15 (ACTUALISE LE 14 A 20h30): La photo que j’avais empruntée à  Jean-François Mabut est remplacée par un dessin de presse du caricaturiste Bà¼rki, paru hier dans 24 Heures (on peut en voir d’autres ici). Particulièrement riche, car la thématique du rejet popularisée par le mouton de l’UDC est ici illustrée avec le bouquetin figurant sur l’écusson du canton de la nouvelle élue, et un bouc dénommé Zottel se trouve être la mascotte du Blocherpartei.

COMPLEMENT DE 15H10: Christoph Blocher a aussi ses « intellectuels organiques » qui, trop sophistiqués pour en être, ne répugnent pas à  se donner l’air de le soutenir pour faire enrager les bobos. Mais Pascal Décaillet et et Philippe Barraud se trompent en parlant de « plébiscite » et de « vague de fond populaire » pour qualifier l’UDC de Blocher: plus de 70% des Suisses n’ont pas voté pour elle. Et nombre de ceux qui l’ont fait ne sont certainement pas prêts à  suivre une ligne de rupture institutionnelle.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY A 15H30: J’aurais plutôt parié sur la ré-élection de Christophe Blocher. Quel plaisir de s’être ainsi trompé! Le seul fait que le défaitisme ou le pragmatisme résigné et moralement peu reluisant n’aient pas prévalu est réjouissant. D’autant plus que l’éviction de Christoph Blocher est désormais acquise: au cas où Mme Widmer-Schlumpf renoncerait à  son élection, le scénario le plus probable est que le PDC présente le président de son groupe Urs Schwaller.[3] et qu’il soit élu par la même majorité. (Les socialistes ont déjà  assuré qu’ils voteraient pour lui.)

COMPLEMENT DE FRANCOIS A 18h30: Je découvre l’info diffusée par BBC News: Swiss MPs reject far-right leader: pas mal du tout comme vulgarisation à  l’intention du reste du monde.

COMPLEMENT DE FRANCOIS LE 13.12 A 9h50: J’ai raté le direct, mais elle a bel et bien prêté serment!

Notes

[1] Sur un mode moins dramatique, je me souviens aussi de l’élection de 1973 que, collégien, j’ai suivi avec un écouteur, mon transistor planqué dans un sac: les trois principaux partis avaient vu l‘outsider élu au détriment du candidat officiel (Jean-Pascal Delamuraz Georges-André Chevallaz à  la place de Henri Schmitt pour les radicaux, Willi Ritschard à  la place d’Arthur Schmid pour les socialistes et Hans Hà¼rlimann à  la place de… Enrico Franzoni).

[2] Avec deux élus au Conseil fédéral qui, s’ils ne connaissent peut-être pas au coeur de l’UDC l’adulation suspecte dont jouit Blocher, ne soulèvent certainement pas autant d’hostilité que lui, le groupe UDC, principal parti de l’Assemblée fédérale, est-il mûr pour entrer en guérilla, adossé à  un parti (dont Blocher reprendrait la tête?) qui menace d’engager une politique de terre brûlée à  coup de référendums et d’initiatives? Quand on voit que, pour le septième siège, Blocher n’a fait que 12 voix, et que le chef du groupe UDC a ensuite impertubablement présenté une candidature à  la Chancellerie fédérale…

[3] Attention à  l’effet lassant de la vidéo en boucle.

11 commentaires

  1. 12 décembre 2007

    « plus de 70% des Suisses n’ont pas voté pour l’UDC »>l’UDC »

    Tiens, encore une répétition de cette logique absurde. Depuis qu’un éditorialiste romand a lancé cette perche, chacun se sent obligé de la reprendre. 70% des Suisses n’ont pas voté UDC? D’accord. Et dans le même ordre d’idée, 80% n’ont pas voté socialiste, 84% pas démocrate-chrétien, 84% pas radical, et 90% pas écologiste (à  quelques pourcents près.) Ca tourne un peu en rond tout ça… Et au bout du compte, c’est encore et toujours l’UDC qui tire son épingle du jeu quand on étend ce genre de comparaison à  l’ensemble de la classe politique.

    Le fait est que les électeurs ne votent pas Contre quelqu’un, ils votent Pour quelqu’un. Sauf, peut-être, au second tour d’une présidentielle française de 2002. Mais dans le multipartisme et la proportionnalité suisse, on n’en est encore pas là .

    La différence entre aujourd’hui et les autres « suprises » des élections fédérales précédentes, c’est que l’UDC avait joué tapis, comme au poker, en déclarant passer dans l’opposition en cas de refus de la candidature Blocher. Loin d’être effrayés, les parlementaires se sont empressés d’appuyer sur le bouton rouge pour voir les belles explosions. Je crains qu’ils ne le regrettent très vite. Et je doute que le peuple suisse apprécie (nous aurons amplement l’occasion de le constater.)

  2. Guillaume Barry
    12 décembre 2007

    @ Stéphane: Si je tire bien les conséquences logiques du raisonnement: Pour éviter de déplaire au peuple (LE peuple? tout le peuple?) les parlementaires auraient dû se laisser effrayer. Il faut regretter que (pour une fois?) les parlementaires aient fait preuve d’esprit d’initiative et de courage – cela ne peut que déplaire au peuple!

  3. 12 décembre 2007

    Ma foi, il me semble que le peuple est souverain (n’est-ce pas un article de la constitution fédérale?) et que les parlementaires ne sont que ses représentants. Ceci dit, j’admets bien la difficulté de « lire » les intentions du peuple. Mais si Blocher déplaisait autant aux électeurs qu’aux politicien, l’UDC ne serait pas parvenu à  accroître encore son avance sur les autres parti en mettant en personnalisant toute sa campagne autour de ce dernier: les électeurs auraient crié « assez! » et l’UDC n’aurait certainement pas battu son score de 2003. Mais je crois que dans le cas présent, nous sommes clairement au-delà  de la simple interprétation de la volonté populaire: le résultat des élections d’aujourd’hui correspond à  des tractations secrètes négociées entre les état-majors des partis.

    J’ai du mal à  croire que la population a voté pour cela.

    En tout cas, je ne l’ai guère vu Eveline Widmer-Schlumpf mentionnée dans les brochures du moindre parti. Etonnant pour une conseillère nationale qui reçoit 115 voix au premier tour sans même s’être présentée, vous ne trouvez pas?

  4. Guillaume Barry
    12 décembre 2007

    Effectivement, les politiciens de droite et du centre droite qui ont voté contre Blocher n’ont pas cherché à  correspondre à  la volonté du peuple. Pas plus qu’ils n’ont sanctionné les idées de Blocher, mais son comportement, son non respect des personnes et, surtout, des institutions. En l’occurrence, ils ont agi en conservateurs qui tiennent aux valeurs suisses, donc au respect des règles du jeu que Blocher a méprisées, faisant au passage perdre en efficacité au collège gouvernemental. Les parlementaires de gauche ont attesté, à  regret, qu’Eveline Widmer-Schlumpf avait des idées à  100% UDC , et que c’était justement ce qui en faisait la meilleure candidate, sans compter ses compétences unanimement reconnues. Son parti a été le mieux élu aux Grisons, avec un score dépassant la moyenne nationale. La tactique pour la dénicher et garder le secret est tout simplement admirable, je suis de nouveau un peu fier de nos politiciens.

  5. 13 décembre 2007

    @Stéphane:

    « il me semble que le peuple est souverain (…) et que les parlementaires ne sont que ses représentants »:c’est probablement là  que réside le malentendu. Les élus fédéraux ne sont pas des chiens de Pavlov et non, le peuple ne concentre pas tous les pouvoirs pour en faire ce qu’il veut. Comme la Constitution américaine dont elle est largement inspirée, la Suisse est un jeu de check and balance. Exécutif et législatif sont d’ailleurs indépendants, comme le Président et le Congrès. Le peuple vote la Constitution, élit le parlement et collabore avec lui pour le pouvoir législatif (oui, il a le dernier mot, mais il doit respecter un cadre général; une initiative doit obligatoirement être traitée par le parlement qui peut lui opposer un contreprojet, un référendum n’a lieu que sur un projet adopté par le parlement). Mais il n’a rien à  dire sur la composition du gouvernement car, concrètement, c’est l’Assemblée fédérale (et l’administration) qui auront affaire à  lui. Et le génie du pays s’est construit sur l’intégration au sein du gouvernement de forces susceptibles de réunir des majorités parlementaires et populaires, pas sur la confrontation stérile et manipulatrice, et leurs représentation par des personnalités susceptibles de travailler en bonne intelligence pour cette notion éculée, le bien commun ou l’intérêt général. Bien sûr c’est parfois frustrant (tant à  gauche qu’à  droite), mais c’est la Suisse. Blocher a eu 4 ans pour montrer qu’il n’était pas soluble dans la démocratie suisse. Ses admirateurs apprécient peut-être cela, mais c’est leur problème.

  6. Nathan
    13 décembre 2007

    De plus la grande majorité des élus ayant voté contre Blocher avait promis qu’ils le feraient! A Genève, par exemple si les électeurs libéraux ont préféré Mme Bruwchwig Graf à  M. Weiss, M.Cramer à  M.Jobin, M.Hiltpold à  d’autres radicaux pro-Blocher ainsi que trois socialistes et deux écologistes à  cinq UDC, c’est aussi parce qu’ils nous avaient promis de ne pas réélire M.Blocher au Conseil fédéral. Genève n’est pas le seul exemple, il y a aussi M. Neirynck dans le canton de Vaud et beaucoup d’autres. Et à  chaque fois, les électeurs du PDC, PRD et des libéraux ont eu le choix. Cette majorité de sénateurs et députés a aussi été élue démocratiquement! Elle l’a été pour élire le Conseil fédéral et notamment pour ne pas réélire Christoph Blocher. De plus, beaucoup d’électeurs de gauche et du centre ne se mobilisaient plus ou abandonnaient leur parti se plaignant de leur manque de combativité, ils attendaient un signal fort que leur ont envoyé ces élus!

  7. 13 décembre 2007

    Salut tout le monde :)

    Stéphane, je ne pense pas que cette logique soit aussi absurde: on peut voir dans la fronde qui a sorti Blocher du conseil fédéral une alliance d’intérêt au sens large. 29% de la population a voté UDC, mais le reste, qui évidemment se répartit entre PS, PDC, Radicaux et Verts, si il ne peut être revendiqué par un seul de ce partis, peut tout de même justifier une alliance de ce type, c’est à  dire, pour préciser de ce que j’entends par alliance au sens large, une alliance contre le genre de comportement dont fait preuve Blocher et l’aile dure de l’UDC.

    Je m’avance un peu, mais je vous fiche mon billet que les électeurs PS, PDC, Radicaux et Verts ont en commun cette aversion pour les méthodes Blocher, et de ce fait, peuvent former une plateforme politique commune, au moins sur ce sujet. Plateforme sur laquelle les parlementaires qui ont voté Widmer-Schlumpf se sont – métaphoriquement de moins – appuyés.

    Donc 29% qui soutiennent Blocher et ses méthodes, et 71% contre. dans le cas de l’élections du cf, ça s’est transformé en référendum contre la personne de Blocher, mais il ne l’a pas volé.

  8. 13 décembre 2007

    Moui, on peut dire ça… Je reste quand même dubitatif.

    Peut-on clamer que la ligne politique défendue par Blocher est illégitime? Il y en aura, à  gauche, pour le dire. Pour ma part, je pense plutôt à  une focalisation négative sur la personne de Blocher. Du coup, si les autres partis avaient fait preuve d’un peu plus d’initiative, plus tôt dans l’année, et avaient ouvert une discussion franche et ouverte avec l’UDC sur le thème « nous n’avons rien contre la politique de Blocher mais travailler avec lui est par trop insupportable » peut-être que tous les partis auraient pu arriver à  une autre personnalité politique acceptable tant pour la ligne blochérienne de l’UDC que pour les autres partis gouvernementaux, et sauver la concordance. Mais dès le départ la voie choisie a été celle des petits arrangements de couloir.

    Cette réunion aurait même pu avoir lieu entre hier et aujourd’hui, une négociation de dernière minute pour remplacer une Widmer-Schlumpf démissionnaire, démonstration faite que oui, le Parlement est capable de dire non à  une UDC aussi triomphante qu’exigeante. Ca aurait été une réunion de crise, mais une belle preuve de la volonté de tous ces partis de surmonter leurs différences.

    Mais on ne peut pas réécrire l’histoire. La voie choisie est celle de la confrontation.

    L’Assemblée fédérale vient d’ouvrir la boîte de Pandore en mettant un terme au régime de concordance qui a prévalu jusqu’ici. Je partage l’opinion de Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève d’aujourd’hui: les députés se sont fait plaisir sans penser aux conséquences.

    Quand l’UDC, avec Blocher comme président apparaîssant dix fois plus souvent à  la télé qu’avant, aura posé son initiative pour l’élection du Conseil fédéral par le peuple, il y en a qui feront la grimace. L’UDC est désormais dans l’opposition, mais un parti avec 29% de l’électorat ne peut y rester bien longtemps. Et dès lors, qui prendra sa place?

    Sur ce, je vous salue bien et je cesse de polluer les commentaires de ce billet. :)

    Meilleures salutations, Stéphane

  9. colargol
    13 décembre 2007

    Bonsoir,

    Pour paraphraser maladroitement W. Churchill, le parlement avait le choix entre la voie du déshonneur et celle de la guerre, il a choisi celle que commandait l’honneur. Il faudra se battre pied à  pied et l’UDC blocherienne ne gagnera plus.

  10. Fred
    14 décembre 2007

    @Stéphane Le choix que vous proposer, de discuter, aurait largement pu être fait par l’UDC. Les signaux concernant les problèmes autour de la personne de Blocher étaient évidents et revendiqués. Prétendre que cela a été caché est faire preuve de mauvaise foi au mieux, d’autisme au pire. Après l’élection de Mme. Widmer-Schlumpf, ils auraient encore eu le temps de la pousser à  refuser et proposer quelqu’un d’autre. Ils se sont en fait poussés eux meme dans l’opposition, parce qu’ils le voulaient bien.

  11. Emmanuel M
    14 décembre 2007

    Avis français : la démocratie suisse est bien propre en comparaison de la notre.

    Le fait que les députés aient fait le choix d’élire un député UDC, quand bien même ce n’est pas Blocher permet de faire respecter le consensus (en virant Blocher) et de respecter les urnes (en nommant un membre de son parti).

    Si une pareille situation arrivait en France on imagine sans difficulté nos députés se mettre d’accord sur un centriste et ignorer joyeusement les 30% d’électeurs UDC.

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